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lundi, 06 octobre 2008

Le simple bonheur

Le simple bonheur c'est deux articles sur Le Chemin vers la cabane en 10 jours, après celui de Florence Trocmé il y a un mois http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/07/le-chemin-ve....

Le premier d'Isabelle Baladine Howald http://www.sitaudis.com/Parutions/vers-la-cabane-de-claud....

Le second de Tristan Hordé http://poezibao.typepad.com/poezibao/2008/10/le-chemin-ve....

Incitation à sortir du lit malgré saleté de virus et ce qui va avec.

Je vais me faire fabriquer un tampon "poète désuet" pour embêter les "modernes", moi qui le suit si peu à ce qu'il semble.

11:22 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent

vendredi, 05 septembre 2008

(Carnet des morts), un travail en cours

416420857_2a70f070ea.jpgLa partie de chasse débute avant les premiers rayons de soleil. Dans le très relatif silence de la campagne, les hommes chuchotent dans le col remonté de leurs vestes. Les doigts gèlent sur l’acier des canons. Certains portent des mitaines. La buée de leurs respirations se mêle à la brume du petit matin.
Une scène primitive.

Car où pourrais-je me retirer hors du ciel & de la terre afin que mon amour puisse venir en moi.

Ne tirez pas, en lisière ! Le rabat arrive par l’Ouest, à la pointe de la sapinette.
Qui est celui qui peut porter sa vue jusque-là ?
Mais les bêtes, les monstrueuses bêtes entoureront le père !
S’il a le choix, il mourra. C’est simple.
Dans le sang répandu du père, flottent les fantômes des origines. Les ancêtres.

L’enfant lève la torche près le la roche. Il n’y a que des ombres à deviner. Le temps est neuf.


La chasse à l’affût, le voyeurisme, la contemplation, la lecture sont transis de sens.

Un coup de doigt jamais n’abolira le hasard. Le coup de feu ébranle la distance. Jusqu’à la chute de la victime désignée. On la dévorera plus tard.
Dans la souricière, le fromage se mord la queue.
Bruit de fonds universel. Acouphènes communs.
Brume du matin, des nuages & des brouillards.
Lever de soleil & monstres marins.


Mon fils sache-le
Écrire est sans fin

Mais c’est la langue qui soutient le mélancolique, l’épuisé, l’angoissé, l’errant. La langue qui ne lui manque jamais.
Même à terre, la langue transporte la langue, comme Offero (ou Reprobus) de la tribu des cynocéphales, fait traverser, sur son épaule puissante, un torrent aux flots furieux à l’enfant Jésus.
La langue porte la langue dans chaque bouche. C’est la langue qui entre, c’est la langue qui sort. C’est le secours de la langue.
La langue est un mot qui contient tous les mots.

 

(travail en cours, extrait du chapitre I)

12:09 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent

mardi, 19 août 2008

(Carnet des morts), un travail en cours

breves-lavoir-carre.jpgJ’ai passé la nuit dans le lavoir abrité par le petit toit à deux pentes. Il a neigé longtemps. L’eau a gelé en partie laissant un cercle découvert au milieu. J’ai du givre sur les cheveux qui dépassent du sac de couchage & de la capuche.
J’ai pris sur moi & je suis entré dans le village pour boire un café serré au troquet juste après le pont. Il n’y a pas grand monde & c’est tant mieux. Le patron me regarde bizarrement, ça va de soi mais il fait du bon café avec un percolateur qui date de l’invention de la vapeur. 
Je me remets en route vers 8h30, retraverse le pont, rejoint le lavoir où j’ai planqué mon petit barda, me l’accroche à l’épaule & sous un soleil d’hiver qui a bien de la peine à traverser les épais nuages de neige qui défilent, je reprends le chemin de halage.

Ça pourrait continuer comme ça longtemps mais ce n’est pas ainsi que les hommes vivent dans ce récit. La vérité n’est pas le propos. Mais cette pause-café a permis au narrateur de se réchauffer un peu. Les meilleurs comédiens ont besoin de repos & de chaleur.

