UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 28 avril 2020

Claude Margat, « Chant de l’arbre d’or »

maxresdefault.jpg

© : les Yeux d'Izo

 

« Un jour

la bouche a nommé

brume qui jamais ne se lève

l’appui sans parole

le souffle sans image

combien de jours avant

combien ?

 

Il y eut ensuite

cet autre jour

millénaire de désirs et de peine

entre ciel et sentier

l’herbe gelée sous un vent blanc

et dans les yeux

de longues histoires d’aveugles

 

Ailleurs

un azur impeccable

laissait suinter sang et sable

présent passé qu’importe

mur de soie ou feuillage d’or

si s’interrompait le murmure des choses

qui en retrouverait la mélodie ?

 

Le regard va

un autre au sein du même attend

présence de chose

remplace la chose

mais n’en fait rien

 

Le tourbillon de vent

qui porte l’âme

et fait voler à l’angle du vieux mur

les feuilles mortes

est comme aujourd’hui

celui qui tourne

dans le creux de ta main

il parle

mais qui l’écoute ?

 

On dit en effet qu’un jour parfois

le temps cesse d’aller

mais est-ce d’aller qu’il cesse

ou de venir

le temps ?

 

Dans l’âtre tout à coup

le feu s’emballe

au cœur du brasier apparaît

la caverne où naquit

l’immaculé Phénix

chaque mot comme un nuage

avance entre son ombre et son contraire

chaque vivant

vers sa propre absence

 

Tout au loin

tout au fond de

l’hermétique mémoire s’affranchit

l’écume de la vague où

le rocher commence

à se pencher vers le caillou

l’arbre vers l’air

le ciel vers la terre

la pensée vers son propre suspend

 

On sait bien qu’il vient de loin

le puissant appel

on sait qu’il vient d’avant

comme un grand vent d’espace et

qu’à l’endroit où l’élan s’épuise et

fait retour sur lui-même

bat le temps juste

le temps qui anime l’aile et porte

la lumière où rien

jamais

n’est encore joué. »

 

Claude Margat

En marge d’une vie

Préface de Bernard Noël

L’Atelier du Grand Tétras, 2016

en prime, le film consacré à Claude par les yeux d’Izo :

https://www.youtube.com/watch?time_continue=8&v=KM1MODCix2A&feature=emb_logo

jeudi, 09 mars 2017

Claude Margat, « En marge d’une vie »

AVT_Claude-Margat_5748.jpg

DR

 

« La tradition allègue en Chine que Cang Jie l’ancêtre mythique inventa le langage des caractères entre deux mouvements de la tête. Premièrement, il considéra les traces laissées par les pattes des oiseaux dans l’argile, puis il leva les yeux vers le ciel et aperçut les premières constellations. Abaissant son regard à nouveau, il relia les deux espaces. Ce double mouvement désigne de la façon la plus explicite le chemin de la relation. L’image du mythe est assez belle, mais elle ne dit rien de l’intuition qui conduisit le génial inventeur de l’écriture à coudre deux espaces aussi différents sur le même ourlet de sens. Or, la mise en relation de deux éléments distincts d’une même réalité suppose au minimum l’existence d’un pré-langage, d’une pré-pensée suffisamment riche déjà pour pouvoir produire une formulation capable d’ordonner les signes, de les installer dans un discours, une logique, un fonctionnement. C’est vers ce moment de synthèse qu'il faut se tourner quand on souhaite aborder le comment de la langue. Et il fait sacrément noir dans cette région de la pensée !

 

Un corps de langue se constitue peu à peu. C’est un corps d’air dont la seule visibilité s’étale en signes séparés par des blancs. L’ombre noire des signes se forme au cours de silencieux et terribles affrontements. À la surface du corps de langue flotte tout le mobilier brisé des univers définitifs.

Nécessaire le transfert, et toujours efficace, mais sans une ombre de concession et pas plus de compassion. Car on en est le bénéficiaire un jour, mais c’est pour en devenir l’esclave demain. Sur la page colorée du monde, nous sommes prestement invités à signer le décret de notre propre anéantissement. Nous est seulement offert ce que nous nous montrons capables de saisir dans l’incessant passage de la présence à l’absence. »

 

Claude Margat

En marge d’une vie

Avec 9 peintures de l’artiste

Préface de Bernard Noël

L’Atelier du Grand Tétras, 2016

http://www.latelierdugrandtetras.fr/