UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

vendredi, 06 juillet 2018

Gu Hengbo, « La pensée nocturne dans le pavillon Haiyue »

Orchidées solitaires. Musée national du palais, Taipei..png

Gu Mei, Orchidées solitaires (détail). Musée national du palais, Taipei.

 

« Au-delà du rideau parfumé

La pluie fine mouille le ciel nocturne

Les feuilles jaunes s’envolent

Je me couvre de vêtements du soir.

 

La cour peinte ombragée par des lianes

Leurs tiges en harmonie avec l’automne

Les saules cachent la balustrade rougeâtre

La lune jette sur le sol des ombres timides.

 

Les fleurs grelottent dans le froid nocturne

Ma silhouette amaigrie tremble dans la pénombre

Le perron froid sombre dans une obscurité profonde

Les oies sauvages restent silencieuses sur les branches.

 

Dans cette montagne la forêt est immense

Je savoure cette vie d’ermite

Le vent se lève du côté des pins robustes

La porte bien fermée je me couche sur la natte. »

 

Gu Hengbo, prostituée et chanteuse très connue dans la capitale de la dynastie des Ming, était l’une des « huit beautés de Nankin » de son époque. Animée d’une générosité chevaleresque, elle sauva la vie à plusieurs guerriers qui résistaient à l’invasion des Mandchous qui allaient bientôt fonder la fameuse dynastie des Qing. Dégoûtée par la vie de prostitution, elle épousa Gong Hefei, en tant que concubine de grand lettré. Ses poèmes sont célèbres pour la description minutieuse des différents sentiments. Elle mourut à Pékin à quarante-six ans, laissant le Recueil des poèmes écrits dans le pavillon des chatons de saules.

 

Gu Hengbo – Gu Mei, 1619-1663

In Femmes poètes de la Chine

Traduction, annotations et calligraphies de Shi Bo

Le Temps des Cerises, 2004

https://www.letempsdescerises.net/?product=femmes-poetes-...

jeudi, 05 juillet 2018

Paul Celan, « Contre personne lové »

celanmedium.jpg

DR

 

 

« Contre personne lové avec sa joue –

contre toi, vie.

Contre toi, d’un moignon de main

trouvée.

 

Vous, doigts.

Loin, en chemin,

aux croisements, parfois,

la halte

avec les membres affranchis,

sur

le coussin de poussière Autrefois.

 

Provision du cœur devenu bois :

qui brûle,

valet d’amour et de lumière.

 

Une petite flamme de demi-

mensonge encore dans

ce pore-ci,

cet autre, lassé de veille,

que vous touchez.

 

Bruits de clefs là-haut,

dans l’arbre

du souffle au dessus de vous :

le dernier

mot qui vous ai regardé

doit maintenant rester seul avec soi.

 

……………………….

 

Contre toi lové, d’un

moignon de main trouvée :

vie. »

 

Paul Celan

La rose de personne / Die Niemandsrose (1963)

Traduit de l’allemand par Martine Broda

Bilingue

Le Nouveau Commerce, 1979, rééd. Points Seuil, 2007

mardi, 03 juillet 2018

Tchouang-tseu, « …un vieil homme qui nageait dans les remous… »

Zhuangzi-Butterfly-Dream.jpg

Ike no Taiga – 1723-1776 – , Tchouang-tseu rêvant d’un papillon, ou un papillon rêvant de Tchouang-tseu

 

« Confucius admirait la cataracte de Liu-leang dont la chute mesurait trente toises et dont l’écume s’étendait sur quarante stades. Dans cette écume, ni tortue géante, ni caïman, ni poisson, ni trionyx ne pouvaient s’ébattre. Soudain, Confucius vit un vieil homme qui nageait dans les remous. Le prenant pour un désespéré, il donna l’ordre à ses disciples de suivre la berge et de le retirer de l’eau. À quelques centaines de pas plus bas, l’homme sortit de l’eau par ses propres moyens. Les cheveux épars et tout en chantant il se promena au bas du talus. Confucius l’ayant rejoint, lui dit : “J’ai failli vous prendre pour un esprit, mais je vois que vous êtes un homme. Permettez-moi de vous demander quelle est votre méthode pour pouvoir nager si aisément dans l’eau.