Douze silhouettes avancent dans ma direction. Elles sont loin encore, au bord de l’Armançon. Douze silhouettes confuses. Pourquoi marcher au bord de la rivière ? Qui peut ralentir la marche & lui donner l’aisance des aveux ? Le sac pèse lourd, la bretelle scie l’épaule, c’est le poids des regrets. Les chevilles entravées par les chaînes de la culpabilité. Celle de ne pas être mort encore & de croire en la littérature.
Douze capuches dans le matin froid.
Douze.
Le clapot, les flaques, la boue.
Les traces de pas. Les pas.
Marches dans la boue, marches, marches, marches dans la boue
toi, marches dans la boue, marches, marches, marches.
Sud-est, nord-ouest, marches.
À l’ouest toujours.
C’est pourquoi le corps est toujours en avant,
toujours en avant,
ne sait pas mais en avant – peut-être pense en avant.
Enjambe la langue. Pas à pas.

Douze,
c’est un mirage, une bizarre marque sur la rétine.
Douze sont dans un paysage hors de l’histoire.
Douze rapprochés par les livres.
Ils n’étaient pas douze encore en cette année où je rencontrais le démon car je ne savais pas lire.

 

(travail en cours, extrait du chapitre VII)

09:34 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent

lundi, 18 août 2008

(Carnet des morts), un travail en cours

100_1561.JPGJe marche dans le froid.
Le long de la rivière, le long du canal.
Parfois, je m’écarte du chemin de halage.
Le soir, je trouve un abri pour dormir.
Parfois, un lavoir, parfois une grange, le plus souvent les branches accueillantes d’un arbre.
Les grands voliers ont fini de remonter, les anatidés nidifient, le ciel se couvre souvent de cuivre tendre.
La nuit, les étoiles sont des ouvertures sur des possibles inconnus, sur des visions du calme infini, sur des rassemblements d’ancêtres. La nuit est ouverte en des millions de points par lesquels on peut passer pour rejoindre ceux qui nous ont précédés, ceux qui nous accompagnent, ceux qui nous suivront.
Hier soir, pour la première fois depuis des mois, j’ai pris un livre & j’ai lu, à la lueur de ma vieille lampe à alcool, jusqu’à m’effondrer de fatigue.
J’ai dormi longtemps. Lorsque je dors ainsi, je n’ai plus besoin de parler, je ne me regarde plus, je n’ai plus besoin de vivre à la surface de moi-même, je n’ai plus besoin de ne pas m’aimer… J’ai les yeux fermés, je ne me déçois plus, je m’échappe, je reviens, je suis seulement un souffle, un souffle léger.


Je suis ignorant de ma vie dans le rêve – ou, au contraire, je sais tout, ce qui revient au même (je ne parviens pas à me décider).
Je puis chevaucher, des journées entières, dans les paysages du Montana sans faire des heures d’avion. Je puis vivre, loin du monde, sur une petite île, au milieu de la rivière, sans avoir ni barque, ni terre & encore moins de maison. Je puis aimer les arbres aux feuilles rouges alors qu’éveillé je ne les supporte pas, je les trouve très laids & même, pour tout dire, un tant soi peu ridicules. Je puis me souvenir, sans nostalgie, du temps où nous étions autre chose. Je puis croire que je ne suis atteint d’aucune maladie, que je ne somatise pas, que mes acouphènes sont la voix des anges, que je puis parler avec Robert Schumann & lui expliquer que ce qu’il entend n’est pas le signe de Dieu, ni celui de la folie.

(travail en cours, extrait du chapitre XII)

16:14 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent

dimanche, 17 août 2008

(Carnet des morts), un travail en cours

autopor de MN chemin - .jpgJe coupe délicatement avec ma lame les pieds de moutons que je rencontre.
Je gobe des œufs volés sous le cul des poules.
Je tire les merles gras à la fronde.
J’attrape les vairons à la bouteille & à la mie de pain dans les déversoirs.
Je ramasse l’Helix pomatia, le véritable escargot de Bourgogne, impossible à reproduire en captivité.
Je dégomme les pies voleuses en chantant à plein poumons la Gazza ladra de Gioacchino Rossini qui a une très grande importance dans les Bijoux de la Castafiore .
Je cueille les derniers grains de raisin racornis par le botrytis.
Je vis dans la vie vivante qui ne se presse & ne me presse pas.

