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lundi, 22 juillet 2019

Denise Le Dantec, « La seconde augmentée »

denise le dantec,la seconde augmentée,tarabuste

DR

 

« Saison des cerises mûres. Le candélabre s’est chargé de fruits.

Au sol, une infinité de fleurettes blanches et zinzolines.

Bouquets. Poèmes.

L’échelle est à hauteur expressive. L’esprit poétique “naïf”.

Le merle, moqueur.

On n’échappe pas à l’idylle.

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Soleil de rien. Cet amour. Cette saison. Le ciel caramel.

L’enfant s’est caché derrière la haie. Son chapeau tromblon. La poésie avance par bonds.

La branche est rouge avec une boucle de duvet.

Des précautions. Des minuties. Des secrets.

Un coupé d’horizon. Une paire d’ailes.

La lampe brille dans le salon de la Reine.

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Soleil du soir. Éclats et flux.

Tu retrouves ton extase. La farouche merveille. Le champ de fleurs irradié, rouge.

 

La valeur d’ombre du mélèze est en recul, tandis que la rêverie s’augmente en strophes suivant le motif où elle se pose.

Blessure mienne.

Serrés contre les hampes, les glaïeuls du champ saignent.

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Saison des bleuets et du saumon rouge.

Deux, trois vergées somptueuses, luisantes, carminées.

Les buis. Les lierres.

Une fosse de sel. Deux éblouis. Un nuage.

Est-ce un rêve ? Un épuisement de la pensée ?

Il faudra aller plus loin.

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C’est le soir. Le jour a passé l’heure. Silence. Oubli.

Rien n’est perdu.

L’herbe surgit sur sa tige. La petite étoile. L’anémone des bois.

La poésie vient parfois sans qu’on y mette la main. »

 

Denise Le Dantec

La seconde augmentée

Tarabuste, 2019

http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/collections/doute-b-a-t/autres/le-dantec-denise-la-seconde-augmentee/224

mardi, 19 mars 2019

Jeanne Gatard, « L’esquif »

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DR

 

« La barque lieu permanent

 

La barque, lieu perpétuel, conque des paroles, engrange, garde le passage de ceux qu’elle a passés.

Bac de toutes les traversées, mémoire de la mémoire. Tamis, elle écope et garde le grand vermoulu, gris de bronze après les siècles de pluie, devenu vert-de-gris de l’Aurige. Le petit corps de gaulois assis fait corps avec ce gris de bronze, autant que le trop petit cavalier sur le cheval archéologique d’Athènes, hors d’échelle.

Ce léger décalage suffit à l’émotion. Le rapport de l’homme à la barque est tel, elle qui n’arrête pas de changer de taille, de David en Goliath.

 

Elle a des ailes d’Hermès, a pris les flèches de tous les fous. Criblée des trous des balles, c’est la barque mitraillée, devenue légère.

Noire au départ, elle est blanche de tous les regards qui comptaient sur elle. C’est la barque restée ronde, lourde d’oubli. Elle attend ceux qui l’attendent.

 

Barque de tous les départs, elle n’est plus à quai, a dérivé, courbe dans le gris plomb qui l’entoure. De plomb, l’eau est devenue gypse et mercure.

Sur le mercure liquide, elle prend tous les risques, glisse, portant ses passagers.

Les flèches blanches ne l’ont pas coulée, elles l’ont aérée.

 

La perplexité en haute précision a pris la gifle du réel à travers le plan de mer et la multitude de ses pans écroulés.

Là pour un certain temps, un long laps vraiment, la barque recommence sa résonance.

 

Barque tam-tam, barque tambour, tonneau de Diogène, devenue ventriloque, elle n’est pas loin. Du fond de la conque, chacun raconte ce qu’il a vu.

 

Barque à trois voix dont les timbres ricochent le long des rivières.

Parfois au bord des larmes, elle inonde de compréhension.

