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vendredi, 18 avril 2008

David Gascoyne

CHAMBRE D’HÔTEL*

« Lorsque la lueur d’un triste dimanche,
Glissant à travers la pluie, argentait
    La pierre grise de la ville,
Couchés côte à côte, sans une parole,
Au-dessus des quais pavés de cette île
Qu’entourait le flot en crue de la Seine,
    Nous contemplions fixement
Un plafond aride et blanc — comme si
Nous étions pour toujours ensevelis
    Au fond d’un chagrin taciturne.

Et quand, à la fin, j’ai tenté de prendre
Ta main dans ma main, et de t’incliner,
    Visage étranger, vers mes lèvres,
Tu as quitté d’un bond le lit, tu as
Traversé la chambre et, debout, longtemps
Regardé sous le rideau de la vitre
    Les platanes qui se penchaient
Pour interroger comme toi le fleuve,
Question sans réponse et tout aussi vieille
    Que l’infortune de la terre. »   

1418073011.2.jpgDavid Gascoyne
Miserere
Traduit de l’anglais par Jean Walh,
Jean-Jacques Mayoux, Armand Guibert,
Yves de Baiser, Jean Mambrino, Pierre Leyris,
Pierre Ostev Soussouev, David Kelley,
François Xavier Jaujard*, Paul Le Jéloux
Postface de Robin Skelton
traduite par Michèle Duclos
Granit, 1989

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jeudi, 17 avril 2008

William Shakespeare

988896814.jpgSonnet LXVI
 
« Lassé de voir, je crie, vers la mort reposante : voir le mérite né en état mendiant, voir la chose de rien jovialement accoutrée, voir la plus pure loyauté trahie méchamment,
Voir les honneurs dorés honteusement placés, et la vertu des filles violées grossièrement, voir la juste perfection injuste dégradée, et voir la force par voie boiteuse évincée,
Voir l’art fermer la bouche sous l’autorité, et la doctorale folie donner ses ordres au talent, et la simple vérité passer pour stupidité, voir le Bien captif, au service du Mal, commandant.
Lassé de voir — je voudrais m’en aller — si ce n’est que mourir laisserait seul l’aimé. »
William Shakespeare
Sonnets
version française de Pierre Jean Jouve
Mercure de France, 1969, rééd. Poésie/Gallimard, 1975

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mercredi, 16 avril 2008

Tom Raworth

TOUT UN COUP



25008304.2.jpg« l’alphabet se demande
ce qu’il devrait faire
le papier se sent inutile
les couleurs perdent leurs nuances

pendant que toutes les notes de musique
ne jouent plus qu’en bleu

au bout du lac
un peuplier lombard
ombre la terre
parsemée de duvet de cygne

voilant la rumeur
de la route du sud

au dessus dans le ciel de nuit
éparpillées au hasard
les étoiles cessent leur mouvement
les coquelicots ne dansent pas

dans l’herbe immobile le long
du chemin personne ne marche »
Tom Raworth
Cat Van Cat
traduit de l’anglais collectivement par le Comptoir 4
cipM – les Comptoirs de la Nouvelle B.S., 2003

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mardi, 15 avril 2008

William Blake

L’ANGE


772533361.2.jpg« Je fis un rêve ! Que peut-il vouloir dire ?
J’étais une Reine vierge
Sous la garde d’un doux Ange :
Malheur ingénu ne fut jamais leurré !

Je pleurais nuit et jour,
Et lui essuyait mes larmes,
Je pleurais jour et nuit,
Et je lui cachai la joie de mon cœur.

Alors il ouvrit les ailes et s’envola ;
Et le matin s’empourpra, rougissant ;
J’essuyai mes larmes et armai mes craintes
De dix mille lances et boucliers.

Avant longtemps mon Ange revint :
J’étais armée, ce fut en vain,
Car ma jeunesse avait fui
Et ma tête était grise. »
William Blake
Chants de l’expérience
traduit de l’anglais par  M. L. Cazamian
in Poèmes
Aubier-Flammarion,1968

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lundi, 14 avril 2008

Malcolm Lowry

VIEUX CARGO DANS UNE VIEILLE RADE


« Il n’y avait pas de nom et nous accostâmes à minuit.
Les cinq filles qui riaient ensemble à la lumière du réverbère
Bras autour de la taille, dans le parking aux ombres mortes,
Ne purent ranimer nos cœurs empoisonnés de salure marine.
Il n’y avait pas la moindre beauté dans cet endroit.
Mais au réveil matinal, découvrant comme à portée de main
Le quai, la route, le marché, le cadran de l’horloge amie,
– La physionomie d’une terre nouvelle –
Notre drapeau flottant printanièrement au mât du bureau de poste,
Chaque pierre étant comme la promesse d’un courrier de femme
Aimée, tandis que montaient à la chaîne de notre coque rouillée
Les automobiles à forme géométrique étincelant dans le soleil –
Ce fut urgence pour Christian de quitter le Marais Désespoir,
Pour Crusoé d’apercevoir le pas de Vendredi dans le sable. »

 

400929044.jpgMalcolm Lowry
Poèmes choisis de Dollarton
traduit de l’anglais par Jacques Darras,
in Romans, nouvelles et poèmes
traduits par Georges Belmont,
Jacques Darras, Jean Follain,
Clarisse Francillon et Suzanne Kim.
Présentation, notices, notes
Jacques Darras
La Pochotèque, 1995

