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Un nécessaire malentendu - Page 93

  • (Carnet des morts), un travail en cours

    autopor de MN chemin - .jpgJe coupe délicatement avec ma lame les pieds de moutons que je rencontre.
    Je gobe des œufs volés sous le cul des poules.
    Je tire les merles gras à la fronde.
    J’attrape les vairons à la bouteille & à la mie de pain dans les déversoirs.
    Je ramasse l’Helix pomatia, le véritable escargot de Bourgogne, impossible à reproduire en captivité.
    Je dégomme les pies voleuses en chantant à plein poumons la Gazza ladra de Gioacchino Rossini qui a une très grande importance dans les Bijoux de la Castafiore .
    Je cueille les derniers grains de raisin racornis par le botrytis.
    Je vis dans la vie vivante qui ne se presse & ne me presse pas.

    Je trouve ma consolation
    Je trouve ce qui est juste pour moi & que je remonte dans les bouteilles du fonds des déversoirs avec la mie de pain & les vairons & qui éclaire ma marche le long de l’Armançon, entre les arbres, entre les eaux, entre le ciel & la terre, là où juste je suis en marche le long de l’Armançon, le long du canal de Bourgogne, près du sentier qui mène au secret.

    La conscience de soi à un dos & elle ne le sait pas.

    Je dors chaque jour un peu plus. J’ai tellement de sommeil en retard, me dis-je. Quand je m’endors, je me fixe toujours mentalement sur la même petite île, au milieu d’une rivière calme, avec la même petite & modeste cabane en son centre, avec le même simple lit recouvert d’un gros édredon bouton d’or. Où que je sois.
    Le sac, sur lequel je pose ma tête pour le repos, sent la fleur d’oranger depuis que j’y ai brisé un tube en verre qui contenait une essence apaisante.
    Parfois je marche la nuit. Les chiens aboient à n’en plus finir. Pourtant je passe loin des habitations. Je vois l’aube se lever & souvent je ne reconnais pas le paysage envisagé la veille car j’emprunte maintenant le chemin qui mène au monde peint par Mathis Nithart.

    (travail en cours, extrait du chapitre V)

  • (Carnet des morts), un travail en cours

    Photo 24.jpgLe piano. La voix.
    Ronsard – partition.
    Le bruit du feu qui s'éteind dans les nuages.
    L’histoire comme invention de soi, l’heure bleue, les yeux ouverts, morts.
    Toujours plus vif. Face à face. Couronne de mariée & corps de lecteur.
    Mains fripées & sexe faillit. Fictions dédoublées. Passions enchevêtrées & cruelles.
    Faux dehors, j’ai peur. Je suis l’émeutier solitaire, j’ai peur, j’espionne, j’ai peur, je ne prierai pas dans l’orage, j’ai peur, tout ruisselle, tout déborde, j’ai peur, faux dehors, j’ai dehors peur, je suis égaré, perdu, j’ai peur dans ma traduction.
    La vie est une poussière de papillon que n’accroche pas les doigts.
    J’ai dans l’oreille l’orgueil du vol d’un papillon. Cet orgueil de jadis, d’hui & de demain, immesurable. Une volupté.

    (travail en cours, extrait du chapitre III)

  • (Carnet des morts), un travail en cours

    IMGP0569.JPGC’est ici que l’homme a trouvé sa langue. L’homme né d’une secousse, perdu dans la parole, trouvé dans la langue. C’est le Voyage d’hiver : Fremd bin ich eingezogen, / Fremd zieh' ich wieder aus.  La nature ne s’est pas seulement rétractée, elle s’est reproduite sans précaution. C’est vers la mort. Dans le cabinet sombre. Près des fleurs invisibles. Les longs cheveux blancs. Les mains croisées, le sourire bienveillant. C’est le cœur de la relation, personne ne peut y assister. Peut-être seulement les âmes errantes des ancêtres qui veillent dans ce rien qui est l’espace de la mort.

    Ce n’était rien, une petite chose, une laisse de langue, un vieil objet oublié mais rare.
    À peine un chant dans le Parc Rivière. Un rire d’enfant.

    La voix est toujours plus douce que l’on croyait se souvenir. C’est un sortilège sans doute. Une conjugaison improbable, mais admirablement modulée.
    Espacer les lettres c’est leur donner le rythme qui permettra peut-être le chant.
    Espacer les lettres c’est leur offrir un peu du silence qui, tout à l’heure, les fera sonner plus sauvages, plus loquaces mais plus précises peut-être…

     

    (travail en cours, extrait du chapitre II)

  • Marcel Proust

    1q50oiuy.jpg« Car l’homme est cet être sans âge fixe, cet être qui a la faculté de redevenir en quelques secondes de beaucoup d’années plus jeune, et qui entouré des parois du temps où il a vécu, y flotte, mais comme dans un bassin dont le niveau changerait constamment et le mettrait à la portée tantôt d’une époque, tantôt d’une autre. »


    Marcel Proust
    La Fugitive
    Gallimard

  • Arthur, 20 ans

    22:08:1988012.jpg

    Arthur a 20 ans aujourd'hui.

    Nom d'une pipe !

    Bon anniversaire Arthur.

