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jeudi, 16 juillet 2020

Xiao Gang, « Poème sur des noms de simples »

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Paysage, Dynastie des  Ming

 

 « La brise matinale fait trembler les fleurs,

Le soleil du soir brille sur l’appontement.

Tout en haut d’une tour une femme esseulée

Au crépuscule pleure sur sa solitude.

La lampe éclaire le lit des plaisirs à deux,

Dans les tentures flotte le parfum du benjoin.

Elle broie un peu d’encre, écrit deux ou trois vers,

Avec de la céruse essaie de se farder.

Elle voudrait tant voir de la fleur d’hellébore

La tige volubile emplir sa chambre vide. »

 

 

Xiao Gang ne fut pas qu’un poète à l’œuvre importante, il régna les deux dernières années de sa vie et mourut assassiné. Son œuvre fut longtemps mésestimée, pourtant, entouré par un cercle de poètes, il écrivit beaucoup dans un style très orienté vers les recherches formelles.

 

Xiao Gang — 503-551

in  « Les Six Dynasties (de la fin des Han à la fin des Sui) » — 196-618

Traduit du chinois par François Martin

In Anthologie de la poésie chinoise

Pléiade / Gallimard, 2015

dimanche, 26 avril 2020

Jean de la Croix, « Chanson entre l’âme et l’époux 1 à 12 »

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« I

Épouse

Mais où t’es-tu caché

me laissant gémissante mon ami ?

Après m’avoir blessée

tel le cerf tu as fui,

sortant j’ai crié, tu étais parti.

 

2

Pâtres qui monterez

là-haut sur les collines aux bergeries,

si par chance voyez

qui j’aime dites-lui

que je languis, je souffre et meurs pour lui.

 

3

Mes amours poursuivrai,

j’irai par les montagnes et les rivières,

les fleurs ne cueillerai,

ne craindrai lions, panthères

et passerai les forts et les frontières.

 

4

Demande aux créatures

Ô forêts et taillis

que mon ami a de sa main plantés,

verdoyantes prairies

de fleurs tout émaillées,

dites si parmi vous il est passé.

 

5

Réponse des créatures

Mille grâces versant,

en hâte par ces bois il est passé

et en les regardant

son visage a jeté

sur eux le vêtement de la beauté.

 

6

Épouse

Ah, qui me guérira !

Achève enfin d’entièrement t’offrir,

ne me dépêche pas

d’envoyés pour me dire

ce qui ne peut répondre à mon désir.

 

7

Et tous ceux-là qui errent

me vont de toi mille grâces évoquant

et tous plus me lacèrent

et me laisse mourante

je ne sais quoi qu’ils vont balbutiant.

 

8

Mais comment vivre encore,

âme, là où tu vis ne vivant pas,

et faisant pour ta mort

les traits que tu reçois

de ce qu’en toi de l’ami tu conçois ?

 

9

Pourquoi l’ayant meurtri,

n’as-tu pas soulagé le cœur blessé

et, me l’ayant ravi,

pourquoi l’avoir laissé

sans emporter ce que tu as volé ?

 

10

Mon tourment, éteins-le

puisqu’à l’apaiser nul ne suffira

et que te voient mes yeux

car tu es leur éclat

et je ne veux les avoir que pour toi.

 

11

Cristalline fontaine,

si, parmi tes visages argentés,

tu figurais, soudaine,

les yeux si désirés

qui sont dans mes entrailles dessinés.

 

12

Ami détourne-les,

le vol me prend

Époux

Colombe, reviens-moi,

voici le cerf blessé

qu’au tertre on aperçoit,

qui au vent de ton vol s’aère et boit. »

 

Jean de la Croix

Cantique spirituel

traduit de l’espagnol par Jacques Ancet

in « Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Œuvres »

édition de Jean Canavaggio

Pléiade / Gallimard, 2012

mercredi, 17 juillet 2019

Bao Zhao, « Retour au pays en rêve »

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« En retenant mes pleurs, j’ai franchi les murailles,

Mon épée bien en mains aux carrefours déserts.

Des tourbillons sableux volent dans le ciel noir

Et mon cœur esseulé ne pense qu’au pays.

Retrouvant chaque soir l’oreiller solitaire,

Je rêve qu’un instant je m’en reviens chez nous.

Mon épouse m’attend, souriante à la fenêtre

En déroulant la soie sur son métier chantant.

Quel bonheur de conter notre séparation

Avant de retrouver la couche de satin.

Nous coupons l’orchidée, au parfum sans pareil,

Cueillons le chrysanthème, splendeur inégalée.

D’un coffret elle sort l’hellébore odorant,

De sa manche elle tire des herbes fragrantes.

Quand je suis dans mon rêve, il n’y a plus d’espace,

Mais quand vient le réveil un fleuve nous sépare.

En m’éveillant soudain je pousse un vain soupir ;

Quelle détresse alors où mon âme s’envole !

Un vaste flot laiteux s’étale à l’infini,

Les sommets imposants s’élèvent jusqu’au ciel.

Les vagues tour à tour s’en vont et s’en reviennent,

Le vent et la gelée s’accroissent puis déclinent.

Le pays où je suis, ce n’est pas mon pays.

Hélas ! je n’ai personne à qui dire ma peine. »

 

Bao Zhao ­– 414-466

Les Six Dynasties ( de la fin des Han à la fin des Sui, 196-618)

Traduit par François Martin

in Anthologie de la poésie chinoise

Pléiade / Gallimard, 2015

lundi, 01 février 2016

Chao Zhongzhi, « En route de nuit »

chao zhongzhi,stéphane feuillas,anthologie de la poésie chinoise,pléiade  gallimard

Shi T'ao, 1642-1707

 

« Plus je vieillis, plus le désir des mérites et de la renommée s’estompe,

Et sur ma pauvre haridelle, seul, j’emprunte la longue route.

Dans le village isolé, des lampes qui luisent jusqu’à l’aube

M’informent que toute la nuit quelqu’un a lu des livres. »

 

Chao Zhongzhi (1072 - ?)

La dynastie des Song du sud (1127-1279)

Traduit par Stéphane Feuillas

In Anthologie de la poésie chinoise

Pléiade / Gallimard, 2015