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jeudi, 21 juin 2018

Ge Fei, « La barque égarée »

GeFei-featureimage.jpg

DR

 

« Un midi de la fin de l’été, alors que l’oncle faisait sa sieste dans la bibliothèque, il s’était rendu dans la cour du pavillon de bambou. Xing s’était endormie sur une chaise longue sous un ginkgo. Elle tenait à la main un livre sur les légendes des vingt-quatre périodes du calendrier solaire. Le livre ouvert se soulevait sur sa poitrine. Xiao se trouvait tout près d’elle, hypnotisé, assis sur un tabouret en bambou. Les craquements du tabouret le faisaient transpirer de peur. L’autre main de Xing retombait mollement sur le dossier de la chaise. Xiao entendait sa propre respiration, courte, oppressée. De la Lian* parvenaient des bruits de rames. Un papillon blanc, tout ensommeillé, était passé devant ses yeux. Il avait touché doucement le bout du doigt fin et doux de sa cousine, puis avait posé la main sur son poignet, à l’endroit du pouls. Il avait senti le sang couler rapidement sous la peau laiteuse. Elle ne se réveillera pas, avait-il pensé. »

 

* Rivière, de la province de Guangdong, qui se jette dans le golfe du Tonkin.

 

Ge Fei

« La barque égarée » in Nuée d’oiseaux bruns

Récits traduits du chinois par Chantal Chen

Préface de Marie-Claire Huot

Philippe Picquier, 1996

http://www.editions-picquier.com/ouvrage/nuee-doiseaux-br...

lundi, 20 juin 2016

Ishikawa Takuboku, « Une poignée de sable »

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« Tôt ce matin

écrite par cette jeune sœur qui a déjà passé l’âge de se marier

j’ai lu une lettre qui ressemblait fort à une lettre d’amour

 

Que quiconque la lisant

ne puisse m’oublier

telle est la longue lettre que je voulais écrire ce soir

 

Grondé

un cœur d’enfant éclate en sanglots

Tel est le cœur que je voudrais avoir

 

Comme une bête malade

mon cœur

dès qu’il entend parler du pays s’apaise

 

Souffrance de l’errance que je n’aurai su rendre

dans ce brouillon dont l’écriture

m’est si pénible à relire !

 

Quelque part

traîne comme une odeur de peau de mandarine brûlée

voici le soir 

 

Venu dans ce parc un jour de beau temps

en marchant

j’ai pris conscience du déclin tout récent de mes forces »

 

Ishikawa Takuboku

Une poignée de sable

Traduit du japonais par Yves-Marie Allioux

Philippe Picquier, 2016