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mercredi, 02 août 2017

Rainer Maria Rilke, « L’enlèvement »

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DR

 

« Enfant déjà, souvent elle échappait

à ses bonnes pour voir naître au-dehors

(car dedans ils sont autres)

et la nuit et le vent ;

 

mais nulle nuit de tempête n’avait

jamais déchiqueté le parc immense comme

aujourd’hui le déchiquetait sa conscience

 

lorsqu’il la prit sur son échelle de soie

et l’emporta bien loin, bien loin… :

 

jusqu’à ce que la voiture fût tout.

 

Et elle la sentit, cette voiture noire

que la poursuite, en attente, guettait,

et le danger.

Elle la trouva tapissée de froid ;

et le noir et le froid étaient aussi en elle.

Elle s’enfouit dans le col de sa cape

et toucha ses cheveux, comme s’ils restaient,

puis entendit la voix étrangère

d’un étranger lui dire :

Jesuislàprèsdetoi. »

 

Rainer Maria Rilke

« Nouveaux poèmes » — deuxième partie, 1907

Traduit de l’allemand par Jacques Legrand

In Poésie, œuvres II

Le Seuil, 1972

dimanche, 08 janvier 2017

Raymond Carver, « Poésie »

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Reg Innell/Getty Images

 

Ma mère

 

« Ma mère appelle pour me souhaiter un joyeux Noël.

Et m’annoncer que si cette neige continue

elle a l’intention de se tuer. J’ai envie de dire

que je ne suis pas moi-même ce matin, qu’elle veuille bien

me lâcher un peu. Je risque de devoir me faire prêter un psy

encore une fois. Celui qui me pose toujours la plus fertile

des questions, “Mais que ressentez-vous

vraiment ?”

Au lieu de quoi, je lui dis qu’un de nos velux

fuit. À l’instant où je parle, de la neige

fondue tombe sur le canapé. Je dis que je suis passé aux All-Bran

si bien qu’elle n’a plus à s’en faire

à l’idée que je chope le cancer et arrête de lui verser de l’argent.

Elle m’écoute jusqu’au bout. Puis m’informe

qu’elle quitte ce fichu bled. Elle se débrouillera. Elle ne veut

le revoir, ou me revoir, que depuis son cercueil.

Tout à trac, je demande si elle se rappelle la fois où papa

était ivre mort et avait coupé la queue du bébé labrador.

Je continue comme ça un moment, parlant de

cette époque. Elle écoute, attendant son tour.

Il neige toujours. Et il neige encore et encore

quand je raccroche le téléphone. Les arbres et les toits

en sont couverts. Comment puis-je parler de ça ?

Comment me serait-il possible d’expliquer ce que j’éprouve ? »

 

Raymond Carver

« La vitesse foudroyante du passé » in Poésie

 Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jacqueline Huet, Jean-Pierre Carasso et Emmanuel Moses

L’Olivier , 2015, rééd. Seuil/Points, 2016

lundi, 29 octobre 2012

Jacques Dupin

Jacques Dupin, né en 1927, vient de mourir. Lire & relire toujours :

http://www.pol-editeur.com/index.php?spec=auteur&numa...

http://remue.net/spip.php?rubrique90

http://www.youtube.com/watch?v=3rkYcZgT5MM&feature=re...

http://blogs.mediapart.fr/blog/jean-philippe-cazier/29101...

 

 

aut-dupin-jacques.jpg

 

« S’en tenir à la terre, à l’écriture de la terre, et relever du feu — se lever avec le feu… notre rencontre future, des milliers de fois la première, et la seule… la rectitude, la syncope d’une seule nuit… des élans divergent qui se joignent dans l’épissure de la nuit, un cordage trempé, et le pas de l’un glissant sur le corps de l’autre à travers labours et forêts, déserts et glaciers…

 

un pas, une enjambée, la dernière toujours — et la suivante, désaccordée, ici, tendue, entendue de personne… le pas qui gravit, qui marque la crête, le même pas descend au ravin… le même pas qui se tient plus haut, à l’aplomb de nous, vertigineux, et passe plus loin dans le souffle, dans l’attente du souffle et de la douleur… »

 

Jacques Dupin

 Échancré

P.O.L, 1990

11:27 Publié dans Écrivains | Lien permanent | Tags : jacques dupin, poésie, p.o.l

jeudi, 10 mars 2011

Le CIPM en danger, réagissons !

arton91.jpg2013 Marseille capitale européenne !

