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mardi, 23 juillet 2019

Lu Yu, « M’adonnant à la lecture »

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« “le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise”, la tête blanche, est retourné dans son méandre de la rivière Shan

dans la solitude derrière mon portail rustique, les livres remplissent la maison

le potage de chénopode et la bouillie de blé refroidissent, je ne vais pas manger

lire les cinq tombereaux de livres réunis durant toute ma vie me comble

non sans grand peine je corrige les erreurs, efface et réécris

sur des mélodies tristes je fredonne des ballades poignantes

j’ai complété le catalogue des idéogrammes

même les interprétations mineures en langue étrangère, je note tout

parfois jusqu’à l’aube je n’éteins pas la lampe

la neige qui tombe drue frappe à la fenêtre “su su”

encore douze années avant que je n’atteigne l’âge de soixante-dix ans

peut-être y a-t-il quelques classiques perdus, quelques chapitres manquants à ajouter à ma collection

je ne crains pas que les visiteurs se moquent de ce fou des livres

c’est tout de même mieux que si les livres restaient tout neufs dans leur étui, sans que personne ne les touche »

 

Lu Yu

 Le vieil homme qui n’en fait qu'à sa guise

traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1995

samedi, 09 janvier 2016

Lu Yu, « Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise »

Lu-Yu.jpg

« Me lamentant de manquer de vin (74 ans)

 

nul besoin d’endiguer le Fleuve Jaune,

nul besoin de déterrer les tripodes de la dynastie Chou

je souhaite seulement qu’à la maison le vin coule à ot,

jour et nuit ivre à ne pas m’en réveiller

nul besoin d’une coiffe grande comme une corbeille à vanner les céréales,

je souhaite seulement que mon corps soit robuste et en bonne santé,

et du matin au soir boire sans cesse du vin

la Création peu clémente,

chaque jour me met à l’épreuve,

faisant en sorte que, dans ma coupe en bronze,

des mois durant la poussière s’accumule

en cette vie, lorsque j’ai du vin pour la désinvolture je deviens sans rival

cent rouleaux manuscrits se remplissent comme si le vent et la pluie faisaient rage

la Création voudrait-elle m’embarrasser avec la sobriété,

la folie du vieil homme lorsqu’il est sobre, vous ne la connaissez pas encore »

 

Lu Yu

Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise

Poèmes choisis et traduits du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1995, rééd. 2012