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vendredi, 25 octobre 2013

Pour accompagner Audrey Rupp

Notre amie Audrey Rupp vient de mourir.

Nous avons travaillé ensemble pendant des années au Centre régional des lettres d’Aquitaine.

 Ce furent des moments qui comptent encore.

Nous en avons partagé bien d’autres, ailleurs.

Que mes pensées et celles des miens l’accompagnent ainsi que ses chers Fred et Marie.

 

 

« Le premier Jour où je fus une Vie

Je m’en souviens — Quel silence —

Le dernier Jour où je fus une Vie

Je m’en souviens — pareillement —

 

Il fut plus silencieux — bien que le premier

Fût silence —

Il fut vide — tandis que le premier

Était plein —

 

Ce fut — mon ultime Occasion —

Mais aussi

Ma plus tendre Expérience

Envers les Hommes —

 

“Lequel je choisis ?” —

Cela — je ne saurais dire —

« Ce qu’Ils choisissent ?”

Demande à la Mémoire ! »

 

 Emily Dickinson

 Cahier 40, poème 823

 Y aura-t-il pour de vrai un matin

 Traduit et présenté par Claire Malroux

José Corti, 2008

samedi, 20 juillet 2013

Brigitta Trotzig, « Contexte matériaux »

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« Il est possible de vivre comme si de rien n’était. Sensibilité et sentiment se figent. Les visages disparus. L’instinct de mort est très fort.

 

De l’oubli. Du “pays” de l’oubli — une étrange contrée. Là l’autre n’existe plus, le corps a disparu, il n’y a plus d’ombres. Comme si tout devenait moitié, un trouble de la vue. Maintenant on vit dans la douce lumière de la non-mémoire, dans le mirage de l’immuabilité, dans l’enfance, ici il fait tellement silencieux et irrévocable, douceur et fausseté certes mais douceur.

 

Le corps et le pays de l’instinct de mort. Mais de quelque incompréhensible façon se libère de l’obscurité confuse filandreuse un visage vivant de la mort, l’Angelus Novus qui selon Walter Benjamin est apporté par le vent venu du paradis. “La terreur est la première forme de manifestation du nouveau.” »

 

 Brigitta Trotzig

 Contexte matériaux

 Traduit du suédois par Régis Boyer

 José Corti, 2002