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vendredi, 05 août 2022

Qian Zai, « Séjour au jardin »

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« Un mois sans venir,
L’ombre de l’orme et du sophora a déjà grandi.
Sur les murs, de petites plantes poussent,
À la surface de l’étang, les nénuphars ronds sont apparus.
Passant tranquille, je déambule sur les chemins,
Me promenant dans les livres comme au milieu de multiples villes.
Le vent du sud apporte la pluie,
Assis, j’écoute le roucoulement de la tourterelle. »

 

Qian Zai — 1708-1793
« La dynastie des Qing », traduit par Sandrine Marchand
in Anthologie de la poésie chinoise
Gallimard, La Pléiade, 2015

 

 

 

Zhu Da — 1626-1705

Fleur de lotus et rocher

encre sur papier, rouleau vertical : 132,8x41,2 cm

Musée du Palais, Taipei

mercredi, 03 août 2022

Louise Glück, « Matines »

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DR

 

« Tu veux savoir ce que je fais de mon temps ?
Je marche dans la pelouse devant la maison, je feins de 
désherber. Tu devrais savoir 
que je ne mets jamais à genoux pour désherber, arracher 
des bottes de trèfles des parterres de fleurs : en fait,
 je cherche le courage, une preuve 
que ma vie va changer, mais 
cela prend un temps infini, l’examen de 
chaque botte pour y trouver la feuille 
symbolique, et bientôt l’été s’achève, déjà 
les feuilles virent de couleur, encore et toujours les arbres malades 
s’en vont les premiers, les mourants deviennent 
jaune luisant, alors que quelques sinistres freux jouent 
leur musique de couvre-feu. Tu veux voir mes mains ?
Aussi vides à présent qu’à la première note.
Ou le but était-il
De continuer sans un signe ? »


Louise Glück
L’Iris sauvage (1992)
Traduit de l’anglais (États-Unis) et préfacé par Marie Olivier
Bilingue
Gallimard, Du monde entier, 2021

 

De son jardin, Louise Glück, tire sa poésie, faite de rapport au divin, à l'humain, à la nature. Elle nous dit ce qu'il y a de plus tragique dans ces vies qui sont de brèves floraisons.

dimanche, 24 juillet 2022

Jim Harrisson, « Notre anniversaire »

jim harrisson,notre anniversaire,une heure de jour en moins,brice matthieussent,flammarion,j'ai lu

DR

 

 

« Je désire retourner dans cette vieille ferme délabrée

par un froid matin de novembre pour y manger des

harengs à l’aube sur la toile cirée de la table, le beurre

dur effrité en éclats sur le pain de seigle, du beurre

maison doré. Remplis le panier de bois, Jimmy.

Crème grumeleuse dans le café, le poêle à bois

siffle et craque. Dehors c’est la plus forte gelée

de l’année, mais les talons s’enfoncent jusqu’à la terre.

Une ferme meurt en hiver, tu as envie d’aller en forêt.

Dans la grange l’odeur du crottin et du foin encore

vert envahit tes narines, et celle du lait dans les seaux

en métal, Grand-papa trait la dernière des sept vaches,

tire sur leurs pis semblables à des bites,

un sourire aux lèvres pour le chat de la grange.

Ma petite amie en aime un autre, à douze ans

c’est comme si tous les arbres étaient morts.

Soixante ans plus tard sept colibris à la mangeoire,

vaches miniatures sirotant du sucre liquide.

Cinquante années partagées. Les arbres sont toujours là. »

 

Jim Harrisson

« Nouveaux poèmes », 2010

in Une heure de jour en moins

Poèmes choisis 1965-2010

Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Brice Matthieussent

Flammarion, 2012, réédition J’ai lu, n°11972, 2021

lundi, 20 juin 2022

Claude Chambard, « dans le milieu du chemin de la vie », une lettre à Christophe Manon à propos de son « Provisoires », aux éditions Nous, 2022

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Christophe Manon & Sophie Chambard,

Provisoires, 6 exemplaires, Collection Le singulier imprévisible, octobre 2018

 

 