– Je n’ai pas de méthode spéciale, répondit l’homme. J’ai débuté par accoutumance ; puis cela est devenu comme une nature ; puis comme mon destin. Je descends avec les tourbillons et remonte avec les remous. J’obéis au mouvement de l’eau, non à ma propre volonté. C’est ainsi que j’arrive à nager si aisément dans l’eau.

– Que voulez-vous dire, demanda Confucius, par les phrases suivantes : j’ai débuté par accoutumance ; je me suis perfectionné naturellement ; cela m’est devenu aussi naturel que mon destin ?

– Je suis né dans les collines, répondit-il, et j’ai vécu à l’aise, c’est l’accoutumance ; j’ai grandi dans l’eau et je m’y trouve à l’aise, c’est la nature ; je nage ainsi sans savoir comment, c’est le destin. »

 

Tchouang-tseu – IVe siècle av. J.-C.

Extrait du chapitre XIX de « Avoir une pleine compréhension de la vie »

In Œuvres complètes

Traduit du chinois, préfacé et annoté par Liou Kia-hway

Gallimard/unesco, 1969, rééd. Folio essais n°556, 2014

lundi, 02 juillet 2018

Lu Yu, « Sous la lune buvant légèrement »

1200px-Haruki_Nanmei_A_portrait_of_Lu_Yu(part)_春木南溟筆_陸羽像(部分)_天保12年.jpg

Haruki Nanmei, Portait de Lu Yu, XIXe

 

« hier tout autour de l’auvent, la pluie

face à la lampe solitaire je me grattais la tête

cette nuit, le clair de lune plein la cour,

je chante longuement adossé au saule dépouillé

les changements du monde sont immenses, infinis

de la réussite à l’échec un revers de la main

dans la vie d’un humain la chose la plus heureuse est,

allongé, d’entendre qu’on presse le vin nouveau

depuis mon retour de Cheng-tu,

je me lamente de voir parents et amis dépérir

nombre d’entre eux sont déjà inscrits sur le registre des morts

mais qui pourrait vivre éternellement ?

les jeunes pour la plupart je ne les connais pas

nul ne consent à avoir des égards envers le vieillard décrépit

une coupe, personne avec qui la partager

je vais frapper à sa porte pour appeler mon vieux voisin »

 

Lu Yu – 1125-1210

In L’Art de l’ivresse

Poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun

Coll. Spiritualités vivantes, Albin Michel, 2014

dimanche, 01 juillet 2018

Tao Yuan-ming, « Étudiant le Classique des montagnes et des mers »

440px-Tao_Yuanming_Seated_Under_a_Willow.jpg

Tani Bunchō, Tao Yuanming assis sous un saule. Japon, 1812

 

« c’est le début de l’été, herbes et arbres sont luxuriants

les arbres feuillus entourant la maison déploient leur ombrage

les oiseaux se réjouissent d’y trouver refuge

j’aime moi aussi ma chaumière

comme j’ai déjà labouré et même semé,

j’ai du temps pour lire mes livres

mon allée à l’écart est loin des grandes avenues,

même les carrosses des vieux amis font demi-tour

joyeux je bois le vin printanier,

et cueille des légumes dans le potager

une pluie légère vient de l’est,

un bon vent arrive en même temps

je feuillette les aventures du roi de Chou,

promène mon regard sur les images des montagnes et des mers

le temps de baisser la tête et de la relever, j’ai parcouru l’univers

pour se réjouir que faut-il de plus ?

