UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 17 avril 2020

Herberto Helder, « Du monde »

765122.jpg

DR

 

« Celui qui atteint son poème par ce que les poèmes ont de plus haut,

touche au lieu où c’en est fini du monde : je ne le veux pas

pour le charme, ou l’erreur, dit-il,

je le veux pour l’étoile plénière qui existe à certains endroits de certains poèmes

abrupts, sans indication d’auteur.

Il y découvrit ce que tout cela contenait

d’âpreté :

plutonium, l’abîme.

La lune travaillait à la vitesse de la splendeur.

Les clous vivants au-dedans de la tête, je sais.

Un vase fait sur le vif, soufflé chaud, dit-il, je sais.

Le système du son au plus secret du poème à jamais,

poème intact, de

musique et

d’exaltation.

Où se trouve pour le délire, dans la partie

haute, dévorée par l’or, la partie inhospitalière.

Hanté aussi par le plus simple :

quantité et fraîcheur, un exemple :

les fruits enivrent.

Quelqu’un a dit : l’étoile absolue a pénétré ta douceur.

De traverse en traverse d’os – parce que tu étais vierge – alors elle te transmua,

fils.

La bouche meurtrie par l’air inspiré, l’air expiré.

Brûlé là où la chair se ferme, ou bien ouvert peut-on

dire

comme un trou de matière maternelle.

Un âpre tas de sacs en haut :

des sacs brillants, des sacs de sang amarré.

————

 

Miroir qui regarde un miroir : image

arrachant à l’image, oh

merveille de sa profondeur même, l’eau vive

que son œuvre enchâsse, lumière tissée

pour qu’on voie la lumière.

————

 

Œuvre à cette chose ancienne tandis que le monde marche

sur son centre,

comme si chaque point de ton ouvrage formait le cœur du monde. »

 

Herberto Helder

« Du monde » – 1994

in Le poème continu – 1961-2008

Traduit du portugais par Magali Montagné et Max de Carvalho

Préface de Patrick Quillier

Chandeigne, 2002, réédition, Poésie / Gallimard, 2010

vendredi, 03 juin 2011

Dominique Fourcade, "eux deux fées"

dominique fourcade,euxdeuxfées,chandeigne« Ne nous ont pas quittés, c’est tout le contraire. Cela veut-il dire qu’ils nous ont emmenés là où ils sont ? Très certainement, une part considérable de nous-mêmes en tous cas, cette part qui ne saurait être détachée d’eux. Ou bien les avions-nous si peu que ce soit précédés, dans cette action d’ensemble ? Et tout de suite une voix : tu te prends pour qui, pour dire ça ? Je me prends pour ce que je suis, personne, à ce stade et depuis toujours. »

 

Dominique Fourcade

eux deux fées

Michel Chandeigne, 2009

lundi, 30 mai 2011

Bernard Collin, "Une espèce de peau mince"

Bernard Collin, une espèce de peau mince, chandeigne

« 21.11


vous n’avez jamais tiré de lignes aussi droites, retour à bord, dimanche fin d’après-midi, la plus belle et la plus bleue et la plus froide journée, la même journée qu’hier et avant-hier, les trois n’en faisant qu’une et la même carafe entamée sur la table ronde, la quantité d’un verre d’eau qu’il avait bu, avant de sortir, descendre à terre, rien n’a bougé, une pièce a été ajoutée, une tenue de combat verte et trois grandes serviettes ou un drap pour le transport, je viens vous couper les cils, en haut seulement, les cils supérieurs gauches qui tiennent à la paupière et on passe dessus un produit marron, et membrane produit des sons, d’où le rapport entre le corps de la phrase, déchiffrer la musique et ceci, il faudra que vous ayez fait votre toilette pour 8 h et demie, l’opéra s’allume, reste allumé trente secondes, s’éteint, mauvais fonctionnement ou neige ou scène du monument recherchée, spectacle comme l’éclairage d’une pharmacie française avec la croix verte qui s’allume se dilate et s’éteint, vous me copierez mille lignes avant l’opération, ne pas oublier qu’il n’a pas de caractère, le chant a des membres, si la musique est plus divisée que le langage, un chant organisé, un chant articulé, on lirait facilement ce qu’il écrit, parle de l’écriture, il n’est pas toujours compris quand il s’exprime, parle et rien à écouter, rien que je comprenne, écouter c’est perdre son temps, rien à apprendre, perdre son temps, il faut perdre sa vie, rien de solide par là, et si c’est drôle il n’y a pas de preuve, je n’ai pas compris, le verre tremble plus fort sur la table, et la carafe maintenant presque vide, ou le bras de plus en plus lourd en s’appuyant, demander si à jeun c’est sans boire, quand la carafe sera sèche ce sera l’heure de se coucher, je pense à Li. à W. la dernière représentation hier à côté à vol d’oiseau, la peau préparée pour écrire, les cils rasés les yeux grandissent, les yeux sont plus grands, 22, »

 

Bernard Collin

Une espèce de peau mince

Michel Chandeigne, 1995