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samedi, 18 avril 2015

Lambert Schlechter, « Éloge de la hache »

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photo © cchambard. Lambert Schlechter à Eschweiler, octobre 2014

 

« Comment peut-on vivre sans lire ?

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Pages reliées ensemble en fascicules pour former un livre, le texte comme absolue exception parmi les préoccupations des hommes, le geste d’ouvrir un livre : irrépérable invisible inexistant, l’activité de lire n’a presque jamais eu lieu, il faut chasser le gibier, labourer la terre, puiser de l’eau, il faut sauver sa peau, il faut de jour en jour survivre, il y a le soleil qui brûle, il y a la terre qui gèle, il faut ramasser du bois, il faut essayer de faire du feu, il faut se protéger contre la pluie, être chaque matin à son poste, faire ses courses, de temps en temps un rapide coït, et tourne le manège frénétique des naissances & des décès, il faut enterrer les morts, et des paroles circulent, aussitôt dissoutes, les corps s’immobilisent, les corps pourrissent, au XVIIe siècle, pendant la nuit, Spinoza écrit son livre, quelques-uns au cours des siècles feront le geste d’ouvrir son livre, quelques-uns passeront des heures & des heures devant ses pages, pendant que tourne, effréné, le manège des naissances & des décès.

*

Dans une lettre à son ami Terentius Varro, Cicéron écrit : Pour peu que nous ayons un jardin à côté de notre bibliothèque, — c’est-à-dire des fleurs et des livres, — il ne manquera rien à notre bonheur…

*

On peut (très) (bien) vivre sans lire. La preuve : neuf dixièmes de l’humanité vivent sans lire. Quand j’entre dans une maison, et que je ne vois pas le plus vite possible une étagère avec des livres, j’ai le vertige — et je me demande : mais à quoi ces gens passent-ils leur temps… ? Mais qui suis-je pour poser une telle question ? Il y a mille manières de passer son temps, le temps de la vie. Le temps de ma vie est ponctué, jour après jour, par la lecture — depuis soixante ans. »

 

Lambert Schlechter

Éloge de la hache

inédit à paraitre en juillet 2015 dans le livre collectif

Lire c'est vivre plus

sous la direction de Claude Chambard

L'Escampette

 

Notre ami Lambert Schlechter vient de perdre en une nuit sa maison et la quasi intégralité de sa bibliothèque, de ses manuscrits, de ses biens. Ses mains sont brûlées gravement. Il y a quelques jours nous avons reçu son texte pour un livre collectif à paraître en juillet, Lire c'est vivre plus. En voici un extrait pour le saluer, pour l'accompagner, fraternellement.

Commentaires

Le destin des grandes bibliothèques est souvent de petit par le feu. Alors ne restent que des regrets et dans la tête le souvenirs des pages lues des mots imprimés.
Cher Lambert, j'espère que de cette épreuve tu sortiras plus fort. Mes pensées vont vers toi. J'ai toujours eu si peur du feu. Puissent-elles t'aider.
Amitié
Allain

Écrit par : Allain Glykos | samedi, 18 avril 2015

Les livres m'ont sauvée la vie par tous les bouts. Que dire d'autres que c'est une tragédie.
Mais il est en vie.

Écrit par : laurence | dimanche, 19 avril 2015

J'ai une chambre à dispo avec un bubureau et tous mes livres... je propose au cas où...!

Écrit par : Sophie | dimanche, 19 avril 2015

Ich leide für und mit Dir, liebster, wertvoller Freund, Lambert !
Alles verbrannt, alles verschwunden, ausser Körper und Geist, Gott sei Dank ! Oder wer sonst immer...
In Liebe zu Dir,
Romy

Écrit par : Rome DEGUERGUE | lundi, 20 avril 2015

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