Cher Christophe,

ah ce livre de ta grande & belle & vraie & pure maturité

c’est toi, ce livre, c’est nous, longtemps il travaille

& fermente heure après heure — il lève —

longtemps, il nourrit, protège

& nous aime — ses amis

cette amitié, ah, cet amour, cette grâce — tu l’as —

les voici données — l’amour est si féminin,

toujours on peut le conjuguer, l’accorder,

le recevoir & l’offrir comme ceci —

il n’y a pas de dernier, ni de premier, il y a le poème

en pleine page, en plein cœur —

blanc de soleil si brillant —

aimer, il le faut, il faut l’aimer

il faut aimer, poursuivre un matin,

c’est un matin

craignons le soir

c’est le temps — à tous les temps, tu sais —

fugitif, tu dis : provisoire(s)

sans impatience, encore vivant(s), provisoire(s),

sous la pierre,

nous y parviendrons

& nous chasserons ce qui dans le vivant fait le mort

— & l’inverse —

dans le milieu du chemin de la vie

ici, au plus plein de nos cœurs —

enfin vers les beaux yeux je reportai mes yeux

ce mystère au cœur entre les effacements

puisque c’est à grande vitesse

& qu’à peine en fleurs les fruits,

à la porte si blanche,

fondent ton poème dans le jardin si frais

— extrême & lumineux —

chaque page, chaque vers, chaque mot,

effet de loupe pour nous dire, au plus près,

notre histoire / les morts

cette poignante histoire, oui, qui est la nôtre

comme tu sais depuis toujours déjà

& ces soupirs qui s’échappent des livres de nos ancêtres

qui par notre entremise se portent à l’ombre de nos vergers,

au cœur de nos jardins — la nuit effaçant la nuit

qui efface le jour qui est notre ultime demeure

— une pâture de vent nouvelle

puisque ton livre est une merveille

qui s’est détachée de tout pour n’être que toi

— que de toi —

pour nous

 

Ton vieil ami, Claude

 

Christophe Manon

Provisoires

éditions Nous, 2022

https://www.editions-nous.com/manon_provisoires.html

mardi, 01 mars 2022

Yu Xuanji, « Adressé à Zi’an, de l’autre coté de la rivière Han »

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Gai Qi, le Caractère poétique de Yu Xuanji (détail), 1825. Musée de la Cité interdite, Pékin

 

« Au sud du fleuve, au nord du fleuve, regards tristes ;

Amour et souvenirs partagés, à quoi bon chanter ?

Les canards mandarins sur le sable dorment au chaud ;

Les aigrettes oisives volent dans la forêt d’orangers.

Dans la brume, chants et musiques à peine audibles ;

Sur l’embarcadère, clair de lune aux teintes foncées.

Tout près et pourtant si loin est celui à qui je pense ;

D’autant que j’entends au loin le linge être frappé. »

 

Yu Xuanji — 844-868

in « La dynastie des Tang »

Traduit par Florence Hu-Sterk

Anthologie de la poésie chinoise

Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

mardi, 01 février 2022

Deux poèmes pour fêter l’année du Tigre d’Eau

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Kyōsai Kawanabe, Tigre sur un rocher, 8 janvier 1878.

Peinture sur papier, 30,5x122,9 cm. Kyōsai Kawanabe Memorial Museum, Warabi

 

Wen Zhengming

« Nuit blanche pour accueillir l’an “Xinhai”

 

Je m’attendris en vain sur l’année achevée cette nuit

Dans cette salle aux bougies allumées jusqu’à demain.

Je ne suis pas triste que l’âge m’ôte mes vieux amis

Mais honteux de me sentir moins avisé que les jeunes.

Je ris de voir l’almanach d’un an neuf remplacer l’ancien,

Éveillé, j’écoute sans me réjouir battre les veilles.

L’encens est éventé, le vin refroidi, les hommes se taisent,

Soudain le premier chant du coq annonce l’aurore. »

 

Wen Zhengming, 1470-1559

traduit par Martine Valette-Hémery

 

 

Yan Hongdao

« Ballade du tigre féroce 

 

Des cafards rongent la paix du pays,

Leur voracité dévaste jusqu’aux tombes.

Les scribes sont soumis aux eunuques,

Ils piquent comme un essaim de guêpes.

Les gouverneurs n’osent pas rétorquer,

Les préfets sont rappelés à la docilité,

Le petit peuple est soumis à la torture,

La terre desséchée est devenue stérile.

Tous les postes de garde et les relais

Sont fournis de biens en abondance.

Même si tout grain de sable était d’or,

Les officiels gagneraient bien davantage.

Les agents des mines sont des bandits,

Leur âpreté au gain n’a pas de fond.

S’ils ne récoltent pas ce qu’ils espèrent

Ils sont comme des sangliers furieux.

La région des trois He et des deux Zhe

Est dégraissée partout jusqu’à la moelle.

Savons-nous si la gale qui nous afflige

Ne deviendra pas un horrible ulcère ? »

 

Yuan Hongdao, 1568-1610

traduit par Martine Valette-Hémery

in Anthologie de la poésie de la poésie chinoise

Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2015

 

Chers amis, ces deux poèmes et cette si belle peinture de Kyôsay Kawanabe, pour nous souhaiter une bonne année du Tigre d’Eau, selon le calendrier chinois.

