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  • Isabelle Baladine Howald, «  La lisibilité des signes »

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    Isabelle Baladine Howald, entre Sophie & Claude Chambard, été 1985, château de Bonaguil

     

    « J’avais six ans, j’apprenais à lire, à écrire, de façon inséparable.

    Je n’ai désormais plus jamais séparé ces deux choses.

    Je lisais tout, le moindre panneau, la moindre affiche, la moindre enseigne, le dos d’une boîte, l’étiquette d’un produit, et les livres, tous les livres. J’ai lu tard des livres enfantins, et suis passée en un mois de temps à la littérature.

    J’écrivais très mal, c’est toujours le cas —“Écriture impossible”, sur les bulletins ; ça ne m’a jamais arrêtée… J’avais trouvé un monde, le mien, silencieux, solitaire, d’où je n’émergeais que contrainte et forcée, à demi hallucinée, peuplée de fantômes.

    Maupassant, dans un de ses livres, décrit son “éblouissement”, enfant, découvrant lors d’un mariage – il me semble –, en se glissant sous la table, “le bracelet de chair” entre le bas et la jarretelle de la jeune fille, tellement émerveillé qu’il dit avoir passé le reste de sa vie à la recherche de ce qu’il éprouva ce jour-là et qu’il n’a, bien sûr, qu’illusoirement retrouvé de temps en temps… C’est le sujet de tous ses livres : l’illusion perdue. L’écriture a de l’expérience érotique au moins cette approche de l’autre dont on ne fait que s’approcher. Mais l’autre, pas plus que l’écriture, personne, jamais, ne l’aura à soi.

    La découverte de ce continent fut mon éblouissement à moi. Je passerai ma vie à rechercher cet instant et, parfois, parfois, éperdument reconnaissante, je m’en approche.

    Je passerai ma vie à aimer les livres, à tout aimer d’eux, pas seulement les lire ou en écrire. J’aime les écrivains, les éditeurs, les libraires, les lecteurs ; j’aime les bibliothèques privées, plus secrètes que les publiques ; j’aime les textes ; j’aime m’occuper des livres, les ranger, les porter, les nettoyer, les couvrir, les dévêtir de ces affreux plastiques qui les isolent de l’air et des mains, les offrir, les annoter, regarder s’ils sont collés ou cousus (je les préfère cousus), prendre le coupe-papier… Il n’y a plus guère que les éditeurs de poésie à ne pas couper les cahiers des livres par avance. Il y a aussi un petit Beckett, L’Image, qui se vend mal, et dont le stock d’exemplaires non découpés n’est sans doute pas encore épuisé…

    J’aime tous des livres. Le plus mauvais d’entre eux sera toujours bien traité ; j’aurai toujours du mal à l’imaginer mis au pilon.

    Je m’épuise dans cet amour et, parfois, je désespère de tout ce que je ne peux lire.

    Dans le jour qui se lève, on me trouve assise à écrire.

    C’est sans doute pour retrouver la lisibilité des signes ou écrire le livre qu’à six ans j’ai cru voir. »

     

    Isabelle Baladine Howald

    in Soixante-cinq histoires de livres

    Arléa, 2003

    Recopier la page, pour souhaiter un bel anniversaire à Isabelle Baladine Howald – née le 25 mai1957.

  • Isabelle Baladine Howald, « Les états de la démolition »

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    © : cchambard

     

    « Je t’entends parler, je ne comprends pas, ta voix ne suffit pas, j’entends, tu dis que c’est une maison petite

    Le drap au-dessus, toujours essayer de dire.

    Ces minutes entières, comme sans figure, contournée,

    sans nom

    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

    … ne sais pas ce qui s’est éloigné

    — branches sèches, tremblements

    gestes épars sur les visages perdus —

    ne sais pas

    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

    …dirait la voix vieillie, et je répèterai sans comprendre.

