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lundi, 28 mai 2018

Fabio Pusterla, « Le merle »

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DR

 

« À la clarté de l’aube

s’il siffle,

et si le jour n’est pas plus

qu’une fente grise à l’intérieur du froid,

personne ne peut l’entendre : dans le garage

il fait encore nuit. Sursauts de tôle,

sporadiques. Drapeaux bleus immobiles.

Sur la glace,

un souffle de vent passe, presque un frisson,

un câble d’acier bat. Et s’il fouille

dans le noir des plumes avec le bec, s’il cherche

entre les cailloux une miette, un fil d’herbe verte

peinant dans la fissure,

regarde-le, regarde mieux : voilà, un moteur

tousse derrière le coin,

l’épuisement dure, ponctuel, opiniâtre. Mais le merle

sautille, lève la tête,

s’envole. »

 

Fabio Pusterla

Deux rives

Traduit de l’italien par Béatrice de Jurquet & Philippe Jaccottet

Préface de Béatrice de Jurquet

Postface de l’auteur

Bilingue

Coll. D’une voix l’autre, Cheyne, 2002

http://www.cheyne-editeur.com/index.php/d-une-voix-l-autr...

dimanche, 13 août 2017

Philippe Jaccottet, « Paysages avec figures abstraites »

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DR

 

 

« L’ombre, le blé, le champ, et ce qu’il y a sous la terre. Je cherche le chemin du centre, où tout s’apaise et s’arrête. Je crois que ces choses qui me touchent en sont plus proches.

Une barque sombre, chargée d’une cargaison de blé. Que j’y monte, que je me mêle aux gerbes et qu’elle me fasse descendre l’obscur fleuve ! Grange qui bouge sur les eaux.

J’embarque sans mot dire ; je ne sais pas où nous glissons, tous feux éteints. Je n’ai plus besoin du livre : l’eau conduit.

À la dérive.

Or, rien ne s’éloigne, rien ne voyage. C’est une étendue qui chauffe et qui éclaire encore après que la nuit est tombée. On a envie de tendre les mains au-dessus du champ pour se chauffer.

(Une chaleur si intense qu’elle n’est plus rouge, qu’elle prend la couleur de la neige.)

On est dans le calme, dans le chaud. Devant l’âtre. Les arbres sont couverts de suie. Les huppes dorment. On tend au feu des mains déjà ridées, tachées. Les enfants, tout à coup, ne parlent plus.

C’est juste ce qu’il faut d’or pour attacher le jour à la nuit, cette ombre (ou ici cette lumière) qu’il faut que les choses portent l’une sur l’autre pour tenir toutes ensemble sans déchirure. C’est le travail de la terre endormie, une lampe qui ne sera pas éteinte avant que nous soyons passés. »

 

Philippe Jaccottet

Paysages avec figures absentes

Gallimard, 1970, revue et augmentée en 1976, rééd. Poésie/Gallimard, 2006