 

Tao Yuan-ming – 365-427

In L’Art de l’ivresse

Poèmes chinois traduits et présentés par Hervé Collet et Cheng Wing Fun

Coll. Spiritualités vivantes, Albin Michel, 2014

samedi, 30 juin 2018

Épouse de Dai Shiping, « Poème d’adieu »

3333_10598341_0.jpg

Fragment de fresque en stuc polychrome, Dynastie Song, Chine.. DR

 

« Malgré mon talent et ma sagesse

Fille de triste destinée

Je ne trouve aucun moyen de te garder

Je froisse cette feuille magnifique

J’y couche mon désespoir et ma détresse

Le long du chemin les saules dansent

Ma mélancolie grandit sans cesse

 

Comment pleurer sur ma mauvaise destinée ?

Ma vie est détruite

À cause de ma légèreté.

Te souviens-tu de nos serments sous la lune ?

Ce n’était pas un rêve.

Si à l’avenir tu reviens

N’oublie pas de rendre visite à notre chambre

Et de verser une coupe de vin sur ma tombe. »

 

On ne connaît pas le nom de l’auteur qui était la fille d’un riche commerçant de la province du Jiangxi, non loin de Shangaï. Un jour, le lettré Dai Shiping voyageait dans cette province et rencontra cette charmante jeune fille qui tomba amoureuse de lui et l’épousa. Trois ans après, tourmenté par sa première épouse et ses enfants dans son pays natal, Dai voulut quitter Jiangxi et avoua qu’il était déjà père de deux enfants. Le riche commerçant se mit en colère et la poétesse essaya de le calmer. Saluant le départ de son mari Dai, la poétesse lui offrit son coffre de toilette et ce poème d’adieu.

 

Épouse de Dai Shiping – Dynastie Song du Nord, 960-1279

In Femmes poètes de la Chine

Traduction, annotations et calligraphies de Shi Bo

Le Temps des Cerises, 2004

https://www.letempsdescerises.net/?product=femmes-poetes-...

vendredi, 29 juin 2018

Sou Che (Su Tung Po), « Sur l’air “Chanson de l’immortel de la grotte” »

c6c78f47f3f08f2e926c13305f4e7414.jpg

 

« Ses os étaient de jade ;

Sa chair un frais cristal de glace, sans une goutte de sueur.

Le vent emplissait d’un parfum secret tout le palais au bord de l’eau.

Quand s’écartait le store brodé, le clair de lune nous épiait.

Pas encore endormie, elle appuyait sur l’oreiller sa chevelure en désordre.

 

Je me levais pour saisir sa main de soie.

Aucun bruit à la porte du pavillon.

Parfois, on voyait une étoile filante traverser la Voie Lactée.

Je demandais : “Où en est-on de la nuit ?”

“C’est déjà la troisième veille.”

Les flots dorés de la lune pâlissaient ; les étoiles du Cordeau de Jade* s’inclinaient.

Nous calculions sur nos doigts quand viendrait le vent d’Ouest**.

Et pourtant, nous ne parlions pas des années,

Qui secrètement s’échappent. »

 

* La queue de la Grande Ourse, qui tourne autour du Pôle avec les saisons.

** L’automne

 

Sou Che (Su Tung Po) — 8 janvier 1037- 24 août 1101

 Traduit du chinois par O. Kaltenmark

In Anthologie de la poésie chinoise classique

Sous la direction de Paul Demiéville

Gallimard, 1962, rééd. Coll. Poésie/Gallimard, 2000

jeudi, 28 juin 2018

Li Qingzhao, « Sheng Sheng Man »

800px-Liqingzhao.jpg

Zhao Bingzhen, Musée du Palais, Pékin

 

« Chercher chercher,

seule seule toujours,

triste triste toujours.

Tantôt chaud tantôt froid :

guérir est difficile.

Avec deux ou trois verres de vin doux,

comment résister à la violence du vent nocturne ?

Des oies sauvages passent :

chagrin renouvelé,

voilà de vieilles connaissances.

 

Terre jonchée de chrysanthèmes,

corolles desséchées.

Qui voudrait en cueillir encore ?

À la fenêtre toute seule,

comment tuer le temps jusqu’à la nuit ?

Platane sous la pluie fine,

la nuit tombe, dian-dian, di-di*.

