Roger Laporte, 20 juillet 1925 — 24 avril 2001
Roger Laporte est mort le mardi 24 avril 2001. Il avait soixante-seize ans. Son œuvre est considérable. Nous devons continuer à la lire, à y trouver des nourritures pour le voyage qui nous reste à faire. Il m’avait confié le manuscrit de ce livre, Écrire la musique, que je suis fier d’avoir publié et de continuer à vendre bon an mal an à quelques poignées d’exemplaires, preuve qu’il y a encore des lecteurs pour ce travail — cette vie — d’écriture à nul autre comparable. On trouvera l’essentiel des textes de Roger Laporte — La Veille, Une voix de fin silence, Pourquoi ?, Fugue, Supplément, Fugue 3, Codicille, Suite et Moriendo — dans le volume Une vie, publié par P.OL. en 1986.
« Pourquoi ma passion pour la lecture m’a-t-elle conduit, à l’âge de treize ou quatorze ans, à m’identifier à un personnage d’écrivain plutôt qu’à un Capitaine au long cours ? Je l’ignore, mais, même si je connaissais le secret de ma “vocation”, je n’aurais pas la réponse à la seule question qui mérite d’être posée : pourquoi ai-je désiré, non pas devenir écrivain, mais écrire tels livres plutôt que tels autres livres ? Pour répondre il me faudrait tout d’abord faire une analyse du champ littéraire et philosophique en 1945, expliquer par exemple que 1943 est pour moi, comme pour d’autres, l’année de parution de Faux pas plutôt que celle de L’Être et le Néant, mais une telle étude, même exhaustive, serait insuffisante, car une certaine idée que je me suis faite de la littérature ne trouve pas son origine dans la Grande Bibliothèque.
À la réflexion, plus de quarante ans plus tard, et en dépit des risques inhérents à toute reconstitution, je crois pouvoir avancer la proposition suivante : lorsque j’avais dix-huit, dix-neuf ans, à une époque où je n’avais pas encore écrit une seule ligne, ce qui m’a le plus marqué, ce qui a commencé à induire certains effets qui sont devenus lisibles seulement plusieurs décennies plus tard, n’a pas été la littérature, même pas la lecture, certes déterminante de Proust, mais la musique de chambre, très précisément ma première audition de l’intégrale des quatuors à cordes de Beethoven que vint donner à Lyon, salle Rameau, le quatuor Löwenguth. »
Roger Laporte
Écrire la musique
Éditions à Passage, 1986
Dans la très élégante collection à 6€10, Allia publie un premier livre, qui doit certes à Thomas Bernhard, mais surtout au fait même d’écrire, à l’angoisse, au découragement, à la folie… Tout de digressions souvent drôles, emmené par une pensée en effervescence, obsessionnelle et démentielle souvent, Le Découragement 
Un grand article de Pascal Quignard, dans le Monde de vendredi : L’enfant incorrigible, à propos des Contes pour les enfants et la maison des frères Grimm, édités et traduits de l’allemand par Natacha Rimasson-Fertin, Corti, coll Merveilleux, 1184 p. en deux volumes, sous coffret, 50 €
Largement salué lors de sa première édition la Descente de l’Escaut, est réimprimée à juste raison. Attendue par tous ceux qui avaient découvert Franck Venaille trop tard, ou loupé l’événement. Il est vrai qu’entre temps Chaos (Mercure de France, 2007) est venu corroborer tout le bien que l’on pouvait penser du travail d’écriture de Franck Venaille. Mais cette Descente de l’Escaut est un livre un peu à part, grand œuvre peut-être de ce poète incontournable. Une parole digne au cœur d’une souffrance implacable car c’est le chant qui sauve. C’est le chant – le lied – qui révèle, qui peut dire la douleur, la rage, l’impossible, la fatigue, ce qui est muet de naissance, réaliste et secret, ce qui tremble dans la vase, l’enfant qui joue près des remparts, l’homme meurtri, le chant très lointain, très proche, dans l’étrave du steamer, dans les flots de l’Escaut, dans les saccades nerveuses qui agitent le corps du poète. La descente de l’Escaut, la descente au fond de soi, dans le désordre et la douleur, la descente dans le chaos de soi en soi… L’eau, la brume, le poète, indéfectiblement vivant.
Pour ma 100ème note, on comprendra qu'il n'est pas anodin que je souhaite relayer l'appel pour le livre.

extrait de Young Appolo, à paraître