 

Lieu fixe, elle flotte encore, n’est pas éperdue puisqu’elle est le lieu. Lieu dans le lieu, hors limites et plus fluide, elle s’allège tant elle est concentrée et rayonne dans son ombre. »

 

Jeanne Gatard

L’esquif

Dessins en couleurs de l’auteur

Tarabuste, 2012

http://www.laboutiquedetarabuste.com/fr/catalogue-exhaustif

https://gatardjeanne.wixsite.com/jeanne-gatard-site

lundi, 04 mars 2019

Françoise Clédat, « Fantasque fatrasie (une suggestion de défaite) »

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DR

 

« La fable emporte l’amant mort Mort elle l’enveloppe

l’emporte hors de son enveloppement

– Elle-même nue –

Amante nue sans rien qui l’enveloppe désormais

A soi-même réalité de l’amant mort contre qui s’appuyer

 

Fable sentir brûler

Les derniers

Les plus intenses feux de son identité corporelle

Adorant ce qui d’elle se consume

Anticipe le texte qu’elle brûle d’être

 

(L’avenir de ce qu’elle vivait n’était pas la réalité dans laquelle ce qu’elle vivait ouvrait un avenir)

 

Plus qu’à l’amant c’est à la dimension qui la reçoit

Qu’aimant elle se donne

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Bambine et l’amant mort. Bambine et l’amant aimé. L’aimé s’absente : il rend possible et nécessaire la diversité des amants, amants de légèreté, amants de dire. L’amant mort est l’unique. Exclusif. L’amour en lui ne niait pas les amants. Il les tenait plus fort que leur négation qui était celle de ce néant où il ne serait pas. L’inexistence devenait existence : Bambine se battait à mort. Faire l’amour était se battre à mort.

Avait cette nécessité.

De l’avoir eue l’aurait à jamais.

 

L’amant aimé s’absente. L’amante se voit se perdre en aimant. L’amant mort est réciproque.

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Il fallait foule il fallait fable il fallait forme pour que d’amant mort l’aimé

(Quelle que soit cette forme il l’aurait habitée de si peu la revendiquer)

 

Il fallait foule

Forme comme glaise d’absence

Qu’elle soit entre des mains

Visage d’aimé

De l’amant mort modelé

 

(Qu’importe et perdu)

 

Il fallait ce mouvement d’à genoux qu’entre mains adorantes l’adorer 

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

De l’amant aimé et de l’amant mort. Distincts ils ne cessent de se confondre, un a besoin d’autre pour être tout à fait ce qu’il est, mort pour ce qu’il reste l’aimé, aimé pour ce que dans l’amour du mort se fonde sa nouveauté.

 

Bambine

: “Aller où je n’ose aller. Aimer où je n’ose aimer. Où fait lit et croît est mon corps consenti à la mort.

 

Vieil invincible à nommer te dérobe – réel

Breuvage

Nourriture

 

Tant révèle ton corps à mon corps sa soif et sa faim de les combler si bien.

 

Bambine

: “Ode à mes hommes

Que tendrement j’aime d’être homme et délicat

(aine où je respire)

A fait mon corps accueillant

Quand au bord et

Lieu cet abîme

Tant te jette

– Héros – dans mes bras

Mieux que sur champ de bataille la “belle mort”

: “Ode à mes grecs »

 

 

Françoise Clédat

Fantasque fatrasie (une suggestion de défaite) 

Tarabuste, 2013

http://www.laboutiquedetarabuste.com/

mardi, 10 janvier 2017

Alexis Pelletier, « Trois entraînements à la lumière »

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© : Michel Durigneux

 

« ou encore les oiseaux de Messiaen dans son Saint François d’Assise eopslatria philemon gerygone gammier traquet à tête grise téléphone tschagra notou zostérops oiseau lyre d’Australie hôaka fukuro uguisu hototoguisu le sixième tableau de l’opéra résonne entier cadeau de l’air

