dimanche, 20 juillet 2008
Paul Gadenne
« Ce que je demande, mon Dieu, moi qui ne suis meilleur que personne, ce n’est pas d’avoir des propriétés ni des arbres à moi (l’orgueil n’a rien à faire dans la contemplation), ce que je demande : pouvoir travailler en paix dans un coin.Et l’on me parle de pieds dans les pantoufles. »
Le Rescapé (carnet novembre 1949 – mars 1951)
Séquences, 1993
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samedi, 19 juillet 2008
Jacques Borel
« Écrivant, n’écrivant pas, coincé, de toute façon, le même malaise, le même mal à respirer, ou à m’absoudre. À vivre, à écrire, le même mal. (Et peut-être en effet que c’est bien ça : que c’est le même.)Naturellement aussi qu’il y à l’époque : ah ! leur superbe, aux grands ancêtres, ou leur innocence, on ne peut qu’y rêver avec nostalgie : comment faire ? Rien n’est de nous, rien, jamais, tout entier, ne vient de nous – seule la façon de le vivre, peut-être – rien n’est à nous. »
Un voyage ordinaire
Le temps qu’il fait, 1993
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vendredi, 18 juillet 2008
Joël Vernet
« Écrire, ça ne tient à rien, c’est une ombre qui nous brûle, un nuage venant se loger au cœur même de notre tête, c’est une façon, notre meilleure façon d’être véritablement avec les autres même lorsque nous en sommes séparés. Oui, si nous n’avions les mots pour dessiner un tant soit peu les contours de notre vie, ce serait la voie ouverte à la folie, au dernier abandon. Il y eut une faille, dans l’enfance, où les mots dévalèrent comme un torrent et, aujourd’hui, après tant et tant d’années d’errances, nos livres s’élèvent à la manière de fragiles barrages ne retenant pas vraiment les eaux. »Visage de l’absent
L’Escampette éditions, 2005
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jeudi, 17 juillet 2008
Gil Jouanard
« En fait, les mots ne disent pas la vérité ; ils la font advenir. Il n’y a pas de vérité dont le langage aurait à désigner ou révéler les contours, l’épaisseur, la nature. Il y a ce que les mots affirment, ou suggèrent et c’est cela, la vérité, ce qui n’existe qu’à l’instant où c’est nommé. Le pire des menteurs, s’il écrit, cesse de mentir, puisqu’il s’enfonce, mot à mot, dans ce qui est vraiment, et que rien d’autre n’est que ce qui se trouve, brusquement, là, dit. C’est en quoi l’écriture constitue la seule ascèse avérée, autorisant l’accès au monde véritable. Les fictions qui nous environnent ne prennent tournure crédible que cristallisées ou fixées en mots, lesquels ne se contentent pas de les désigner ou de les expliquer, et qui les font et qui les sont, qui les réalisent. Ainsi tant que j’écris, suis-je fondé à me savoir en vie, dans la vie, composante active du vivant, concrètement là.Le jour et l’heure
Verdier, 1998
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vendredi, 20 juin 2008
Une pause
09:59 Publié dans Au jour le jour | Lien permanent | Envoyer cette note
lundi, 16 juin 2008
Bloomday
« Avant toute autre chose M. Bloom essuya le plus gros des copeaux et tendit à Stephen chapeau et frênecanne et d’une manière générale le remit d’aplomb selon la bonne orthodoxie samaritaine, ce dont il avait gravement besoin. Son (celui de Stephen) esprit ne méritait pas tout à fait la qualification d’égaré mais était quelque peu perturbé et lorsqu’il exprima le désir d’absorber un breuvage quelconque M. Bloom, observant l’heure qu’il était et l’absence de fontaine d’eau de la Vartry disponible pour leurs ablutions, pour ne rien dire du dessein de boire, découvrant un expédient, suggéra, au débotté, l’intérêt qu’offrait l’abri du cocher, ainsi qu’il était nommé, à un jet de pierre à peine non loin de Butt Bridge où ils découvriraient peut-être quelque chose de buvable sous les espèces de lait allongé d’eau de Seltz ou d’eau minérale. Mais comment y aller là était le hic. »Ulysse
Épisode III – Eumée – traduit par Pascal Bataillard
Nouvelle traduction sous la direction de Jacques Aubert
Gallimard, 2004
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mercredi, 23 avril 2008
Alain Veinstein
« Quand j’avais une journée devant moi, je me croyais habile à embrasser l’étendue, à écrire sous la menace, à vivre dans la peur… J’aimais une enfance pour écrire mon amour… J’ai dû écrire le mot deux ou trois fois, sans peur… Un peu de mort, sans peur, renforçait mes phrases… J’aurais voulu écrire jusqu’à ce qu’il n’y ait plus personne sous un nom… »Ébauche du féminin
Lithographies de Claude Garache
Coll. Médiane, Maeght éditeur, 1981
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lundi, 21 avril 2008
Emily Jane Brontë
AYANT SOUFFERT
« Fort je reste, ayant souffertHaine, colère et dédain ;
Fort je reste et ris de voir
Leurs assauts livrés en vain.
J’abjure, Esprit de maîtrise,
Les mesquines voies humaines !
J’ai le cœur et l’âme libres :
Fais-moi signe, et je te suis.
Sache-le, sot insincère
Qui méprises le dédain,
Ton âme passe en bassesse
Les plus vains d’entre les vers.
Dans ton fol orgueil, poussière,
M’oses-tu prendre pour guide ?
Je veux être avec les humbles,
Les hautains ne me sont rien ? »
Emily Jane Brontë
Poèmes
Traduit de l’anglais par Pierre Leyris
Poésie/Gallimard, 1963
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samedi, 19 avril 2008
John Keats
« Cette main vivante, à présent chaude et capable
D’une étreinte fervente, ne manquerait, serait-elle froide
Et dans le silence glacial de la tombe,
De hanter tant tes jours et tant transir les rêves de tes nuits,
Que tu souhaiterais ton cœur tari de sang
Pour qu’en mes veines à nouveau puisse la vie rouge affluer,
Et toi calmer ta conscience. Regarde, la voici
Vers toi, vers toi je la tends. »
Seul dans la splendeur
Traduit de l’anglais
Coll. Orphée, La Différence, 1990
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vendredi, 18 avril 2008
David Gascoyne
« Lorsque la lueur d’un triste dimanche,
Glissant à travers la pluie, argentait
La pierre grise de la ville,
Couchés côte à côte, sans une parole,
Au-dessus des quais pavés de cette île
Qu’entourait le flot en crue de la Seine,
Nous contemplions fixement
Un plafond aride et blanc — comme si
Nous étions pour toujours ensevelis
Au fond d’un chagrin taciturne.
Et quand, à la fin, j’ai tenté de prendre
Ta main dans ma main, et de t’incliner,
Visage étranger, vers mes lèvres,
Tu as quitté d’un bond le lit, tu as
Traversé la chambre et, debout, longtemps
Regardé sous le rideau de la vitre
Les platanes qui se penchaient
Pour interroger comme toi le fleuve,
Question sans réponse et tout aussi vieille
Que l’infortune de la terre. »
David GascoyneMiserere
Traduit de l’anglais par Jean Walh,
Postface de Robin Skelton
Granit, 1989
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jeudi, 17 avril 2008
William Shakespeare
Sonnet LXVIVoir les honneurs dorés honteusement placés, et la vertu des filles violées grossièrement, voir la juste perfection injuste dégradée, et voir la force par voie boiteuse évincée,
Voir l’art fermer la bouche sous l’autorité, et la doctorale folie donner ses ordres au talent, et la simple vérité passer pour stupidité, voir le Bien captif, au service du Mal, commandant.
Lassé de voir — je voudrais m’en aller — si ce n’est que mourir laisserait seul l’aimé. »
Sonnets
version française de Pierre Jean Jouve
Mercure de France, 1969, rééd. Poésie/Gallimard, 1975
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mercredi, 16 avril 2008
Tom Raworth
« l’alphabet se demandece qu’il devrait faire
le papier se sent inutile
les couleurs perdent leurs nuances
pendant que toutes les notes de musique
ne jouent plus qu’en bleu
au bout du lac
un peuplier lombard
ombre la terre
parsemée de duvet de cygne
voilant la rumeur
de la route du sud
au dessus dans le ciel de nuit
éparpillées au hasard
les étoiles cessent leur mouvement
les coquelicots ne dansent pas
dans l’herbe immobile le long
du chemin personne ne marche »
Cat Van Cat
traduit de l’anglais collectivement par le Comptoir 4
cipM – les Comptoirs de la Nouvelle B.S., 2003
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