C’est comme ça :

en un seul mot : chagrin. »

 

* goute à goutte

 

Li Qingzhao – 1084-1151

In Poèmes à chanter Tang & Song

Traduits et présentés par Yun Shi & Jacques Chatain

Coll. Morari, éditions Comp’act, 1988

un autre poème de Li Qingzhao sur ce blog : http://www.unnecessairemalentendu.com/archive/2016/02/08/...

mercredi, 27 juin 2018

Tu Long, « Propos détachés du Pavillon du Sal »

36236437_10216485340949822_3936475180485836800_n.jpg

Anonyme, Portait d’un lettré. Peinture, couleurs sur soie. XIe siècle, dynastie des Song du Nord. Musée du Palais, Taipei

 

« Se pencher sur son reflet solitaire dans un étang et s’amuser à regarder les poissons agitant l’eau de leurs bonds.

Suivre dispos et nonchalant les détours d’un sentier et voir soudain une pousse d’orchidée sortir de terre.

La perfection existe dans l’infime et le plaisir n’en est que plus fort.

 

Épanouir ses talents et ses vertus comme de jeunes fleurs, jardin printanier sous une brise ensoleillée.

Porter ses cheveux blancs comme un arbre ses feuilles rougies, forêt automnale au paysage encore plus somptueux. »

 

Tu Long – 1542-1605

Propos détachés du Pavillon du Sal

Traduits du chinois & présentés par Martine Vallette-Hémery

Séquences, 2001

http://www.alidades.fr/sequences.html

mardi, 26 juin 2018

Li Ho, « Servez le vin »

36199913_10216477661237834_1491547682685059072_n.jpg

Grande jarre à tête anthropomorphe (détail), culture de Majiayao. Chine du Nord, fin du IIIe-début du IIe millénaire avant notre ère. Terre cuite chamois, décor peint. Musée Guimet, Paris

 

« Lourd lapis-lazuli

Ambre sombre et puissant.

Le vin quand il jaillit des tonnelets

   tombe comme un collier de perles rouges.

Dragon à la vapeur phénix rôti

   larmes grasses de jade qui ruissellent

Tapisseries brodées rideaux de gaze

   conservent les parfums à l’intérieur.

Flûte d’os de dragon

Tambours en peau d’iguane

Chantent les dents brillantes

Dansent les tailles fines.

Surtout dans le vert tendre du printemps

   dans la lumière de ce crépuscule

Quand une averse de fleurs de pêchers

   tombe sur terre comme une ondée rouge.

Buvez buvez toujours je vous adjure

   buvez enivrez-vous la vie entière :

Il n’y a plus personne désormais

   qui verse sur la tombe de Liu Ling un peu de vin* »

 

* Liu Ling, célèbre jouisseur du IIIe siècle, avait demandé qu’on l’enterre avec des gourdes de vin. Mais, plus de cinq cent ans après sa mort, plus personne ne survit pour entretenir sa tombe et lui donner à boire. (NDT)

 

Li Ho – 791-817

In Ombres de Chine – Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue

Choix, traduction et commentaire par André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

http://www.inculte.fr/catalogue/ombres-de-chine/

17:27 Publié dans Écrivains, Édition, Livre | Lien permanent

lundi, 25 juin 2018

Yuefu anonyme, « Ballade des papillons »

FleurepoqueMing14eChine.jpg

Anonyme, Fleurs et papillon, Dynastie Ming

 

« Les papillons folâtrent dans les jardins de l’est.

Au troisième mois, où vont-ils rencontrer des hirondelles qui en nourriront leurs petits ?

Ils me rejoignent parmi les luzernes ;

Ils m’assistent quand je pénètre dans les profondeurs du Palais Pourpre*.

Ils s’y déplacent à l’entour des chapiteaux et des colonnettes.

Les passereaux arrivent alors pour banqueter ;

Ils viennent pour donner la becquée à leurs oisillons,

Hochant la tête en battant des ailes.