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dimanche, 13 avril 2008

Siegfried Plümper-Hüttenbrink

100477758.jpg« Ainsi s’écouterait-on lire, jusque fort tard, dans la nuit, du fond de son oreille. À flotter et s’absorber épongeusement – comme seul un buvard sait le faire – au plus creux de ce que serait notre silhouette de lecteur.  L’épelant en aveugle, du bout des doigts se la tâtant hâtivement en tête, la palpant dans sa découpe d’ombre.
Silhouette de nous-mêmes, elle l’est, à nous faire toucher à nous-mêmes en notre absence. Tactile – absente – muette.
Penché à la renverse, nous retournant d’entre le froissé des pages, dans un corps tenu en éveil, comme blanchi de son ombre, chu en inertie… Une sorte de poids mort, de gisant dont seule l’ouïe resterait vive, et que serait le corps lisant d’un dormeur qui n’en finirait pas d’enregistrer une espèce d’histoire à dormir debout. »
Siegfried Plümper-Hüttenbrink
De la lecture
(Selon Walter Benjamin et Ludwig Wittgenstein)
La main courante, 2006

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samedi, 12 avril 2008

Christophe Tarkos

1906283801.jpg« Je suis un poète français. Je travaille pour la France. Je travaille à la France. J’écris en français. Je serai un poète de la France. J’écris en langue française. La langue française est le peuple français. Il n’y a pas de peuple de France sans la langue de France. La langue de la France n’existe qu’à travers ses poètes, la langue est une langue quand elle est une langue vivante, le poète vivifie la langue, rend la langue vivante, elle est vivante, elle est belle. Le peuple français se définit d’abord par le peuple qui parle français. Le peuple français parle français grâce à ses poètes qui vivifient sa langue. Le poète sauve la langue, sauve le peuple, sauve la France. Le poète qui sera reconnu patrimoine national de la nation, je suis français, j’appartiens au patrimoine national de la France. Je suis un poète de la France. »
Christophe Tarkos
Pan
P.O.L, 2000

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vendredi, 11 avril 2008

Rafael José Díaz

LA SORTIE, LE RETOUR*

691446098.jpg« La balustrade du rêve au petit jour
ou dans la nuit haute, blanche, obscure.
Je sors jusqu’à elle, jusqu’à la mousse qui la recouvre,
jusqu’à son contact humide, pour voir mes yeux
ou les tiens entre les branches mouillées
des saules, pour écouter les voix
sur l’herbe, dans l’eau qui dort.
Je reviens à ma chambre et c’est toi
qui dors, qui parles et tes yeux
me couvrent du contact humide de la mousse
de la balustrade du rêve au petit jour
ou dans la nuit haute, blanche, obscure. »
Rafael José Díaz
Le Crépitement
Traduit de l’espagnol par Bernard Banoun*,
Jacques Ancet, Roberto San Geroteo, Claude Held et Guy Rochel
L’Escampette éditions



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jeudi, 10 avril 2008

Roger Lewinter

443784274.jpg« En tout être, il y a une étincelle, qu’il peut laisser s’éteindre ou entretenir jusqu’à ce qu’elle l’embrase tout entier. Pour le feu, cela ne fait guère de différence, mais cela en fait pour la vie qui s’éclaire ainsi. Servir le feu : retourner au feu. »
 
Roger Lewinter
Le centre du cachemire (roman aphoristique)
Éditions Ivrea, 1998

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mercredi, 09 avril 2008

Michel Deguy

958709296.jpg« Vous y êtes vous n’y serez plus.
Vous n’y serez bientôt plus vous n’y êtes déjà plus
Soustrayez-vous. Le temps devient cosmique
Vous  y êtes encore. Nous n’y serons bientôt plus
Plus personne. Cela aura été      faites comme si nous y étions comme si nous n’y étions plus. »
Michel Deguy
À ce qui n’en finit pas (thrène)
Coll. La Librairie du XXe siècle, Seuil, 1995

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jeudi, 03 avril 2008

Hélène Mohone

755675861.jpg« (ou est-ce perdu)
je t’ai vu toi à aimer renoncer à cueillir ce qui restait jambes brisées j’ai ramassé les lettres les ai pliées tout assourdie avec l’enfant autrefois qui me ressemble ou est-ce perdu s’écoule la sangle des baisers au flanc crépu des amants à dégringoler vlan l’étendue repue du silence Amen grignotent les dents de souris sous l’oreiller les perles récitées en bafouillant perdu perdu perdu où est-ce caché »

Hélène Mohone
Torpeur
La Cabane, 2007

ESCALE DU LIVRE

Sur une proposition
de Sylvie Nève


Lecture des textes
d’Hélène Mohone

par  
Valérie Rouzeau
Sylvie Nève


Librairie Olympique
23, rue Rode à Bordeaux
(place du Marché des Chartrons)
 
vendredi 4 avril
à 18h 30

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mercredi, 02 avril 2008

Jean Daive

1438346196.jpg« Mais enfin un lit, même improvisé, n’est-il pas toujours un lieu que l’amour rend inaccessible, puisqu’il prescrit tout autre chose que le spectacle pour lequel il est préparé : dormir ? Nous dormons dans l’amour, en effet, mais nous introduisons un espace insoupçonné qui fait apparaître le véritable centre de la scène, la pure réciprocité. Je te caresse, tu me domines. Je te parle, tu me boudes. Je te touche, tu m’écartes. Cependant, si je ne suis qu’un point rose, je suis auprès de toi en proportion avec le ciel et la nuit où nous brillons. »
Jean Daive
Autoportrait aux dormeuses
P.O.L, 2000

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