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vendredi, 18 mai 2018

W. G. Sebald, « Les émigrants »

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DR

 

« Nous partions aussi à la campagne, les jours où il faisait particulièrement beau, pour découvrir le règne végétal ou, sous prétexte d’herboriser, nous occuper tout simplement à ne rien faire. Pour ces sorties qui avaient lieu le plus souvent au début de l’été, il arrivait que se joignît à nous le fils du coiffeur et “croque-mort” Wohlfahrt, qui passait pour n’avoir pas toute sa tête. D’âge indéterminé et d’une humeur infantile et toujours égale, ce grand échalas que personne n’appelait jamais autrement que Mangold, vocable qui désigne à la fois un prénom et ce légume filandreux qu’est la bette, était aux anges quand il pouvait nous accompagner, nous qui n’étions même pas encore adolescents, et nous faire la démonstration que, bien qu’incapable de venir à bout du calcul le plus élémentaire, il était en mesure de dire à quel jour de la semaine correspondait n’importe quelle date prise au hasard dans le passé ou le futur.

Ainsi, si l’on disait à Mangold que l’on était né le 18 mai 1944, il répondait aussitôt que c’était un jeudi. Et quand on essayait de le mettre à l’épreuve en lui posant des questions plus difficiles, comme la date de naissance du pape ou du roi Louis, il nous disait illico qu’il s’agissait de tel jour ou de tel autre. Paul, qui lui-même était excellent mathématicien et de surcroît très bon en calcul mental, essaya des années durant, en le soumettant à toutes sortes d’expériences et de tests sophistiqués, de percer le secret de Mangold. Mais autant que je sache, ni lui ni personne n’y parvint jamais, pour la simple raison que Mangold ne comprenait presque rien aux questions qu’on pouvait lui poser. »

 

W. G. Sebald

« Paul Bereyter », in Les Émigrants — 1992

Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau

Actes Sud, 1999

Max Sebald est né le 18 mai 1944.

Bon anniversaire Max.

jeudi, 18 mai 2017

W. G. Sebald, « Un rêve de valse »

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© : Jan Peter Tripp, 1990

 

« Le voyageur à présent

est enfin arrivé

à la gare-frontière

 

Un douanier lui a

dénoué ses lacets

quitté ses chaussures

 

Sur les planches rabotées

au sol sont posés les

bagages sans maître

La valisette en cuir de porc

s’est ouverte, la pauvre

âme envolée

 

Une pénible investigation

attend le corps, dernière

pièce du déménagement

 

Va entrer le Dr Tulp

avec son chapeau noir

ses ustensiles de prosecteur à la main

 

Ou bien l’enveloppe est-elle

déjà vidée, allégée de son poids,

flottant, tout juste guidée

du bout des doigts vers

le pays où l’on ne peut

pénétrer que pieds nus ? »

 

 W. G . Sebald

Un rêve de valse (inspiré du tableau de Jan Peter Tripp)

Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau

In Face à Sebald

Collectif

Éditions Inculte, 2011

 

Max Sebald est né le 18 mai 1944.

Bon anniversaire Max