Les poèmes ne sont pas gais, ils datent de l’époque très heurtée des Ming. La nôtre n'est pas très réjouissante non plus.
Je suis triste de voir mes amis mourir et j’aimerais avoir foi en la jeunesse comme Wen Zhengming.

Ne laissons pas les cafards, les bandits, répandre davantage la gale, évitons l’ulcère. Soyons féroce comme le tigre avec nos ennemis et doux avec nos amis.

samedi, 15 janvier 2022

Henri Thomas, « Le Promontoire »

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Henri Thomas, photogramme du film documentaire de François Barat, 1990 

 

« Il aimait les histoires drôles, lisait des romans, menait une existence un peu étrange, ­— je crois qu’il était de ces hommes qui aiment la conversation et s’y sentent revivre, parce qu’elle les distrait d’eux-mêmes, les jetant dans l’imprévu de tout ce qui n’est pas eux, où ils redeviennent des hommes amusés de vivre, libres comme si rien n’était de leur préoccupation profonde. De celle-ci, ils ne diront rien ; peut-être l’oublient-ils vraiment en riant ; elle est leur vérité, et qui peut les en détourner, sinon la joie de l’imaginaire, le plaisir d’être dans un monde où chacun vit comme s’il racontait avec ou sans paroles une histoire passionnante et drôle : son existence. […] Mais la vérité d’une conversation ne vient pas de l’exactitude des anecdotes racontées ; elle est dans le mouvement, dans l’invention, dans l’amusement d’une parole qui peut faire apparaître bien des choses et même les plus vraies, détachées de la vie personnelle et projetées dans une réalité ouverte. Aussi, lorsque le pharmacien d’Anvers disait, le regard tourné vers les rochers du bout de la plage : “Il y a là-bas des bains de Diane…”, je crois qu’il livrait au hasard de la parole, en présence d’inconnus (car jusqu’alors nous ne l’avions vu qu’une fois, dans la cuisine de l’hôtel), une pensée, un souvenir, un désir, dominant — un de ces secrets qui profitent d’un instant de langage ouvert pour surgir dans une sorte de lointain, d’où ils reviendront sur celui qui a parlé. »

 

Henri Thomas

Le Promontoire  (Prix Fémina, 1961)

Gallimard, 1961, réédition L’Imaginaire n° 181, 1987

 

Le livre d’un envoûtement. D’un vertige. Jusqu’au bout. Et l’écriture, l’amour, l’enfance, l’abandon. Un grand livre. Il faut lire Henri Thomas, ne pas l’oublier.

 

vendredi, 26 mars 2021

Li Po, Adieu à un ami (pour saluer Gil Jouanard)

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DR

 

pour Gil, qui est parti hier, 25 mars 2021, rejoindre le mont de l’Ouest (Hua Shan).

Qu’il y trouve la paix la plus joyeuse & les vins les plus délicieux à partager avec ses vieux amis qui l’ont précédé.

 

« la montagne bleue surplombe le rempart au nord

l’eau blanche ceinture la ville à l’est

ici nous nous séparons

la graine ailée, solitaire, sur dix mille li erre

les nuages flottants expriment le sentiment du voyageur,

le soleil couchant l’amour du vieil ami

nous nous saluons de la main tandis que tu t’éloignes

“hsiao hsiao” nos chevaux hennissent, chagrins de se séparer »

 

Li Po (Li Bai)

Buvant seul sous la lune

traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

lundi, 22 mars 2021

Un autre monde : Claude Chambard

Les livres occupent chaque recoin de la maison, entassés, rangés. La bibliothèque est un palais. Nous sommes attablés dans la salle à manger. Le café est chaud. Je sais déjà que je ne pourrai pas tout raconter de cet amour des livres qui rend cet homme si vivant, son regard si brillant et son rire si clair. Claude Chambard est un insatiable lecteur. Un lecteur veilleur et généreux.

Propos recueillis par Lucie Braud

 

Vous souvenez-vous du premier livre que vous avez eu entre les mains ?

Claude Chambard : Je m’en souviens et je l’ai toujours. Tout ce qui était à moi a pourtant disparu lorsque ma grand-mère a vendu la maison de famille. Par un extraordinaire hasard, ce livre a survécu et je l’ai retrouvé après sa mort. C’est ma marraine qui me l’avait acheté à la Noël 1954 qui précéda mon entrée au cours préparatoire : Histoire de Monsieur Colibri (Gründ, écrit par Marcelle Guastala et imagée par Suzanne Jung, 1947). […]

La suite de cet entretien dont m'honore Lucie Braud est ici http://1autremonde.eu/project/claude-chambard/

accompagné trois lectures audios de brefs extraits, par mes soins, de Vie secrète de Pascal Quignard, L'Orphelin de Pierre Bergounioux & Les Corps vulnérables de Jean-Louis Baudry & d'une poignée de photographies prises par Lucie de ma bibliothèque avant son rangement dit "du confinement".