Je trouve ma consolation
Je trouve ce qui est juste pour moi & que je remonte dans les bouteilles du fonds des déversoirs avec la mie de pain & les vairons & qui éclaire ma marche le long de l’Armançon, entre les arbres, entre les eaux, entre le ciel & la terre, là où juste je suis en marche le long de l’Armançon, le long du canal de Bourgogne, près du sentier qui mène au secret.

La conscience de soi à un dos & elle ne le sait pas.

Je dors chaque jour un peu plus. J’ai tellement de sommeil en retard, me dis-je. Quand je m’endors, je me fixe toujours mentalement sur la même petite île, au milieu d’une rivière calme, avec la même petite & modeste cabane en son centre, avec le même simple lit recouvert d’un gros édredon bouton d’or. Où que je sois.
Le sac, sur lequel je pose ma tête pour le repos, sent la fleur d’oranger depuis que j’y ai brisé un tube en verre qui contenait une essence apaisante.
Parfois je marche la nuit. Les chiens aboient à n’en plus finir. Pourtant je passe loin des habitations. Je vois l’aube se lever & souvent je ne reconnais pas le paysage envisagé la veille car j’emprunte maintenant le chemin qui mène au monde peint par Mathis Nithart.

(travail en cours, extrait du chapitre V)

17:18 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent

samedi, 16 août 2008

(Carnet des morts), un travail en cours

Photo 24.jpgLe piano. La voix.
Ronsard – partition.
Le bruit du feu qui s'éteind dans les nuages.
L’histoire comme invention de soi, l’heure bleue, les yeux ouverts, morts.
Toujours plus vif. Face à face. Couronne de mariée & corps de lecteur.
Mains fripées & sexe faillit. Fictions dédoublées. Passions enchevêtrées & cruelles.
Faux dehors, j’ai peur. Je suis l’émeutier solitaire, j’ai peur, j’espionne, j’ai peur, je ne prierai pas dans l’orage, j’ai peur, tout ruisselle, tout déborde, j’ai peur, faux dehors, j’ai dehors peur, je suis égaré, perdu, j’ai peur dans ma traduction.
La vie est une poussière de papillon que n’accroche pas les doigts.
J’ai dans l’oreille l’orgueil du vol d’un papillon. Cet orgueil de jadis, d’hui & de demain, immesurable. Une volupté.

(travail en cours, extrait du chapitre III)

10:15 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent

jeudi, 14 août 2008

(Carnet des morts), un travail en cours

IMGP0569.JPGC’est ici que l’homme a trouvé sa langue. L’homme né d’une secousse, perdu dans la parole, trouvé dans la langue. C’est le Voyage d’hiver : Fremd bin ich eingezogen, / Fremd zieh' ich wieder aus.  La nature ne s’est pas seulement rétractée, elle s’est reproduite sans précaution. C’est vers la mort. Dans le cabinet sombre. Près des fleurs invisibles. Les longs cheveux blancs. Les mains croisées, le sourire bienveillant. C’est le cœur de la relation, personne ne peut y assister. Peut-être seulement les âmes errantes des ancêtres qui veillent dans ce rien qui est l’espace de la mort.

Ce n’était rien, une petite chose, une laisse de langue, un vieil objet oublié mais rare.
À peine un chant dans le Parc Rivière. Un rire d’enfant.

La voix est toujours plus douce que l’on croyait se souvenir. C’est un sortilège sans doute. Une conjugaison improbable, mais admirablement modulée.
Espacer les lettres c’est leur donner le rythme qui permettra peut-être le chant.
Espacer les lettres c’est leur offrir un peu du silence qui, tout à l’heure, les fera sonner plus sauvages, plus loquaces mais plus précises peut-être…

 

(travail en cours, extrait du chapitre II)

19:10 Publié dans Travaux personnels | Lien permanent