Fleur Jaeggy
« À quatorze ans j’étais pensionnaire dans un collège de l’Appenzell. En ces lieux où Robert Walser avait fait de nombreuses promenades lorsqu’il se trouvait à l’asile psychiatrique, à Herisau, non loin de notre institution. Il est mort dans la neige. Quelques photos montrent ses traces et la posture de son corps dans la neige. Nous ne connaissions pas l’écrivain. Et il était même inconnu de notre professeur de littérature. Parfois je pense qu’il est beau de mourir ainsi, après une promenade, de se laisser choir dans un sépulcre naturel, dans la neige de l’Appenzell, après presque trente années d’asile, à Herisau. Il est vraiment dommage que nous n’ayons pas connu l’existence de Walser, nous aurions cueilli une fleur pour lui. Kant lui-même, avant sa mort, fut ému lorsqu’une inconnue lui offrit une rose. En Appenzell, on ne peut faire autrement que de se promener. Si l’on regarde les petites fenêtres bordées de blanc et les fleurs laborieuses et incandescentes sur les appuis des fenêtres, on ressent une stagnation tropicale, une luxuriance tenue à bride haute, on a l’impression qu’à l’intérieur il se passe quelque chose de calmement obscur et un peu malade. Une Arcadie de la maladie. On dirait qu’il y a là une paix idyllique et mortelle, dans un éclat brillant. Une jubilation de chaux et de fleurs. À l’extérieur des fenêtres le paysage lance un appel, ce n’est pas un mirage, c’est un Zwang, disait-on au collège, une imposition. »
Fleur Jaeggy
Les années bienheureuses du châtiment
Traduit de l’italien par Jean-Yves Manganaro
Gallimard, 1992, rééd. 2004
Merci à Enrique Vila-Matas d'avoir attiré mon attention sur Fleur Jaeggy dans son indispensable Journal volubile.
Le soir on entend le cri des chauves-souris,
Pierre Silvain, né en 1927 au Maroc, vient de mourir. Il avait publié, en août dernier, Assise devant la mer. Son précédent livre, Julien Letrouvé colporteur, avait particulièrement été remarqué. Son œuvre importante, depuis La Part de l'ombre, chez Plon en 1960, est à lire sans aucun doute.
Raymond Federman, né en 1928 à Paris, est mort le 6 octobre 2009 à San Diego en Californie.
« d’âge passée t’octroie
Julien Blaine (Christian Poitevin pour l’état-civil) né le 19 septembre 1942 à Rognac dans les Bouches-du-Rhône, vit à Ventabren, non loin de Marseille, et nomadise le plus possible. La clinique où il est né est devenue une bibliothèque ce qui n’est évidemment pas pour lui déplaire.
« Trop marché dans la montagne ?
Aujourd'hui c’est l'anniversaire de Pierre Reverdy, né le 13 septembre 1889 à Narbonne et mort le 17 juin 1960 à deux pas de
Aujourd’hui c'est l'anniversaire de Claude Royet-Journoud, né le 8 septembre 1941.
Connaissez-vous Montauvert ? Et la Gartempe, cette rivière un peu sorcière qui la traverse ? C’est en Poitou, dans la Vienne même, au sommet d’un triangle dont Chauvigny et Saint-Savin seraient la base.
“Celui qui, vivant, ne vient pas à bout de la vie, a besoin d’une main pour écarter un peu le désespoir que lui cause son destin – il n’y arrive que très imparfaitement –, mais de l’autre main, il peut écrire ce qu’il voit sous les décombres, car il voit autrement et plus de choses que les autres, n’est-il pas mort de son vivant, n’est-il pas l’authentique survivant ? Ce qui suppose toutefois qu’il n’ait pas besoin de ses deux mains et de plus de choses qu’il n’en possède pour lutter contre le désespoir.”
Pierre Bourgeade né le 7 novembre 1927 à Morlanne (64) est mort hier, 12 mars 2009.