Afin de faire profiter chacun de cet évènement, la subvention attribuée par la municipalité au CIPM – Centre International de Poésie Marseille – sera amputée cette année de 30 000 euros.

Marseille, capitale du paradoxe ! Signez cette lettre à M. Gaudin, ci-devant sénateur maire de la dite ville & pésident du groupe UMP au Sénat.

 

Lettre ouverte à Monsieur Jean-Claude Gaudin, sénateur maire de la Ville de Marseille


À l’heure même où le « coup d’envoi » de l’année capitale était donné par l’ensemble des collectivités territoriales, réunies avec enthousiasme autour du projet porté par Monsieur Bernard Latarjet lors de la conférence de presse du 24 février dernier, nous apprenions que la subvention octroyée par la Ville au centre international de poésie Marseille [cipM] serait amputée en 2011 de 30.000 euros.

Nous sommes stupéfaits et outrés qu’une telle décision – dont la motivation n’a pas été donnée à ce jour – soit prise au moment même où il est demandé aux structures culturelles de la Ville de se mettre « en ordre de marche » pour relever le défi 2013, faisant fi des engagements pris solennellement par l’ensemble des collectivités – dont la Ville – de maintenir, à minima, les budgets de fonctionnement de nos structures.

Nous en appelons à votre responsabilité, Monsieur le Sénateur Maire, ainsi qu’à celle de nos élus à la Ville de Marseille, pour revenir sur cette décision qui, non seulement hypothèque ses projets engagés pour 2013, mais de plus, mettrait en péril le fonctionnement et les activités d’une structure qui, depuis plus de vingt ans, oeuvre à la promotion de la poésie contemporaine, aux plans local, national et international – notamment à travers des coopérations et des échanges fructueux et continus avec les pays du pourtour méditerranéen.

Nous rappelons ici que le cipM, c’est, chaque année :
• Une soirée hebdomadaire de lectures données par des auteurs
• La publication de 12 cahiers consacrés à ces auteurs invités
• La publication de deux numéros d'une revue critique de poésie de plus de 300 pages
• La publication d'ouvrages bilingues présentant les textes d’auteurs étrangers et français, résultant d'ateliers de traduction collective ; avec notamment des poètes de la Méditerranée [Syrie, Liban, Maroc, Algérie, Egypte, Palestine, Catalogne…]
• La publication de livres
• Une dizaine d’expositions
• Un colloque
• Quatre résidences d’auteurs, de plusieurs mois chacune ; dont deux résidences organisées au Maroc et au Liban.
• Des stages et des ateliers de lecture et d’écriture pour les jeunes publics
• Des événements co-produits avec de nombreux partenaires culturels du territoire
• Un site internet ressource ...

De plus, le cipM a constitué une bibliothèque, dont le fonds – ouvert gracieusement au public – est riche de plus de 50.000 livres, revues, documents sonores et vidéographiques, dont la rareté et la diversité en font un centre de ressources unique en France [nous en voulons pour exemple la donation par Jacques Roubaud de sa bibliothèque américaine]. Le cipM est aujourd'hui en pourparlers avec la Bibliothèque Nationale de France pour en devenir un pôle associé dans le domaine de la poésie.

Son équipe est constituée de 7 permanents [6 équivalents temps plein], ce qui représente un minimum pour mener à bien toutes ces missions.

Par ce courrier, nous venons exprimer notre solidarité inconditionnelle à l’égard d’une structure dont le travail mené sur ce territoire est vital pour les auteurs, artistes, revues, éditeurs, et essentiel pour les publics de la poésie contemporaine ainsi que pour ses partenaires culturels, d’ici et d’ailleurs.

Une partie de la programmation 2011 du cipM est déjà annulée – notamment les rencontres Poésie & Rock qui devaient se tenir en mars, en partenariat avec le GRIM, sur plusieurs lieux de rencontres et de concerts [cipM, Bibliothèque de L'Alcazar, L'Enthropy, La Machine à Coudre, L'Embobineuse…].

Ces annulations seront accompagnées de licenciements si cette baisse annoncée n'est pas corrigée.

Nous exprimons donc notre détermination à combattre une décision que nous jugeons dangereuse pour l’avenir de la création contemporaine à Marseille, dont la poésie est l’une des composantes fondamentales.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Sénateur Maire, à l’assurance de nos sentiments respectueux,


Signer la pétition en ligne

http://www.petitionenligne.fr/petition/lettre-ouverte-a-m...

11:58 Publié dans Manifestations | Lien permanent | Tags : cipm, poésie, marseille, pétition