UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 30 janvier 2014

L'anniversaire de Sophie

 

hôtel papillon.jpg

 

Aujourd’hui c’est l’anniversaire de Sophie.
Je lui souhaite donc publiquement — avec la complicité involontaire de Chîhiro Machidori — avant de le faire dans l’intimité.
Bon anniversaire Sophie.

14:36 | Lien permanent

mardi, 28 janvier 2014

Yoko Tawada, « Le voyage à Bordeaux »

Noto++Yoko+Tawada+tawada.jpg

« 

Il existe un autre idéogramme signifiant répondre. C’est un cœur assis derrière un rideau, comme une dame de la cour qu’on ne distingue pas, on devine seulement sa présence. On ne voit pas sa bouche, on n’entend pas sa voix, mais la petite secousse du rideau laisse supposer que la dame de la cour parle. Le problème, c’est qu’au moindre coup de vent, on pourrait confondre et croire que la dame parle. »

 

Yoko Tawada

 Le Voyage à Bordeaux

 Traduit de l’allemand (Japon) par Bernard Banoun

 Coll. « Der Doppelgänger », Verdier, 2008

mardi, 21 janvier 2014

Alberto Manguel, « Monsieur Bovary & autres personnages »

alberto manguel,monsieur bovary & autres personnages,françois gaurdy,l'escampette

 

Le docteur Faust (extrait)

 

« Dans les siècles passés, lorsque le troc d’une âme était considéré comme un acte effrayant, les choses étaient pour Méphistophélès relativement simples, qu’il eût ou non du succès. Aujourd’hui que l’âme a infiniment moins de prestige et que chaque jour on troque des âmes contre des bagatelles comme des appartements à Marbella ou un poste dans un cabinet ministériel, la tâche de Méphistophélès est paradoxalement plus difficile. Perdre son âme en échange d’un misérable bien accorde à celle-ci peu de valeur, et Méphistophélès (qui est aussi banquier) convoite ce qui est précieux. Aussi le Faust d’aujourd’hui ne cherche-t-il ni connaissance ni amour, mais célébrité, succès populaire, son nom en haut de l’affiche. Et là, Méphistophélès est dans son élément. Tu veux être un auteur populaire ? dit-il à Faust. Tu veux vendre des millions d’exemplaires de ton livre ? Marché conclu : tu auras des piles de tes œuvres à la fnac et au Corte Inglés, tu seras en tête des best-sellers internationaux, on t’achètera les droits pour faire un film avec Tom Cruise dans le rôle du héros, tu voyageras en 1re classe et tu t’installeras en Irlande pour ne pas payer d’impôts. Et pour obtenir tout cela, tu n’auras quasiment rien à perdre, sauf la qualité artistique, le style, la grammaire, l’invention narrative, la responsabilité morale, la position éthique, la reconnaissance des futurs lecteurs, le respect de tes contemporains : ton âme. »

 

Alberto Manguel

 Monsieur Bovary & autres personnages

 Traduit de l’espagnol par François Gaudry

 L’Escampette, 2013

jeudi, 16 janvier 2014

Denise Le Dantec, « Les Jardins et les Jours »

205231_3190376372506_41463488_n.jpg

 

« … Est-il vrai, comme je le pense, que nous cherchons à atteindre, enfin, une plénitude ?

 

Le jardin nous en offre, sinon la réponse, du moins la condition.

 

À la dispersion cruelle, nous préférons la dérive ténue du jardin.

 

 

Le temps que je prends au jardin est le temps d’arrêt qu’il me faut pour vivre sur le mode le plus juste qui m’est possible.

 

Au jardin des Augustines, je suis indisponible, injoignable.

 

Mon temps, notre temps n’est pas illimité.

 

Toute conclusion renoncée, je m’abandonne aux vertus de la vie ordinaire, réglée par la cloche de l’église, où chacun s’abandonne, autant que faire se peut, au plaisir de la lumière et de la chaleur, quand celle-ci n’est pas trop forte, en fin de journée ou après le repas du soir.

 

 

Je regarde autour de moi : le merveilleux s’éclipse.

 

Je change de respiration.

 

Assurément, il y a une prédilection de l’esprit pour la beauté prodigue, extravagante, qui est la marque de notre puissance d’être.

Ici, l’imagination est mortelle. Seule la réalité compte. »

 

 Denise Le Dantec

 Les Jardins et les Jours

Éditions du Rocher, 2007

 

lundi, 06 janvier 2014

Dorothée Volut, « À la surface »

Doroth%C3%A9+Volut.jpg

 

« TOUT A BRÛLÉ. La seule justification est la jouissance de l’écriture, et les cendres dans vos cheveux. L’ornement est un geste qui se souvient de l’air. La différence mûrit. On ne pose aucune main — cela dépend des moments, agir. Et ce n’est pas mendier que recopier son chemin. Ainsi parlant, on continue de filer les tissus. Téméraire et bravant l’orage, on dit : Je me vêtirai demain, après la transparence. La chose étrange de vouloir continuer.

 

 

­­

TU OUVRES DES LIVRES EN DÉSESPOIR DE CAUSE : faire des phrases. Mère, je ne suis pas le contraire de toi. Au final tu restes fixe, menue, sédimentaire, acoustique. Les lettres ne s’agglutinent pas. Laisse la maison ouverte comme ça. Voilà les clés. Le mur est ton décor pour une nuit. Je ou Qui repense chaque instant vécu. Le vent est tombé dans les marges. Sur la grève on a jeté des seaux d’eau salée, c’est l’heure de la souplesse pour les armures. Dans l’obscurité, on aperçoit la masse des rochers rendus à leur nudité. La mer ne laisse aucune trace : elle agite le temps sans donner de réponse. Cessez de m’écrire, crie quelqu’un. »

 

 Dorothée Volut

 À la surface

 Éric Pesty Éditeur, 2013

vendredi, 03 janvier 2014

Deborah Heissler, « Chiaroscuro »

blogspot_lecture.jpg

 

« Oubli —

 mais n’oublie pas la nuit l’abîme à dire

 

 

— /

 


grenades frénétiques dénuées de sens

 sous la caresse

 

 allant l’air et la sarabande

 grave sourde intense aux terres nues

 brûlée »

 

Deborah Heissler

 Chiaroscuro

 Linogravures d’André Jolivet

 Préface de Sabine Huynh

 Æncrages & Co, coll. Voix de chants, 2013

mercredi, 01 janvier 2014

Bonne année 2014 à tous les amis.

« Le vœu exaucé est de l’ordre de l’expérience, il représente sa sanction suprême. “Ce qu’on souhaite dans sa jeunesse, on le possède à profusion dans sa vieillesse”, a dit Goethe. Plus tôt dans la vie le souhait est formulé, et plus grand est la perspective qu’il se réalise. La vie, serait-on en droit de dire en conséquence, est précisément assez longue pour donner à espérer que les vœux de la première jeunesse auront des chances d’être exaucés. Car le lointain est le pays où les vœux sont exaucés. Plus un souhait s’étire vers les lointains du temps, et plus on peut espérer le voir se réaliser. Or ce qui ramène vers les lointains du temps, c’est l’expérience, qui en forme la trame et les articule. Aussi le souhait comblé est-il le couronnement de l’expérience. »

 

 Walter Benjamin

 Baudelaire

 Édition établie par Giorgio Agamben, Barbara Chitussi et Clemens-Carl Härle

 Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau

 La Fabrique, 2013