    Il tentait de parler et n’y réussissait pas, cela encore

    aujourd’hui où peut-être il n’essaie plus.

    Comment céder, comment ne pas s’en écarter.

    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

    Les maladies, la fatigue, ce qui m’use.

    les nuits — je ne dors pas —

    le tout à fait défiguré,

    et rien pour y répondre.

    Où allons-nous (je pense : mon ange),

    ne dis rien du secret.

    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

    Je t’envoie des cahiers, des cartes postales,

    des livres.

    Je veux des baisers, de la pluie.

    Tournez-moi dans l’autre sens, que je puisse pleurer. »

     

    Isabelle Baladine Howald

    Les états de la démolition

    Encres de Suzanne Obrecht

    Jacques Brémond, 2002

     

    Isabelle Baladine Howald est née un 25 mai.
    Excellent anniversaire Isabelle.

  • Isabelle Baladine Howald, « Hantômes »

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    © : cchambard

     

    « le sommeil les baisers ferment les yeux

    sans la mort

    ta bouche dans ma bouche – même souffle   j’inspire

    et expire ton souffle   ne les distingue plus   j’aimerais

     

    –––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

     

         fermer les yeux

    – je ne veux pas

    fermer les yeux –

     

     

     

    Le gris bleu violet de l’iris, inimitable, j’ai laissé

    ses yeux entrouverts,

    je pas, peux pas, fermé

     

     –––––––––––––––––––––––––––––––––––––

     

    L’élégie est l’arrivée et rien qu’elle.

    Hantômes est le livre pour les enfants, à leur place –

    de morts.

    Fente. Déplacement définitif.

     

     

    Non remplacés, regarde l’espace entre le carton

    inséré et les bords en métal ou en bois, flottant,

    non remplacés, non remplacé l’espace, non remplacé

    le cœur de lui, et de lui, et de lui. Flottant battements

    inaudibles. »

     

    Isabelle Baladine Howald

    Hantômes

    Éditions Isabelle Sauvage, 2016

  • Une lecture de “Cet être devant soi” par Isabelle Baladine Howald sur Poezibao

    http://poezibao.typepad.com/poezibao/2012/12/note-de-lecture-cet-%C3%AAtre-devant-soi-de-claude-chambard-par-isabelle-baladine-howald.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+typepad%2FKEpI+%28Poezibao%29&utm_content=Netvibes

     

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  • Isabelle Baladine Howald, "La Douleur du retour"

    la_douleur_du_retour.png André du Bouchet est enterré dans le cimetière de Truinas, modeste commune de la Drôme. Philippe Jaccottet a consacré un livre à l’enterrement, à la mémoire de son ami poète, à ce qui les réunissait, au « chagrin qui est une espèce de joie », Truinas, le 21 avril 2001, aux éditions de la Dogana. Ce livre est absolument saisissant qui interroge la poésie devant la mort.

    Quelques années plus tard Isabelle Baladine Howald – qui a lu le livre – a demandé à un couple de ses amis de l’emmener au cimetière de Truinas. Elle marche à petits pas, précautionneux ce qui lui donne une ampleur infinie que le paysage doucement lui restitue en l’acceptant absolument. Elle escalade le muret « un carré d’herbe entre ces vieux murs, une douzaine de tombes éparses ». Le nom sur une ardoise, l’écriture toujours. Que peut la poésie ? Déplacer « vers l’exactitude dans le déplacement lui-même. » C’est tout l’enjeu de ce mince livre qui s’inscrit résolument dans la réflexion que mène Isabelle Baladine Howald « comme sous l’effet d’un souffle » et que son écriture, si personnelle – fragile, friable, souple… – nous restitue  – sens, forme, langue, sentiment. Indispensable en ces temps de disette.

    Claude Chambard

     

    Isabelle Baladine Howald

    La Douleur du retour

    La Cabane

    20 p. ; 6 €

    http://www.editionsdelacabane.fr/