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dimanche, 06 septembre 2020

Anonyme, «  La blancheur de la lune dans la nuit »

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Carte de Duhuang, vers 650, dynastie Tang. Une des premières représentations des étoiles.

 

 

« La blancheur de la lune brille dans la nuit,

Des criquets crient dans le mur de l’est.

La Grande Ourse indique l’hiver,

Les étoiles ressortent dans le ciel,

La gelée blanche mouille les plantes dans la campagne.

Le temps soudain change,

La cigale d’automne crie dans les arbres,

L’hirondelle, où donc est-elle partie ?

Mes camarades et amis d’autrefois

Se sont élevés haut et se sont envolés

Sans plus se souvenir que nous nous tenions par la main.

Ils m’ont abandonné comme les traces que l’on laisse.

Une constellation indique le nord et une autre le sud

Et l’étoile du Bœuf ne porte pas de joug.

Si l’amitié n’est pas solide comme le roc,

Un renom vide, quel intérêt a-t-il ? »

 

Chanson populaire anonyme de l’époque Han — 206 avant J.-C - 220 après

In Anthologie de la littérature chinoise classique

Présentée et traduit par Jacques Pimpaneau

Philippe Picquier, 2004 rééd. 2019

http://www.editions-picquier.com/ouvrage/anthologie-de-la-litterature-chinoise-classique-2/

vendredi, 10 juillet 2020

Wang Shifu, « Le pavillon de l’aile ouest »

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Le mariage de Zhang et Yingying, représentés sous forme de marionnettes.

Édition de Min Qiji, 1640

 

« Vous balbutiez de honte, n’osez lever la tête,

Votre visage caché dans l’oreiller.

De vos cheveux en nuages épars tombent vos épingles d’or

Et le désordre de votre chevelure ajoute à votre charme.

Je déboutonne votre robe, dénoue votre ceinture,

Une odeur de musc se répand dans la chambre obscure.

Cruelle, pourquoi vous détourner ?

Pourquoi fuir mon regard ?

Je presse contre moi ce corps tiède et parfumé d’une beauté élancée,

Le printemps vient au monde, les fleurs se colorent,

Votre taille si souple s’agite à mon rythme,

Le bouton de votre fleur s’ouvre à moitié,

Les gouttes de ma rosée font s’épanouir votre pivoine.

Une seule libation m’engourdit à demi.

Je suis le poisson qui s’ébat dans les eaux,

Je suis le papillon qui recueille le parfum des bourgeons.

Vous reculez un peu pour vous rapprocher de nouveau.

Le surprise et l’amour se disputent en moi,

Je baise votre bouche vermeille et vos joues odorantes.

Vous êtes mon cœur et mes entrailles,

Vous dont j’ai terni la pureté. »

 

Cette pièce – dont les protagonistes sont Yingying et Zhang – fut écrite aux environs de 1300. Elle est une adaptation d’un texte plus ancien de monsieur Dong, portant le même titre, elle-même influencée par La vie de Yingying de Yuan Shen – les voies de la littérature chinoise sont sans fin, et c’est tant mieux.

L’extrait donné ici est chanté par Zhang alors que les amoureux viennent de se retrouver dans la chambre de Yingying. Il provient du merveilleux ouvrage de Jacques Pimpaneau, Anthologie de la littérature chinoise, paru chez Philippe Picquier en 2004 et réédité dans la collection de poche de l’éditeur en 2019.

 Wang Shifu

Extrait du Pavillon de l’aile ouest (Xixiang Ji)

traduit par Jacques Pimpaneau

Philippe Picquier

http://www.editions-picquier.com/ouvrage/anthologie-de-la-litterature-chinoise-classique-2/ 

 

mardi, 31 décembre 2019

Ishikawa Takuboku, « 7 tankas »

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« Tout comme l’enfant qui parti en voyage

revenu au pays s’endort

aussi doucement en vérité est arrivé l’hiver

 

Chose plutôt rare

que ce calme plat dans mon cœur

quand j’écoute avec plaisir jusqu’à l’horloge qui sonne

 

Ah si pour sincèrement

lui ouvrir mon cœur j’avais un ami !

Je commencerais par lui parler de toi

 

Ce dont les gens parlent

cette beauté des cheveux défaits qui s’emmêlent aux tempes

je l’ai reconnue en te voyant écrire

 

De couleur cramoisie

ce vieux carnet où subsistent

l’heure et le lieu du rendez-vous secret !

 

Dix ans déjà que je l’ai composé disait-il de ce poème chinois

avant de le déclamer lorsqu’il était ivre

Ami vieilli de tant voyager

 

Quand donc était-ce ?

Oh la joie que j’avais eue à entendre soudain dans un rêve

cette voix que depuis si longtemps hélas je ne puis écouter ! »

                                                                                                               1910

 

Ishikawa Takuboku

Une poignée de sable

Traduit du japonais par Yves-Marie Allioux

Philippe Picquier, 2016

jeudi, 21 juin 2018

Ge Fei, « La barque égarée »

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DR

 

« Un midi de la fin de l’été, alors que l’oncle faisait sa sieste dans la bibliothèque, il s’était rendu dans la cour du pavillon de bambou. Xing s’était endormie sur une chaise longue sous un ginkgo. Elle tenait à la main un livre sur les légendes des vingt-quatre périodes du calendrier solaire. Le livre ouvert se soulevait sur sa poitrine. Xiao se trouvait tout près d’elle, hypnotisé, assis sur un tabouret en bambou. Les craquements du tabouret le faisaient transpirer de peur. L’autre main de Xing retombait mollement sur le dossier de la chaise. Xiao entendait sa propre respiration, courte, oppressée. De la Lian* parvenaient des bruits de rames. Un papillon blanc, tout ensommeillé, était passé devant ses yeux. Il avait touché doucement le bout du doigt fin et doux de sa cousine, puis avait posé la main sur son poignet, à l’endroit du pouls. Il avait senti le sang couler rapidement sous la peau laiteuse. Elle ne se réveillera pas, avait-il pensé. »

 

* Rivière, de la province de Guangdong, qui se jette dans le golfe du Tonkin.

 

Ge Fei

« La barque égarée » in Nuée d’oiseaux bruns

Récits traduits du chinois par Chantal Chen

Préface de Marie-Claire Huot

Philippe Picquier, 1996

http://www.editions-picquier.com/ouvrage/nuee-doiseaux-br...

lundi, 20 juin 2016

Ishikawa Takuboku, « Une poignée de sable »

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« Tôt ce matin

écrite par cette jeune sœur qui a déjà passé l’âge de se marier

j’ai lu une lettre qui ressemblait fort à une lettre d’amour

 

Que quiconque la lisant

ne puisse m’oublier

telle est la longue lettre que je voulais écrire ce soir

 

Grondé

un cœur d’enfant éclate en sanglots

Tel est le cœur que je voudrais avoir

 

Comme une bête malade

mon cœur

dès qu’il entend parler du pays s’apaise

 

Souffrance de l’errance que je n’aurai su rendre

dans ce brouillon dont l’écriture

m’est si pénible à relire !

 

Quelque part

traîne comme une odeur de peau de mandarine brûlée

voici le soir 

 

Venu dans ce parc un jour de beau temps

en marchant

j’ai pris conscience du déclin tout récent de mes forces »

 

Ishikawa Takuboku

Une poignée de sable

Traduit du japonais par Yves-Marie Allioux

Philippe Picquier, 2016