Adília Lopes
No more tears« Combien de fois je me suis enfermée pour pleurer
dans la salle de bains de la maison de ma grand-mère
je me lavais les yeux avec du shampoing
et je pleurais
je pleurais à cause du shampoing
puis ont disparu les shampoings
qui brûlaient les yeux
no more tears dit Johnson & Johnson
les mères sont les filles des filles
et les filles sont les mères des mères
une mère lave la tête de l’autre
et toutes ont des cheveux d’enfants blonds
pour pleurer nous ne pouvons plus utiliser le shampoing
et j’aimais pleurer sans arrêt
et je pleurais
sans un regret sans une douleur sans un mouchoir
sans une larme
enfermée à clef dans la salle de bains
de la maison de ma grand-mère
où j’étais seule au-delà de moi-même
je m’enfermais aussi dans la grande armoire
mais une armoire ne peut fermer de l’intérieur
jamais personne n’a vu une robe pleurer »
Anonymat et autobiographie
Traduit du portugais et présenté par Henri Deluy
le bleu du ciel, 2008

« Un bébé a plusieurs choix qui tous sont inconnus. Rimbaud fit l’un d’eux.
« Derrière une porte, je me tiens. Les cris que j’entends de l’autre côté, je les apprends par cœur. Un couple que je ne vois pas halète. Toute la vie. En un point du monde, résumé ici, derrière la porte, braillent à voix chaude ceux que je ne vois pas. Les civilisations connues que les vainqueurs d’histoire ont rapportées, celles inconnues, les voyelles dans les phrases, les prononciations abruptes des langues mourantes, les villes derrière des miroirs, derrière des taillis, les colonies d’enfants presque nus, les secrets amazoniens, le travail des femmes, la sujétion – toute la vie derrière la porte, portée par le cri de ceux que je ne vois pas. Les corps ont des bras par centaines. L’odeur des corps est mûre. »
« Tandis que je me tais.