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lundi, 09 juillet 2018

Haizi, « Maison »

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DR

 

« Tu as au matin fait tomber

une première goutte de rosée

pour sûr, cela touchait à ton amour

à midi, quand tu as fait boire les chevaux

tu t’es tenu un instant sous un jeune rameau

et cela aussi touchait à elle

et dans la lumière du soir

tu es assis dans la maison, sans bouger

et cela encore touche à elle

 

tu ne peux pas le nier

 

l’immense soleil se retire, sable et boue se confondent,

détale le vent fou,

ciel et terre de pluie détrempés sanglotent sans fard ni feinte

et la maison d’amour est tendrement assise

elle recouvre une mère, elle recouvre un fils

 

te recouvre et moi aussi »

1985

 

Haizi – Zha Haisheng, 1964-1989

Traduit du chinois par Romain Graziani

In Le ciel en fuite – Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

Édition établie par Chantal Chen-Andro & Martine Valette-Hémery

Circé, 2004

http://www.editions-circe.fr/livre-Le_ciel_en_fuite_%E2%8...

samedi, 07 juillet 2018

Song Lin, « Paysage dans l’œil d’un aigle »

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© Pieter Vandermeer

 

« 1

 

Rien que le roc, la neige,

noir sur blanc.

Les rigueurs de l’hiver, les eaux ne coulent plus,

les pins ont mis leurs cloches de verre.

 

2

 

Rien ne saurait remplacer

l’élévation du roc.

celle des sommets,

sauf la neige qui les recouvre.

 

3

 

Des vols d’hirondelles dorment sous les eaux gelées,

dans leur tanière, les ours bruns sommeillent,

marmottes et hérissons s’assoupissent aussi,

en eux s’amassent une neige de graisse.

 

4

 

Il n’y a pas de mots, pas de vendeurs de mots,

nul hymne louant les noces, le pouvoir.

Au Tibet, une armée s’enfonce sous la neige,

inhumée dans l’oubli du clair de lune.

 

5

 

Le vent est inspiration, volonté,

vitesse du sang en plein vol.

Les ombres se déplacent, puis

les griffes soudain lacèrent le silence.

 

6

 

Une réduction, essentielle, comme fait la terre

pour les branches, les feuilles mortes, comme le roc

dressé solitaire, dressé radieux,

devenue fondement de toute sensation.

 

7

 

Même les étendues de neige gelée

sont truffées d’amorces noires du soleil.

Le paysage dans l’œil d’un aigle…

poème sur la distance. »

 

1998

 

Song Lin – né en 1959 dans la province du Fujian

in Le ciel en fuite – Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

Édition établie et traduite par Chantal Chen-Andro & Martine Valette-Hémery

Circé, 2004

http://www.editions-circe.fr/livre-Le_ciel_en_fuite_%E2%80%93_Anthologie_de_la_nouvelle_po%C3%A9sie_chinoise-224-1-1-0-1.html

 

 

samedi, 23 juin 2018

Beidao, « Questions au ciel »

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DR

 

« Ce soir la pluie tombe éparse

la brise feuillette le livre

le dictionnaire parle à mots couverts

je ne peux lui résister

 

Enfant je récitais des poèmes anciens

sans comprendre

debout, puni

au bord du gouffre des commentaires

 

La lune brille, quelques rares étoiles

la main du Maître

montre le gué des rêves

les ombres miment l’existence

 

des gens glissent à skis

sur les pentes enneigées de l’instruction

leur histoire

glisse hors des frontières

 

les mots ont glissé hors du livre

la feuille blanche est atteinte d’amnésie

je me lave les mains

je déchire la feuille, la pluie cesse »

 

Beidao (ou Bei Dao) ­– 1949

Au bord du ciel

Traduit du chinois par Chantal Chen-Andro

Circé, 1995

http://www.editions-circe.fr/livre-Au_bord_du_ciel-220-1-...

samedi, 16 juin 2018

Zheng Chouyu, « Village aborigène »

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DR

 

« Ma femme est un arbre, moi aussi ;

mais ma femme est un bon métier à tisser,

sa navette-écureuil tisse des nuages arachnéens,

ces nuages, là-haut, sont ceux qu’elle aime tisser

 

et moi, j’espère bien que mon unique tâche

sera de faire sonner dans ma poitrine

la cloche d’une école

puisque j’ai atteint l’âge…

où les piverts se posent sur mon bras »

1962

 

 

Zheng Chouyu

in Le ciel en fuiteAnthologie de la nouvelle poésie chinoise

Édition établie et traduite par Chantal Chen-Andro & Martine Valette-Hémery

Circé, 2004

http://www.editions-circe.fr/livre-Le_ciel_en_fuite_%E2%8...

mercredi, 06 juin 2018

Xia Yu (Hsai Yu), « Hibernation »

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DR

« Je ne cherche ainsi qu’à engranger assez d’amour

assez de tendresse et de ruse

par précaution     si d’aventure

je te rencontre à mon réveil



je ne cherche ainsi qu’à engranger assez de fierté

assez de solitude et d’indifférence

par précaution     si d’aventure

tu es déjà parti à mon réveil »

1980

 

Xia Yu (Hsia Yu — née en 1956 à Taïwan)

in Le ciel en fuiteAnthologie de la nouvelle poésie chinoise

établie et traduite par Chantal Chen-Andro & Martine Valette-Hémery

Circé, 2004

http://www.editions-circe.fr/livre-Le_ciel_en_fuite_%E2%8...

lundi, 04 juin 2018

Chen Li, « Cartes postales pour Messiaen »

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DR

 

 

« Folie de papillon

 

Elle est venue à moi

tel un papillon. Sans hésiter

elle s’est assise sur la première chaise devant le pupitre

une barrette de couleur

dans les cheveux, papillon sur papillon

 

Depuis vingt ans, dans ce lycée

en bord de mer, combien de papillons

ai-je vus, êtres humains ou lépidoptères,

empreints de jeunesse, de rêves

virevolter dans ma salle de classe ?

 

Oh ! Lolita 

 

Un jour d’automne avant midi, le soleil

si chaud, une piéride d’un jaune étincelant

entrée par la fenêtre a tournoyé autour

d’elle, âgée de treize ans, penchée sur son devoir,

et du professeur distrait

 

Soudain elle s’est levée, pour échapper à cette

chatoyante, vibrante image

diaprée, papillon terrifié par

d’autres papillons : elle affolée,

moi troublée par sa beauté »

 2001

 

Chen Li

Cartes postales pour Messiaen

Traduit du chinois (Taïwan) et présenté par Marie Laureillard

Circé, 2017

http://www.editions-circe.fr/livre-Cartes_postales_pour_M...

lundi, 26 juin 2017

Hsia Yu, « Salsa »

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DR

 

« To be elsewhere

 

Ils se sont rencontrés dans un village de la côte

ils ont partagé une nuit merveilleuse puis se sont quittés sans laisser d’adresse

chacun sa route. Trois ans plus tard

ils se sont rencontrés à nouveau, sans le vouloir.

Pendant trois ans

ils ont été abandonnés

par la narration du roman

ils ne savaient plus qui ils étaient

seule flottait dans l’air cette sensation de s’être un jour connus

dans un autre récit

l’un demande : qui es-tu qui parais si froid et si fatigué ?

l’autre répond : je sais seulement que mon pull est décousu

et que si tu tires le fil de plus en plus

c’est tout mon être qui finira par disparaître »

 

Hsia Yu

Salsa

Traduit du chinois (Taïwan) et présenté par Gwennaël Gaffric

Circé, 2017

http://editions-circe.fr/