UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

jeudi, 01 novembre 2018

Katherine L. Battaiellie, « Récit »

5847e2587634a.jpg

 

« Selon les besoins du ménage, et ses sentiments, elle transporte l’urne d’une pièce à l’autre. Quand les soucis s’accumulent, elle se poste en face d’elle et admoneste les cendres avec véhémence.

Elle leur crie qu’elle n’en peut plus, entre la chaudière qui est tombée en panne, la cave qui a été inondée, le voisin qui se plaint des branches qui dépassent sur sa propriété, les papiers des impôts qui ont disparu. Il aurait pu ranger un peu, mais ça, ça n’a jamais été son fort, et il s’est bien défilé, il la laisse toute seule se débrouiller.

Et quand elle a dit tout ce qu’elle avait à dire, elle prend l’urne, la fourre par terre dans un coin sombre derrière un meuble, et quitte la pièce en claquant la porte. »

 

Katherine L. Battaiellie

Récit

Rhubarbe, 2018

http://www.editions-rhubarbe.com/recit.htm

samedi, 06 octobre 2018

Marcelline Roux, « Vita Nova solo »

image.jpg

 

« 18/ Inventer chaque soir une bonne raison de fêter quelque chose et boire un verre de vin : l’arrivée d’une mésange dans le jardin, ma première leçon d’anglais, une nuit sans insomnie, un jour sans texto désagréable, un jour sans attendre de texto…

42/ M’accrocher à l’idée d’une possible chambre à soi avec quelques livres en protection.

61/ Développer une capacité à inventer des nids ou des coquilles. Me souvenir qu’enfant déjà, je regardais les fenêtres allumées dans la nuit et me demandais où j’aurais envie d’habiter. Le voyage continue devant les façades : un fil comme un autre à tenir.

98/ “Il y a toujours une scène derrière le discours” écrit Pascal Quignard dans la Mélancolie du sexe. La seule que je revois, en boucle, est celle de ma tête effondrée sur la table de la cuisine tandis que le disjoint franchit le portail. J’ai la scène, pas le discours. La sidération m’a rendue sourde et muette. Décidément il faut que je relise Quignard : sur le mutisme et la sidération, il est intarissable.

135/ La discipline de la Vita nova oblige à retourner les événements désagréables comme des crêpes, seule façon de partager l’insupportable sans accabler et véritable Chandeleur quotidienne qui éclaire les semailles de mes chemins en contrebande.

245/ Me concentrer sur les fleurs du cerisier qui n’en finissent pas de tout repasser au blanc et me croire invitée à noircir des pages de vie en vue de futurs pots de confiture.

291/ L’écritoire au centre pour qu’il agisse comme une persuasion.

302/ Être devant un jardin annihile toute velléité romanesque : contempler le va-et-vient des oiseaux suffit à vivre.

434/ Aimer la vie qui va avec l’écriture ! La laisser filer, s’infiltrer, s’inviter dans les maisons, les jardins, les paysages, les routes, les coins de cuisine, les soirées dehors, à la grande table des repas, lui ouvrir toutes les fenêtres, lui sortir les transats et les nappes à pois. Ne pas résister au silence qu’elle appelle ! »

 

Marcelline Roux

Vita Nova solo – Carnet d’une traversée

Encres de Jean-Gilles Badaire

Préface de Françoise Ascal

Rhubarbe, 2018

http://www.editions-rhubarbe.com/news.htm

jeudi, 26 octobre 2017

Marcelline Roux, « Celles qui regardent »

22834686_10214408005457733_712739448_n.jpg

© Francepol

 

« Vouloir une maison sans risquer l’abandon.

[…]

Je voudrais savoir écrire les livres qui habitent les maisons, pas seulement ceux logés sur les rayons des bibliothèques mais ceux ouverts, déposés en certains endroits qui vivent autrement et forment autant de cairns lors de nos allées et venues. Écrire ceux sur le bureau près de la fenêtre, les empilés près de la lampe sur le parquet, les gardiens de la nuit, ceux en transit, debout sur le haut d’un meuble du salon, lus mais pas encore réintégrés et d’autres non lus qui attendent. Et si les lectures imprimaient une atmosphère particulière aux intérieurs, si tous ces mots parcourus le soir apportaient une présence, laissaient une trace, comme la sensation que l’on a d’emporter un bout de chez soi dans son sac quand on y glisse un livre. Ce n’est pas un hasard si les livres durent parmi les premiers à habiter leur maison, avec quelques assiettes, le nécessaire de toilette et le matelas sur le sol. Ils furent les premiers à se faire une place.

 

Il suffit de m’asseoir près d’une bibliothèque pour sentir un devenir, quelque chose qui pousse à continuer, à changer, à poursuivre. »

 

Marcelline Roux

Celles qui regardent. Carnet des maisons

Gravures de Francepol

Rhubarbe, 2017

http://www.editions-rhubarbe.com/