  • Colette Fellous

    images-1.jpg« Dès que je continue à écrire comme ce soir, comme dans tous ces autres soirs où je reste cachée dans une chambre de Lisbonne, de Paris ou de Séville, je sais que toujours, par-dessus mon épaule, l’été est là qui m’accompagne et me regarde. Il est un temple de poche. Il protège un secret que lui seul sait tenir, il me fait avancer, me donne l’élan de vivre, de recomposer encore et toujours ce dont je crois avoir été témoin, il est un langage, avec ses codes, ses rites, ses règles, ses exceptions. Je le connais maintenant sur le bout des doigts, il est venu à moi très simplement, sans aucun effort. J’étais chaque matin au rendez-vous. Le chemin rouge, le ciel, les barques renversées sur la plage, un silence splendide, une lumière violette, qui battait, par secousses. Vers dix heures, les autres apparaissaient, peu à peu, par petits groupes, une serviette ou une chemise sur l’épaule. Je savais que tous ces instants resteraient immobiles, intacts, suspendus à jamais. Ils étaient nos gardiens. De début juillet à la fin septembre, l’école de l’été ne fermait jamais. Elle était une séance permanente.»
    Colette Fellous
    Plein été
    Gallimard, 2007
     
    Avec ces mots, doux, de Colette Fellous,
    je souhaite à chacun sa part d'été.

  • Paul Gadenne

    adc6aa887120f02c9c1f3a1948a25b86.jpg« Ce que je demande, mon Dieu, moi qui ne suis meilleur que personne, ce n’est pas d’avoir des propriétés ni des arbres à moi (l’orgueil n’a rien à faire dans la contemplation), ce que je demande : pouvoir travailler en paix dans un coin.
    Et l’on me parle de pieds dans les pantoufles. »
     
     
     
    Paul Gadenne
    Le Rescapé (carnet novembre 1949 – mars 1951)
    Séquences, 1993

  • Jacques Borel

    Borel.jpg« Écrivant, n’écrivant pas, coincé, de toute façon, le même malaise, le même mal à respirer, ou à m’absoudre. À vivre, à écrire, le même mal. (Et peut-être en effet que c’est bien ça : que c’est le même.)
    Naturellement aussi qu’il y à l’époque : ah ! leur superbe, aux grands ancêtres, ou leur innocence, on ne peut qu’y rêver avec nostalgie : comment faire ? Rien n’est de nous, rien, jamais, tout entier, ne vient de nous – seule la façon de le vivre, peut-être – rien n’est à nous. »
     
    Jacques Borel
    Un voyage ordinaire
    Le temps qu’il fait, 1993

  • Joël Vernet

    vernet.jpg« Écrire, ça ne tient à rien, c’est une ombre qui nous brûle, un nuage venant se loger au cœur même de notre tête, c’est une façon, notre meilleure façon d’être véritablement avec les autres même lorsque nous en sommes séparés. Oui, si nous n’avions les mots pour dessiner un tant soit peu les contours de notre vie, ce serait la voie ouverte à la folie, au dernier abandon. Il y eut une faille, dans l’enfance, où les mots dévalèrent comme un torrent et, aujourd’hui, après tant et tant d’années d’errances, nos livres s’élèvent à la manière de fragiles barrages ne retenant pas vraiment les eaux. »
     
    Jöel Vernet
    Visage de l’absent
    L’Escampette éditions, 2005

  • Gil Jouanard

    2431210974_4fc28b5a0b.jpg« En fait, les mots ne disent pas la vérité ; ils la font advenir. Il n’y a pas de vérité dont le langage aurait à désigner ou révéler les contours, l’épaisseur, la nature. Il y a ce que les mots affirment, ou suggèrent et c’est cela, la vérité, ce qui n’existe qu’à l’instant où c’est nommé. Le pire des menteurs, s’il écrit, cesse de mentir, puisqu’il s’enfonce, mot à mot, dans ce qui est vraiment, et que rien d’autre n’est que ce qui se trouve, brusquement, là, dit. C’est en quoi l’écriture constitue la seule ascèse avérée, autorisant l’accès au monde véritable. Les fictions qui nous environnent ne prennent tournure crédible que cristallisées ou fixées en mots, lesquels ne se contentent pas de les désigner ou de les expliquer, et qui les font et qui les sont, qui les réalisent. Ainsi tant que j’écris, suis-je fondé à me savoir en vie, dans la vie, composante active du vivant, concrètement là.
    Montpellier, ce 8 mai 1996 »

    Gil Jouanard
    Le jour et l’heure
    Verdier, 1998

  • Poezibao

    Nous connaissons et apprécions tous – j'imagine –  le travail sans faille de Florence Trocmé sur son site Poezibao.

    C'est pourquoi aujourd'hui je suis d'autant plus touché d'y voir chroniqué Le Chemin vers la cabane.

    Une visite s'impose, s'il fallait une raison.

    chemin vers la cabane:poeziba.jpg

    http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/07/le-chemin-vers.html

  • Delbecq/Chambard/Abzac

    Quelques souvenirs d'un moment comme j'en aimerais beaucoup.

    On recommencera.

    Merci à Permanences de la littérature & à Marie Devers pour les photographies.


     

     
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    La suite dans l'Album.