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samedi, 24 juin 2017

Franck Venaille, « Requiem de guerre »

franck-venaille.jpg

DR

 

« Ah ! s’en aller pleurer sur un banc de bois le dimanche.

Rejoindre la compagnie des hérissons. C’est ainsi. C’est fait. Nous ne recommencerons plus les erreurs d’antan.

Il y a chez cet écrivain, une volonté farouche de faire entendre ses silences. Eh ! L’ami ! C’est bien à toi que je m’adresse. Tu avais le regard clair de celui qui donne tout et qui, sans angoisse, fait état de sa peur, de ses rages, continue d’être un homme qui a su combattre et vaincre les Furies.

Nous irons, pieds nus, marcher sur les braises.

Nous briserons leurs marmites de sorcières ah ! quelle journée !

Je peux en témoigner : il ne s’agissait nullement d’un rêve mais bien d’un morceau de réel comme toute mère en prépare pour son grand fils afin qu’il calme sa faim le moment venu.

Il ne s’agit plus de montrer sa peur. Il suffit de dire : “me voici” et les murs des longs couloirs prennent une couleur nouvelle. C’est là que j’ai croisé celui qui devait être l’ami de Kafka. Même redingote. Semblable démarche. Je m’enferme dans ma chambre pour relire le Journal. Cette douleur née de l’intérieur du corps des hommes comment la nommer ? Comment lire leur destin sur une mappemonde ?

Je me bats et je me débats. Je suis le personnage central d’un film. Je vais, maladroitement, d’un point à l’autre. Je rêve. Beaucoup. Et trop. La nuit je guette les bruits de pas des visiteurs étranges. Je suis allongé.

Je me tourne sur le côté droit avec difficulté. Dites ! Pourquoi cacher la vérité sortie nue du corps de la femme au bain ? Je suis un homme qui ne croit plus en son pouvoir d’agir sur les merveilles du monde. »

 

Franck Venaille

Requiem de guerre

Mercure de France, 2017

 

Franck Venaille vient de recevoir le Prix Goncourt de la Poésie 2017

 

lundi, 28 janvier 2013

Franck Venaille, « Chaos »

venaille.jpg

« Je crois à la parole rare.

À ce qui protège des mouvements de foule du langage.

Hier ! Demain ! & ce bien étrange aujourd’hui.

Tout cela forme ce que je crains : des figures de carnaval (l’horreur des masques)

Nous sommes un groupe. Nous sommes compagnons de voyage. Nous irons ensemble longtemps je crois.

Mais pour cela il faut que je me force pour oublier la langue du père.

Ici & ailleurs.

J’en ris nerveusement.

Pourquoi faut-il que, dans la version sexuelle de l’amour, on se dévore les bouches ? On aurait

pu imaginer quelque chose de nettement différent ! (plus angélique !)

C’est parce que je crois au langage que je ne puis vous répondre, dit-il.

Dit l’enfant. Celui que nous portons en nous.

Dit encore le-petit-de-la-douleur-première. »

 

Franck Venaille

Chaos

Mercure de France, 2006