Où volettent-ils ? Où volettent-ils donc ? »

 

* Palais Impérial. C’est aussi le nom de la Cité interdite, d’une constellation qui couvre une région voisine du pôle nord céleste, empiétant sur la Grande Ourse, la Girafe et le Dragon. On nomme aussi le sternum de cette façon.

 

 Yuefu** anonyme

Dynastie des Han, 206 av. J.-C. – 220 après J.-C

traduit du chinois par Rémi Mathieu

Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2016

 

** Le Yuefu, Bureau des musiques, est un genre poétique chinois typique de la dynastie Han. À l’origine le Yuefu est une chanson populaire anonyme, il deviendra un genre très prisé par les lettrés.

 

16:21 Publié dans Écrivains, Édition, Livre | Lien permanent

dimanche, 24 juin 2018

Yang Wan Li, « Pour remercier Wu Te hua, commissaire du thé de Chian chow, qui m’a envoyé une nouvelle édition d’un recueil de Su Tung po* »

36062846_10216461294348672_5213251790878801920_n.jpg

Ma Yuan (actif 1190-1225), Promenade sur un sentier de montagne au printemps (détail), peinture, encre et couleurs sur soie. Musée du Palais, Taipei

 

« L’or jaune, le jade blanc, des perles claires comme la lune, des chansons limpides, des danses merveilleuses, une jeune beauté à renverser une ville, les autres ont tout cela, moi seul n’ai rien. Comme Hsiang yu** je n’ai que quatre murs pour m’entourer. À part cela j’ai aussi une étagère de livres. Si elle ne suffit à me rassasier, au moins elle rassasie les termites argentés. Un vieil ami au loin vient de m’envoyer un recueil de Tung po. Les vieux livres quittent tous la natte pour lui céder la place. Quand j’étais enfant, espiègle, pour les cent choses je n’étais pas paresseux, mais quand il s’agissait d’étudier, exprès je me levais tard. Mon père se fâchait, blâmait son fils sot et m’ordonnait, l’estomac affamé, de dévorer de vieux livres abimés. Avec la vieillesse pour les dix mille choses je suis à la traîne derrière les autres. Quand avec nonchalance je prends un vieux livre pour occuper mes yeux malades, dès qu’ils rencontrent le livre mes yeux malades se brouillent. Les caractères gros comme des mouches deviennent de vieux corbeaux. Mes yeux malades, que peuvent-ils donc faire avec de vieux livres ? Quand je feuillette un vieux livre, tout le temps je soupire. Ce recueil de Tung po je l’ai déjà, mais avant d’arriver au dernier chapitre ma main s’arrête. L’encre est imprimée de façon floue, le papier n’est pas bon. Ni bon papier, ni bonne calligraphie. Mais le texte vient d’être gravé sur du bois de jujubier de Fu sha. La gravure fidèle, vigoureuse et svelte ne trahit pas l’original. Le papier est comme un cocon de couleur de neige qu’on sort d’une bassine de jade, les caractères comme le dessin des oies sauvages du givre sur les nuages d’automne. Avec la vieillesse mes deux yeux voient comme à travers le brouillard, quand ils croisent des saules, quand ils croisent des fleurs, ils ne les remarquent même pas. Mais chaque fois qu’il croisent un beau livre neuf, toute la journée ils l’apprécient, ne veulent plus le quitter. Tung po est encore plus fou que moi, il a refusé d’échanger sa veste de toile grossière pour devenir l’un des trois ministres. De son pinceau surgit un langage étonnant, à balayer les chevaux ordinaires de dix mille générations. Vieil ami, tu t’apitoies, comme en vieillissant je deviens plus obtus, au lieu de m’envoyer un élixir pour soigner mes os malades, tu m’envoies ce livre pour me bousculer un peu. Je gratte ma tête blanche jusqu’à ce que la lampe bleue s’éteigne. »

 

* Poète, peintre, 1037-1101

** Chef militaire de la fin de la dynastie Qin, 232-202 av. J.-C. Selon la légende il se serait décapité lui-même.

 

Yang Wan Li

Le son de la pluie

Traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli