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vendredi, 29 décembre 2017

Rose Ausländer, « Je joue encore »

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DR

 

« Moi une petite eur

 

Pourtant les roses

hautes comme l’été

les papillons

les ailes de mouettes

au-dessus de la rivière

 

Non

je n’oublie pas

les années marquées au fer

je n’oublie pas

que des bottes

ont piétiné l’arc-en-ciel

qu’elles s’apprêtaient

à nous transformer en

roses de feu papillons de feu ailes de feu

 

pourtant hauts comme l’été

le parfum

les ailes doubles au-dessus de la rivière

l’or sur ma peau

 

et les roses mortes après la nuit

 

***

 

Entends-tu

de sa voix claire

l’alouette chante des chansons

jusque dans mon sommeil

 

J’attends

le parfum

du souvenir

 

L’air

joue mon

soufe

 

Je suis

enfant à nouveau

et mélange des couleurs

pour

un ballon »

 

Rose Ausländer

Je joue encore (1985-1986)

Bilingue

Préface de Lambert Barthélémy

Traduit de l’allemand par Alba Chouillou

Le Bousquet-La Barthe éditions, 2017

http://lebousquetlabarthe.wixsite.com/editions

17:30 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent

vendredi, 22 décembre 2017

Li Yi-chan, « Notes »

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« Signes de richesse

 

Le hennissement d’un coursier.

Des larmes laissées par des chandelles de cire qui ont coulé.

Des épluchures d’écorce de châtaignes.

Des coques de litchi secs.

Des fleurs qui tombent en volant.

Le chant du loriot et de l’hirondelle.

Des voix qui lisent.

Tombée et abandonnée, une épingle de tête ornée de fleurs.

Des sons d’une flûte dont on joue dans le pavillon à étages.

Le bruit des médicaments que l’on pile et du thé que l’on broie. »

 

Li Yi-chan

Notes

Traduit du chinois par Georges Bonmarchand

Préface de Pascal Quignard

Le Promeneur, 1992

lundi, 18 décembre 2017

Christophe Manon, «Vie & opinions de Gottfried Gröll»

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DR

 

« Les gens prennent souvent les idiots pour des idiots

ou points d’interrogation. C’est une façon de voir

les choses qui est imperméable et technique.

L’idiot en fait est un placenta qui pense.

Juste il ralentit le rythme pour être plus près.

Gröll n’est pas idiot. Ses pensées

il les range bien soigneusement dans une boîte

puis compose le numéro téléphonique du temps.

Gröll pense qu’il pourrait animer un jeu télé.

Ou bien danser avec Madonna une partie

de ping-pong en forme de Picon bière.

 

Gröll écrit des poèmes qui n’ont pas de succès

dans le Poitou ni ailleurs d’ailleurs. Pourtant

j’ai des supporters très cravates. En matière

de poésie Gröll se manifeste torturé rabâcheur

ou carabin corniaud à déblatérer des fumisteries

même s’il a d’autres chats à fouetter. Poésie

c’est pas casser du sucre à base de ragots de fiel.

Certains disent c’est comme un baril de poudre

d’escampette à éternuer. Quel salamalec.

Gröll pense qu’il y a du réel qui s’échappe

mais on n’est jamais sûr de la retrouver.

 

D’abord fut le début puis vint la suite et patatras.

Il y eut un grand chambardement au niveau

de l’organisation qui se mit à tourner sur elle-même.

J’ai dit vas-y mais personne n’a suivi et Gröll

s’est retrouvé tout seul au milieu d’un endroit.

J’ai fini sur les rotules cul par-dessus tête la queue

entre les jambes. Ce qui est une position assez

gymnastique. Puis j’ai oublié depuis le cerveau jusqu’aux

orteils. Après tout c’est comme ça et en outre je veux

dire voilà. C’est ainsi que tout a commencé pour

se terminer en queue de poisson à la mords-moi le nez.

 

 

Christophe Manon

Vie & opinions de Gottfried Gröll

Dernier Télégramme, 2017

http://derniertelegramme.fr/Vie-opinions-de-Gottfried-Groll

samedi, 16 décembre 2017

Lambert Schlechter, « Monsieur Pinget saisit le râteau et traverse le potager »

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© :CChambard

 

 

« Passent les images que je fixe & fige au fil des pages de ma chronique des jours ininterrompue, image extraite du recueil chinois “Jardin du grain de moutarde” (1679), collines et montagnes au bord d’un lac, et au premier plan quelques arbres, des pins, à l’ombre desquels se niche une cabane sur pilotis au-dessus de l’eau, assis à une grande fenêtre, un personnage qui semble regarder au loin, assis comme pensant à quelque chose mais en fait ne pensant à rien, j’absorbe librement la bonté de la nature, écrit Su Tung Po (1037-1101), parfois moi aussi je note des pensées, la nuit dernière dans ma cabane au milieu du jardin, à Cuernavaca, j’avais noté sur un coin de feuillet : pourquoi ajouter encore du faire à l’être ?, pendant des jours & des jours je n’écris rien, puis vient une pensée, la nuit, et je la note sur un coin de feuillet posé à côté de mon oreiller,

 

et le matin, au tout premier rayon de soleil, dehors sur la table de travail, je transvase ma pensée de la nuit dans ma chronique des jours, le minuscule personnage dans la cabane sur pilotis avait peut-être des pensées comparables, et il m’a plu d’imaginer que c’était Su Tung Po, amaryllis mexicaine rouge vif devant un pan de mur blanc, dans des cahiers et des fichiers, de façon éparse, je retrouve des épisodes de nos embrassements, écrits dans un style non proustien, elle me dit : il serait temps que tu passes à autre chose, elle est passée à autre chose, mais je ne sais à quelle autre chose elle est passée, le personnage dans la cabane sur pilotis est sans doute un vieillard, Su Tung Po est mort à soixante-quatre ans, au tout début du XIIe siècle, est-on vieillard à soixante-quatre ans, comment savoir, je ne pense pas qu’on soit vieillard à soixante-quatre ans, je ne sais pas à quel âge on devient vieillard, quand j’avais cet âge là, je ne disais pas de moi que j’étais vieillard, et aujourd’hui, dix ans plus tard, je ne dis toujours pas que je suis vieillard, il faudrait qu’un jour je me résigne à dire que je suis vieillard,

 

en attendant je réfléchis sur la vieillesse, je demande aussi l’avis d’autrui, je suis très attentif aux mots vieillard et vieillesse dans les textes que je lis, je suis attentif à l’âge des auteurs que j’aime & que je lis, je note que Jim Harrisson a soixante-quatorze ans quand paraît en 2011 son recueil “Songs of Unreason”, et il continue à écrire…

Extraits du chapitre 25, parties 1 & 2, début de la partie 3

 

Lambert Schlechter

Monsieur Pinget saisit le râteau et traverse le potager

« Le murmure du monde, 6 »

Phi, 2017

http://www.editionsphi.lu/home/416-lambert-schlechter-mon...

mardi, 05 décembre 2017

Philippe Rahmy, « Monarques »

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DR

 

« Tel-Aviv. Nulle envie de quitter ma chambre. Il fait beau. Les oiseaux chantent et je pleure comme, trente ans plus tôt, je pleurais la mort de mon père. Il y aussi ces lettres rouges sur fond blanc, cette histoire dans l’histoire. Herschel Grynszpan, mort, mon père, mort, et moi qui fait semblant de vivre, incapable de trouver des mots pour dire combien j’aimais ce père, pour raconter l’histoire de Grynszpan, parce que je porte un secret, un petit tas malpropre qui m’empoisonne depuis trop longtemps. Il faudrait reprendre au début. Ouvrir la matriochka de ces récits emboîtés pour les poser à plat. Répliques l’une de l’autre, grande Histoire et petites histoires, elles affichent toutes le même sourire figé. Le même masque mortuaire. »

 

Philippe Rahmy

Monarques

La Table ronde, 2017

jeudi, 30 novembre 2017

Miklós Szentkuthy, « Vers l’unique métaphore »

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DR

 