Bonne lecture & mille mercis à Lucie Braud & à son association L'Autre monde.

 

mercredi, 24 février 2021

Thomas Bernhard, « Un enfant »

thomas bernhard,un enfant,grand-père,24 février 1890,gallimard

 

 

« Les grands-pères sont les maîtres, les véritables philosophes de tout être humain, ils ouvrent toujours en grand le rideau que les autres ferment continuellement. Nous voyons, quand nous sommes en leur compagnie, ce qui est réellement, non seulement la salle, nous voyons la scène et nous voyons tout, derrière la scène. Depuis des millénaires les grands-pères créent le diable là où sans eux il n’y aurait que le Bon Dieu. Par eux nous avons l’expérience du spectacle entier dans son intégralité, non seulement du misérable reste, le reste mensonger, considéré comme une farce. Les grands-pères placent la tête de leur petit-fils là où il y a au moins quelque chose d’intéressant à voir, bien que ce ne soit pas toujours quelque chose d’élémentaire, et, par cette attention continuelle à l’essentiel qui leur est propre, ils nous affranchissent de la médiocrité désespérante dans laquelle, sans les grands-pères, indubitablement nous mourrions bientôt d’asphyxie. Mon grand-père me sauva du morne abrutissement et de la puanteur désolée de la tragédie de notre monde, dans laquelle des milliards et des milliards sont déjà morts d’asphyxie. Il me tira suffisamment tôt du bourbier universel non sans un processus douloureux de correction, heureusement la tête en premier, puis le reste du corps. Il dirigea mon attention suffisamment tôt mais effectivement il fut le seul à l’avoir dirigée, sur le fait que l’homme a une tête et sur ce que cela signifie. Sur le fait qu’en plus de sa capacité de marcher, la capacité de penser doit commencer aussitôt que possible. »

 

Thomas Bernhard

Un enfant

Traduit de l’allemand par Albert Kohn

Gallimard, 1984 (première édition allemande, 1982)

 

pour le 24 février 1890

samedi, 20 février 2021

Gustave Roud, « Ô mère… »

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« Ô mère, c’en est fini de ces questions remâchées au long des ans, dans l’usure de toute résignation, comme une herbe d’amertume.

Ô mère, un oiseau m’a donné la seule réponse. De deuil en deuil, il a fallu toute une vie, toute ma vie pour recevoir enfin ce don immérité : le secret qui va nous joindre.

 

Ô mère, écoute : il n’y a plus d’ailleurs. »

 

Gustave Roud

Requiem

Payot, 1967 – actuellement disponible dans la collection Mini Zoé

 

pour le 20 février 1926

dimanche, 14 février 2021

Gustave Roud, « Le rameau de cerisier »

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Fenêtre à Carrouge, photographie de Gustave Roud

 

« Nos années, l’une après l’autre, élèvent autour de nous un palais de miroirs profonds, la source d’une grandissante féérie. Chaque cycle de saisons laisse en nous sa trace – qui diffère de toutes les autres et compose avec elles un accord toujours plus riche : est-il impossible d’imaginer une longue vie devenue si chargée de ces résonances temporelles qu’elle soit, dans une certaine mesure, victorieuse du temps lui-même ? Chaque instant nouveau (et périssable) éveillant à travers la mémoire les instants semblables qui le précédèrent, l’homme écouterait sans fin (au cœur d’une sorte de Présent perpétuel et magique) vibrer ensemble les harmoniques de son passé.

Ce rameau de cerisier sauvage qu’avril une fois encore jette au milieu de nos glaces imaginaires, cette petite chose nue et pure comme une seule note très limpide, tue aussitôt que chantée, mille échos temporels s’en emparent et l’orchestrent. De trois corolles les jeux du souvenir font naître un arbre immense, un orage de pétales, d’abeilles et d’odeur. Celui qui suffoque enfin sous le délice de cette floraison spirituelle faut-il lui reprocher comme un crime la pensée qui le hante, née sournoisement d’une attente jamais lasse. “Il faut que l’herbe et la fleur des champs soient fauchées et se flétrissent pour être sauvées par l’homme. C’est lorsqu’une chose n’est plus qu’elle commence à exister pour lui : l’absence, condition de la possession véritable, le périssable, substance de l’éternel”. »

Gustave Roud

Les fleurs et les saisons

Photographies de l’auteur

Édition préparée et postfacée par Philippe Jaccottet

La Dogana, 1991

https://ladogana.ch/les-fleurs-et-les-saisons