UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

samedi, 14 janvier 2017

Camille de Toledo, « Les potentiels du temps »

IMG_20140406_013023.jpg

Bordeaux, 5 avril 2014 © claude chambard

 

« ‘ Il faut imaginer Noé déçu…’

 

Traduire

 

Nous partons de la coupure entre ce qui peut parler et ce qui ne peut pas parler. Nous partons – nous coupons – d’avec cette vieille partition où le langage sépare. Les degrés de division, de coupure sont le propre de la langue. Nous avons divisé, par la langue, entre le soi et l’autre, entre nous et eux, entre les nationaux et les étrangers. C’est la langue, en soi, qui nous empêche de réinventer nos modes d’habitation, d’élargir, d’étendre, de transformer nos communautés de savoir, nos régimes de pouvoir. Nous proposons de substituer aux langues – outils de séparation, de domination – une autre capacité humaine. Non plus la capacité de parler mais la capacité de traduire. Si nous nous projetons, potentiellement, dans le monde, non comme locuteur, mais comme traducteur, si nous reconnaissons ce qui est propre aux humains non pas comme le fait de parler, mais de traduire, nous ne sommes plus au-dessus des choses, mais parmi elles, entre elles, à l’endroit même du conflit. Ce qui signifie l’adoption de la traduction comme langue, c’est d’abord l’acceptation que tout parle, que seule notre capacité d’entendre, autrement dit, de traduire, est limitée. Dans une relation potentielle, si plutôt qu’être parlants, nous sommes traducteurs, nous cessons d’être des entités dominantes et des communautés de mêmes. Nous devenons, de fait, des communautés d’entre-autres. Notre position – de prédation – est modifiée, puisque notre langue, fixant notre tâche, consiste à étendre nos capacités d’écoute, de traduction à tout ce qui parle. Nous ne sommes plus alors des sujets imposés, imposants. Nous sommes ce par quoi tout ce qui était vu comme objet peut accéder à la dignité de sujet, c’est-à-dire être traduit. Nous sommes les traducteurs potentiels de toutes les relations. »

 

Camille de Toledo

‘ Il faut imaginer Noé déçu…’

in Les Potentiels du temps – art & politique

avec Aliocha Imhoff & Kantuta Quirós

Manuella éditions, 2016

http://manuella-editions.fr/

 

Camille de Toledo sera à la Machine à lire,

8, place du Parlement Saint-Pierre, à Bordeaux,

le jeudi 26 janvier à 18h30

Les commentaires sont fermés.