« Combien atroces, étourdissants que ces trois mondes : quelqu’un a proximité travaille son piano à un rythme forcené ; je lis un roman ; je médite sur mon sort, sur mes infirmités. La musique, techniquement, est presque parfaite : les touches s’envolent du corps du piano comme les perles d’eau d’une fontaine — c’est la statue de la santé, du non-étourdissement, de la limpidité sans scrupules des éléments, de l’étincelante fitness, du travail objectif, du progrès inconscient de la mort, de la beauté matérielle barbare et de l’accord positif enfantin. En contraste si absolu avec l’état présent de mon corps et de mon âme, qu’on ne saurait les imaginer si proches, se côtoyant sur terre. Le livre est plein de mysticisme de terreurs au goût freudien, de superstitions, d’insectes, de mythes sanglants et de poésie anglaise d’amours printanières “ambigües”* — en un mot, plein d’une douleur et d’une incertitude abyssales ; mais cette imprécision chaotiquement mouvante n’en est pas moins déjà formulée, élevée au rang d’œuvre ; heureux désespoir et préparation à la mort, capables de se donner une forme aussi classique. Et pour finir, moi : tout simplement constitué des formes plastiques et des rédemptions du strabisme, de l’étourdissement, du bégaiement, de l’obscurité et de la nausée, d’une hypochondrie sourde et bourdonnante, d’un Dieu lointain, d’amour, de l’œuvre — informité de la souffrance, imbécile guenille sans poésie, sans désirs, sans révoltes. »

 

* en français dans le texte

 

Miklós Szentkuthy

Vers l’unique métaphore

Traduit du hongrois par Eva Toulouse

Coll. « En lisant en écrivant », José Corti, 1991

http://www.jose-corti.fr/

jeudi, 16 novembre 2017

William Carlos Williams, « Paterson »

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DR

 

 

«                                       Le manque de livres

nous conduira parfois en esprit jusqu’aux bibliothèques par un chaud après-midi, si toutefois les livres peuvent nous faire défaut au point d’entraîner notre esprit.

 

Car il existe un vent ou l’esprit d’un vent

dans chaque livre qui renvoie la vie

jusqu’ici, un grand vent qui emplit les conduits

auriculaires jusqu’à ce que nous croyons entendre le vent

réel

                                    entraîner notre esprit.

 

En émergeant des rues, nous brisons

l’isolement de notre esprit, et nous sommes emportés

dans le vent des livres, nous cherchons, cherchons

au gré du vent

jusqu’à ne plus distinguer le vent du

pouvoir qu’il a, sur nous,

                                    d’entraîner notre esprit

 

et dans notre esprit monte

la senteur, peut-être, des fleurs de caroubier

dont le parfum est lui-même une vent qui souffle

                                 en entraînant notre esprit

 

au travers duquel, sous la cataracte

bientôt à sec

la rivière roule, tourbillonne

                                    calme jadis.

 

Épuisé d’avoir, ces derniers mois, cherché

des rues inutiles, des visages repliés contre

lui comme le trèfle au crépuscule, quelque chose

l’a réconcilié avec son

                        esprit   .

 

           dans lequel les chutes invisibles

tombent et s’élèvent

et croulent encore — sans fin, croulent

et recroulent en grondant, reflet

non point des chutes mais de leur incessant

                                                      tumulte

 

                                  Quelle merveille,

ma belle que ceux, impuissants, qu’entraîne le vent,

qu’atteint le feu

                impuissants,

un grondement qui (silencieux) submerge les sens

de sa répétition

                qui refuse de s’étendre

pour dormir, dormir, dormir

                                    sur son lit sombre.

 

L’été ! c’est l’été

 

-- Le grondement dans l’esprit est

incessant

 

Le dernier loup fut tué près de Weisse Huis en l’an 1723

 

Les livres nous reposeront parfois du

grondement de l’eau, qui croule

et s’élève pour crouler encore, emplissant

l’esprit de son reflet

                                    pierre branlante. »

 

William Carlos Williams

Paterson (publié entre 1946 et 1958)