 

                    rythmes complexes à temps inégaux et qui changent constamment la phrase les prend aussi et s’émerveille

                                              

                                    il arrive parfois que ces chants m’empêchent de dormir je dois alors écouter l’enregistrement et la voix de Van Dam même si la création de cet opéra fut pour beaucoup une lutte contre l’ennui et que dans la prise de son le souffleur s’entend presque plus que les oiseaux

 

d’autre fois c’est la phrase qui me réveille et je ne sais pas quoi écrire je me lève mets en marche l’ordinateur et c’est parti même s’il faut trier jeter élaguer la plupart des mots après les noms des oiseaux de Messiaen parlant d’eux-mêmes une fois bien regardés sur Internet téléphone tschagra hototoguisu pour donner deux exemples

 

                       certains oiseaux de la phrase reviennent en arrière et prennent un nouveau sens

 

ainsi de la sitelle torchepot cet oiseau bouleversant parfaite phrase dans les arbres qu’il descend tête en bas et qui apparaît aussi dans IL de Dominique Fourcade page 59 ou parfaite image de la lumière dans les arbres du clos à Bessy-sur-Cure »

 

Alexis Pelletier

Trois entraînements à la lumière

Tarabuste, 2016

vendredi, 13 juillet 2012

Françoise Clédat, "Petits déportements du moi"

 

françoise clédat,petits déportements du moi,tarabuste« Le monde s’éclaire dans sa forme existe

n’existe pas

 

Je dis à l’ami je dis à rené le doute vaincu par

la douleur

en douleur de douleur ne doute

 

Si douleur existe manifeste manifestation d’organe n’est-ce pas la preuve je dis à rené je dis à l’ami n’est-ce pas la preuve

qu’amour existe et joie

sans organe

 

Je vis une histoire d’amour

 

Dans l’histoire que je vis existe / n’existe pas en existe / n’existe pas trouve

unité complétude

 

Je dis à rené je dis à l’ami me vois-tu me rapprochant de ce je ne sais pas amour à lui-même uni comme doublement d’avoir été ne doute

réel l’enlacement

 

Qu’ab / sens maintient

possède sensué tous les attributs

me vois-tu je dis à rené je dis à l’ami me vois-tu experte à te les décrire

attributs de la présence qui n’est pas ne rien décrire de l’absence qui est

 

Vers se dissoudre

Me revient mode d’être

 

Je vis une histoire d’amour »

 

Françoise Clédat

Petits déportements du moi

Tarabuste, 2012

 

mercredi, 11 juillet 2012

Jeanne Gatard, "La grande sieste"

 

Jeanne-Gatard.jpg« La grande sieste rend le temps plus leste. Elle est au milieu, au centre du noyau, essieu immobile. Léone y entrecroise vite le fil, haridelle repliée, genoux au menton, les bras croisant le tout, sphynge au maigre séant avec une ridelle au bas du front là où les hindoues incrustent la perle.

 

La fatigue ne prouve rien, la preuve n’existe pas, rien n’est gagné à jamais, elle le sait, mais elle tend ses périples en quête d’on ne sait quoi, en forme de lieu blanc comme si la somme se faisait après, juste un peu tard.

 

Extravagante d’exigence la grande sieste lève le sommeil dans l’immobile, vise le cap loin au large, de l’autre côté de l’horizon, garde la ligne.

 

Léone regarde l’air bleu. Le carré bleu est le même au dessus des captifs où qu’ils soient.

 

                    Assis sur le canot, il regarde

                   Son carré bleu en haut de la mer.

 

Les corps sans tige dérivent sur les cartes de la mer, Léone y cherche l’amer.


On suicide ceux dont le désir, déborde la raison, azur et gouffre, une liberté après. Après, le vertige d’absence, la liesse des autres. »

 

 

Jeanne Gatard

La grande sieste

Dessins de l’auteur

Tarabuste, 2006

 

 

Merci à Judith.