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jeudi, 14 novembre 2019

Georg Trakl, « Au bord du marais », 3 traductions

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« Au bord du marais

Promeneur dans le vent noir ; les roseaux secs chuchotent doucement

Dans le calme du marécage. Au ciel gris

Passe un vol d’oiseaux sauvages ;

Diagonale sur les eaux sombres.

 

Tumulte. Au fond d’une cabane délabrée,

La pourriture aux ailes noires prend son envol ;

Des bouleaux rabougris gémissent dans le vent.

 

Soirée dans une auberge abandonnée ; sur le chemin du retour

S’attarde la douce mélancolie des troupeaux qui paissent.

Apparition nocturne : des crapauds sortent des eaux argentées.

Traduction Henri Stierlin

Rêve et folie & autres poèmes

suivi d’un choix de lettres traduites par Monique Silberstein & de Crépuscule et anéantissement par Jil Silberstein

GLM, 1956, rééd. augmentée Héros Limite, 2009

 

 

Au bord du marécage

Voyageur dans le vent noir ; doucement murmure le roseau mort

Dans le silence du marécage. Dans le ciel gris

Suit un passage d’oiseaux sauvages ;

Diagonale au-dessus d’eaux obscures.

 

Tumulte. Dans la hutte en ruine

Bat de ses ailes noires la pourriture :

Des bouleaux atrophiés soupirent au vent.

 

Soir dans la taverne abandonnée. La douce mélancolie des troupeaux en pâture

Imprègne le chemin du retour,

Apparition de la nuit : des crapauds émergent d’eaux argentées.

Traduction par Marc Petit & Jean-Claude Schneider

Œuvres complètes

Gallimard, 1972

 

 

Au bord du marais

Errant dans le vent noir ; dans le calme du marais

Murmurent les roseaux morts. Dans le ciel gris,

Suit un vol d’oiseaux sauvages ;

De biais au-dessus des sombres eaux.

 

Tumulte. Dans la hutte défaite

S’élève sur ses ailes noires la pourriture ;

Des bouleaux estropiés gémissent dans le vent.

 

Soir dans la taverne abandonnée. La douce tristesse des troupeaux du pacage

Enveloppe le chemin du retour,

Apparition de la nuit : des crapauds surgissent des eaux argentées.

Traduction Eugène Guillevic

Quinze poèmes

Illustrations d’Étienne Lodeho

Les Cahiers d’Obsidiane, 1981

mercredi, 13 novembre 2019

Meng Jiao, « Songe d’automne »

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« Le vieillard change du matin au soir

À osciller entre mourir et vivre.

Assis — un peu de vin — il se repose

Couché — mille visions le vide même.

La vue trop faible pour voir à la porte

L’ouïe trop fragile pour percer le vent.

Il est comme sa propre image peinte

Inapte à ressentir la même chose.

Tous les élans se sont finis en larmes

Mais il rêve une mort légère et blanche

Loin isolé de ses amis lettrés

Si proche des ermites des montagnes.

Ici le vert porte le deuil en jaune

Toute trace de vie est déjà loin.

Mais les saisons sans cesse se chevauchent

Mille songes bizarres se mélangent.

Au Sud jadis — léger — devant la mer

Au Nord — ici — pauvre — dans les rocailles.

Vieux souvenirs partis au gré des fleuves

La nostalgie d’un homme à son déclin

Attaché à l’automne du Sung-shan.

La houe ne suffit pas à le nourrir

Les habits de feuillage sont informes

Le tissu de poussière — irréparable.

Qui comprendra les poèmes anciens ?

Cachés dans les bambous démons et spectres

Le fer tranchant transformé en dragon…

Le lettré ambitieux a mille rêves

Mais la misère vient d’un cœur pervers

La poésie mène aux habits troués

Et là — près de mourir — toujours un gosse.

Faire de la musique — pas du bruit

Le bruit rend sourd écarte de la Voie

Ces mots sont un brasier au fond du cœur

On les écrits au sommet des montagnes. »

 

Meng Jiao, bien que plus âgé, était dans le cénacle de Han Yü (cf. le post précédent), où il avait la place de vieux sage sans aucune ambition politique.Ils ont beaucoup écrit ensemble.

 

Meng Jiao — 751-814

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

https://inculte.fr/produit/ombres-de-chine/

lundi, 11 novembre 2019

Han Yü, « Ivre retenant Meng Jiao* »

han yü,

 

« Dès le moment où voici des années

     j’ai découvert Li Po avec Tu Fu

J’ai toujours regretté que ces deux-là

     n’aient pas pu vivre ensemble plus longtemps

Nous sommes nés tous deux dans le même âge

Et nous suivons la voix qu’ils ont suivie.

 

Toi tu n’as pas de poste tu t’en vantes

     fierté bizarre de tes cheveux blancs

Moi je suis plus malin pourtant j’ai honte

Vigne verte appuyée sur un grand pin.

Baissant la tête je te rends hommage

Puissions-nous être la main et le gant

Mais tu ne tournes même pas la tête

Autant vouloir faire tinter la cloche

     en la frappant avec un brin de paille.

 

Je voudrais que mon corps soit un nuage

     et que toi tu te changes en dragon

Moi je te poursuivrais au bout du ciel

Et si nous nous quittons pour le moment

     c’est là que nous pourrons nous retrouver.**»

 

* Meng Jiao est un poète, ami de Han Yü. Nous en donnerons une page très prochainement.

** Cette fin est une référence au poème de Li Po, Buvant seul sous la lune, dont on pourra lire, en suivant ce lien, deux traductions.

http://www.unnecessairemalentendu.com/archive/2016/02/13/...

 

Han Yü — 768-824

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

https://inculte.fr/produit/ombres-de-chine