Traduit de l’américain par Yves di Manno

Préface de Serge Fauchereau

Coll. « Textes », Flammarion, 1981, 2e édition, revue et corrigée : Corti, 2005

http://www.jose-corti.fr/titres/paterson.html

La version ici recopiée d’un extrait du chapitre III La Bibliothèque est celle de la première édition.
Nous ne pouvons que conseiller au lecteur de voir l'épatant — culte déjà — film de Jim Jarmusch, Paterson, qui fait très précisément référence au livre de William Carlos Williams & au poète Ron Padgett. Vous trouvezrez, ci-dessous, un lien vers la BA :

https://www.youtube.com/watch?v=tF19bxM6qh0

dimanche, 12 novembre 2017

Lutz Bassmann, « Black Village »

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© CChambard

 

« C’est Myriam qui a proposé de planter des balises verbales dans la matière fuyante et sombre dont était construit le temps autour de nous. Nous pourrions, prétendait-elle, raconter à haute voix des histoires, et nous en servir ensuite comme repères. Goodmann s’enthousiasma. Dans le passé, il avait pratiqué les interventions publiques au cours de réunions et de meetings, et comme Myriam et moi, il avait produit sous un nom d’emprunt plusieurs recueils de poèmes et de nouvelles. Nous aurions assez d’énergie littéraire pour alimenter nos prises de parole. L’idée nous excitait d’autant plus que nous entrevoyions là un moyen d’égayer la monotonie de notre voyage. Nous pourrons compter nos récits, me disais-je, nous rappeler leur ordre, établir à partir de là une grille qui calibrerait l’écoulement du temps. Et même, à plus court terme, dans l’immédiateté, nous pourrons mesurer une durée plus ramassée, revenir à la notion d’heure, de demi-heure et de quart d’heure en associant la longueur d’un texte au temps nécessaire pour le dire devant des auditeurs.

Assis l’un près de l’autre, genoux contre genoux et presque hanche contre hanche, nous avons laissé Goodman débuter dans l’entreprise. Il s’est lancé dans une aventure qui promettait de nombreuses péripéties, une histoire de tueur qui portait un nom assez proche de son nom à lui, d’ailleurs. Edzelmann ou Fischmann, il me semble. J’ai oublié. Sa mission accomplie, le tueur enfourchait une moto et fonçait dans la nuit.

La voix de Goodmann était rauque, comme ruisselante de poussière, mais il articulait les phrases avec une application de conteur. J’étais dolent, confortablement vautré dans la suie, je sentais la tiédeur du sol sous mes fesses ou ce qui en tenait lieu, et je m’apprêtais à accompagner le tueur jusqu’à l’épisode suivant, une rencontre avec le commanditaire, une nouvelle explosion de violence ou un deuxième rendez-vous avec la mort, lorsque je m’aperçus que le silence nous entourait. Je ne m’étais pas endormi — nous connaissons des passages à vide, assez proches de la somnolence, mais nous ne dormons jamais. Et là, au lieu de me prélasser par terre en écoutant une anecdote passionnante, j’étais en train de marcher sur une route qui sous mes pieds crissait, comme si la chaussée avait disparu sous une couche de sel fondu, friable et sonore. Il faisait chaud. Nous avancions sans ouvrir la bouche. Pas un mot, seulement le bruit de nos chaussures écrasant cette surface craquante.

— Je n’ai pas entendu la fin de l’histoire, ai-je bougonné, après un moment.

— La fin, a remarqué Myriam. Comme si ça pouvait exister quelque part.

Nous avons continué à marcher, quelques milliers de pas, sans doute. Muets tous les trois.

— Ça ne marche pas, ce système, a dit Goodmann. Le temps s’interrompt n’importe quand et n’importe comment.

— Les histoires restent, l’a consolé Myriam. Au moins on a leur début en mémoire.

— Oui, à la rigueur, ai-je dit. Mais pas ce qu’il y a après.

— Bah, ce qu’il y a après, a rétorqué Myriam.

— Ça ne marche pas a répété Goodmann. »

 

Lutz Bassmann

Black Village

Verdier, 2017

http://editions-verdier.fr/livre/black-village/

dimanche, 05 novembre 2017

Fernando Pessoa, « Le Livre de l’intranquillité »

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« Si notre vie pouvait se passer éternellement à la fenêtre, et si nous pouvions rester ainsi, tel un panache de fumée immobile, et vivre à jamais le même instant crépusculaire venant endolorir la courbe des collines… Si seulement nous pouvions demeurer ainsi, jusqu’au-delà de toujours ! Si au moins, en deçà de cette impossibilité, nous pouvions rester ainsi, sans commettre une seule action, ni permettre à nos lèvres pâlies de pécher d’un seul mot !

