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mercredi, 22 mars 2017

Jim Harrisson, « L’éclipse de lune de Davenport »

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DR

 

« Le temps nous dévore crus.

Pour mon anniversaire, hier,

je n’étais que d’un jour plus vieux

bien que j’aie commencé unicellulaire

il y a dix millions d’éternités dans le bourbier de la vieille ferme.

 

* * *

 

Assurément les poissons n’ont pas inventé l’eau

ni les oiseaux, l’air. Les hommes ont bâti des maisons

en partie pour la gêne que leur donnent les étoiles,

et élevé leurs enfants sur des insignifiances,

puisqu’ils ont massacré tout dieu au fond d’eux-mêmes.

L’homme politique sur les marches de l’église croît

dans la grandeur même de cette stupidité,

lampe grillée qui jamais n’imagina soleil.

 

* * *

 

C’était lundi matin pour la plupart des gens

et mon cœur était près d’exploser selon

mon tensiomètre numérique,

ce qui me fait dire que je ne peux plus bosser

pour être le mineur le mieux payé au monde.

Je veux me maintenir à la surface et aider le héron

qui a du mal à se poser au bord du ruisseau.

Il vieillit et je me demande où il sera une fois mort. »

 

Jim Harrisson

L’éclipse de lune de Davenport et autres poèmes

Traduit de l’américain par Jean-Luc Piningre

Bilingue

La Table Ronde, 1998, rééd. La Petite Vermillon, 2017

mardi, 03 mars 2015

Bashō, « Seigneur ermite »

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212.

Regardant respectueusement l’image de Tchouang-tseu

Papillon, papillon,

laisse-moi te questionner

sur la poésie chinoise

 

314.

En ce début novembre, sous un ciel flottant, j’ai l’impression d’être une feuille dans le vent.

« Voyageur »

appelez-moi ainsi –

Première averse d’hiver

 

403.

Sur la route de Mino, partant vers l’est du Japon, j’écris dans une lettre pour Riyü.

Ah ! Si je pouvais faire la sieste

dans les liserons

sur la « montagne de lit » !

 

613.

Es-tu un papillon

ou suis-je Tchouang-tseu

rêvant d’un papillon ?

 

774.

Jour de l’an

D’année en année

faire porter un masque de singe

à un singe, pourtant…

 

 

Bashō, L’intégrale des haïkus

Édition bilingue

Traduction, adaptation et édition établie par

Makoto Kemmoku & Dominique Chipot

La Table ronde, 2012, rééd. Poésie Points, 2014

samedi, 03 mai 2014

Lambert Schlechter, « Le silence inutile »

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« Le dix-huitième jour du septième mois de l’année passée j’avais terminé la première lecture ; je lisais les tous premiers poèmes, ceux que tu écrivis à Tan Chow, en 1101, l’année de ta mort. Mon cœur ressemble déjà à la cendre de bois / mon corps à une barque sans amarre. J’avais mis à lire tout le livre exactement trois mois, ce qui fait en gros un poème par jour : n’est-ce pas trop vite ? Maintenant j’ai ta voix dans mes oreilles et tes poèmes j’y retourne lune après lune. Le dix-huitième jour du septième mois, c’était aussi l’anniversaire de ma femme, le dernier. Trente-huit ans. Tes poèmes, je les lisais soir après soir, le long d’elle allongé. Vieil ami, te voilà au courant, ne sois donc pas soucieux.

Lettre à Su Tung Po, 30 04 89

 

Me voyant marcher sur ce sentier, elle pleurerait. En janvier, comme moi, elle a dû y penser, elle a dû me voir seul marcher sur ce sentier, un jour, bientôt. Nous parlions peu, presque pas, j’avais mon bras autour de son épaule. Il y avait grand vent. Un vent exagéré. Soudain elle s’arrêta, vint contre moi, pleura. Nous restions ainsi, immobiles, muets, et alentour les arbustes criaient. Et le vent soufflait : je suis le présage, je suis le malheur. Je disais : ne pleure pas, je ne sais ce que j’ai dit encore. Je crois que je n’ai rien dit d’autre.

30 04 89

 

Soudain, après deux mois, c’était un dimanche, dernier jour du quatrième mois, l’encre s’est mise à couler, j’ai écrit. Et maintenant j’écris. Je ne sais pas encore ce que j’écris. Des mots se sont accumulés, le barrage s’est rempli, puis rompu. Et maintenant ça coule ; j’écris ce qui coule. Je ne contrôle ni ne calcule. Les mots viennent tout seuls. Le ton aussi. Je laisse faire. Fieri sentio. De petits mots, de petites phrases, de petites notes pour un petit livre. Le livre de toujours. Une femme  une vie  un amour. Et un seul lecteur, moi. Et un deuxième, troisième, peut-être. Mais ce livre, lecteur, n’est pas à ta merci.

01 05 89 »

 

 Lambert Schlechter

 Le silence inutile

 Éditions Phi, 1991

 Rééd. La Table Ronde, 1996

vendredi, 18 janvier 2013

Valérie Rouzeau, « Vrouz »

 

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Valérie Rouzeau est accueillie par Permanences de la littérature — ­ http://www.permanencesdelalitterature.fr/­ — jusqu’au 25 janvier à Bordeaux et Coutras. Elle était au 91 (librairie Mollat) le 17 janvier, interrogée par Florence Vanoli. Vous pouvez écouter l’entretien et la lecture ici : http://www.mollat.com/player.html?id=65019729


 

« Au fond du ciel à gauche peut-être on verra bien

Les effets spéciaux pluie amour cinéma pluie

La liste est longue d’amour au cinéma il pleut

Sur les cheveux d’une belle comme des papillons bleus

Elle lui plaît il lui plut dès le premier regard

À Cherbourg à Hong-Kong en Septembre sur la route

La route de Madison on ne vit qu’une seule fois

Crève les yeux crève l’écran l’eau vive avec le feu

Coup de foudre émotif gnôle pour les anonymes

Une goutte aura suffi à griser les amants

L’amour passion déborde moissons d’apocalypse

Déluge et pieds dans l’eau les escarpins les bottes

Ça monte à la tête droit par le cœur emballé

D’un homme et une femme beaux à Deauville ville d’eau. »

 

Valérie Rouzeau

Vrouz  (Prix Guillaume-Appolinaire 2012)

La Table Ronde, 2012