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jeudi, 14 septembre 2017

Vélimir Khlebnikov, « Œuvres, 1919-1922 »

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DR

 

Les tables du destin

« Feuillet I

28.I.1922

 

Si je transforme l’humanité en montre

et indique comment l’aiguille des siècles se meut

est-ce que vraiment de notre portion de temps

la guerre ne s’envolerait pas comme une lettre inutile ?

Là où le genre humain a attrapé des hémorroïdes

en restant pendant des siècles assis dans les fauteuils de la guerre à ressorts

je vous raconterai ce que je sens qui vient de l’avenir

mes rêves transhumains

Je sais que vous êtes des loups orthodoxes

avec les cinq doigts de vos fusillades je serre les miens

mais est-il possible que vous n’entendiez bruire l’aiguille-destinée

cette merveilleuse couturière ?

Sous le déluge de la force de ma pensée je noierai

les constructions des gouvernements existants

j’ouvrirai la Kitèje féériquement surgie

aux serfs de la vieille bêtise

Et quand la bande des Présidents du globe terrestre

sera jetée comme une écorce verte à la terrible famine

l’écrou existant de chaque gouvernement

obéira à notre tournevis

Et quand la jeune fille à la barbe

aura jeté la pierre promise

vous direz : “C’est ce

que nous avions attendu pendant des siècles”

Montre de l’humanité   par ton tic-tac

fais se mouvoir l’aiguille de ma pensée !

Que celle-ci grandisse en suicide des gouvernements et en livre – celle-là

la terre sera non ordonnancée !

présidentglobeterrestrélevée !

Que le chant lui soit lierre !

je raconterai que l’univers est une allumette avec de la suie

sur le visage du calcul

et que ma pensée est comme un passe-partout

pour des portes derrière lesquelles quelqu’un s’est tiré une balle… »

 

Vélimir Khlebnikov

Œuvres, 1919-1922

Traduit du russe, préfacé et annoté par Yvan Mignot

Coll. « Slovo », Verdier, 2017

http://editions-verdier.fr/livre/oeuvres-1919-1922/

jeudi, 09 février 2017

Tom Raworth, « Cat Van Cat »

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© Charles Bernstein

 

« TOUT UN COUP

 

l’alphabet se demande

ce qu’il devrait faire

le papier se sent inutile

les couleurs perdent leurs nuances

 

pendant que toutes les notes de musique

ne jouent plus qu’en bleu

 

au bout du lac

un peuplier lombard

ombre la terre

parsemée de duvet de cygne

 

voilant la rumeur

de la route au sud

 

au-dessus dans le ciel de nuit

éparpillés au hasard

les étoiles cessent leur mouvement

les coquelicots ne dansent pas

 

dans l’herbe immobile le long

du chemin personne ne marche »

 

Tom Raworth (19 juillet 1938-8 février 2017)

Cat Van Cat

Traduit de l’anglais par Liliane Giraudon, Audrey Jenkinson, Yvan Mignot, Florence Pazottu, Jean-Jacques Viton

Coll. Les comptoirs de la Nouvelle B.S., cipM, 2003

https://www.youtube.com/watch?v=YyMcd0BoRZE