Vois comme tout s’assombrit… Le calme positif du monde me remplit de fureur, d’une sorte d’arrière-goût qui gâche la saveur du désir… Mon âme me fait mal… Un trait de fumée s’élève et se disperse au loin… Un ennui anxieux détourne mes pensées de toi…

Que tout est donc superflu ! Nous, le monde, et puis le mystère de l’un et de l’autre. »

 

Fernando Pessoa (Bernado Soares)

Le livre de l’intranquillité – volume II

Traduit du portugais par Françoise Laye

Présenté par Robert Bréchon

Christian Bourgois, 1992

mercredi, 01 novembre 2017

Ayukawa Nobuo, « Poèmes 1945-1955 »

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DR

 

« L’homme qui marche

 

La falaise s’effondre

Par moments sur la pente les herbes sèches frémissent

Un peu partout dans le vaste panorama

Par moments les fils électriques stridulent

Debout aux confins de cette ville-là

Allez savoir pourquoi tirer sur une simple cigarette est si bon

 

Ce n’est qu’un chemin désolé qui se déroule

Sous la lune diurne

Parfois il arrive qu’un homme

Venant de loin vers ici se rapproche

Ce n’est rien de plus que cela

Qui fait croire que l’automne du monde se fera plus intense

Seul l’homme qui marche sur ce chemin de solitude assurément

Connaît les frissons nobles et froids

 

Tout passe

Mais dans ce bref instant où en silence tu le croiseras

Quelle beauté inouïe tu découvriras

Sur le front rendu blême par la tristesse

De l’homme vêtu des habits noirs du deuil

Par exemple tu pourrais surprendre un remous de petites boucles de cheveux ! »

 

Abukawa Nobuo

Poèmes 1945-1955

Traduction de Karine Marcelle Arneodo

Postface de Karine Marcelle Arneodo & Olivier Gallon

La Barque, 2017

http://www.labarque.fr/livres18.html

dimanche, 29 octobre 2017

Marina Tsvetaeva, « Le Poète et le temps »

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« Nos poèmes, ce sont nos enfants. Ils sont plus âgés que nous parce qu’ils vivront plus longtemps que nous. Plus âgés que nous depuis l’avenir. Voilà pourquoi ils nous sont aussi parfois étrangers. »

 

Marina Tsvetaeva

Le Poète et le temps

Traduit du russe et présenté par Véronique Lossky

Le temps qu’il fait, 1989

http://www.letempsquilfait.com/

jeudi, 26 octobre 2017

Marcelline Roux, « Celles qui regardent »

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© Francepol

 

« Vouloir une maison sans risquer l’abandon.

[…]

Je voudrais savoir écrire les livres qui habitent les maisons, pas seulement ceux logés sur les rayons des bibliothèques mais ceux ouverts, déposés en certains endroits qui vivent autrement et forment autant de cairns lors de nos allées et venues. Écrire ceux sur le bureau près de la fenêtre, les empilés près de la lampe sur le parquet, les gardiens de la nuit, ceux en transit, debout sur le haut d’un meuble du salon, lus mais pas encore réintégrés et d’autres non lus qui attendent. Et si les lectures imprimaient une atmosphère particulière aux intérieurs, si tous ces mots parcourus le soir apportaient une présence, laissaient une trace, comme la sensation que l’on a d’emporter un bout de chez soi dans son sac quand on y glisse un livre. Ce n’est pas un hasard si les livres durent parmi les premiers à habiter leur maison, avec quelques assiettes, le nécessaire de toilette et le matelas sur le sol. Ils furent les premiers à se faire une place.

 

Il suffit de m’asseoir près d’une bibliothèque pour sentir un devenir, quelque chose qui pousse à continuer, à changer, à poursuivre. »

 

Marcelline Roux

Celles qui regardent. Carnet des maisons

Gravures de Francepol

Rhubarbe, 2017

http://www.editions-rhubarbe.com/