Christophe Tarkos
« Je suis un poète français. Je travaille pour la France. Je travaille à la France. J’écris en français. Je serai un poète de la France. J’écris en langue française. La langue française est le peuple français. Il n’y a pas de peuple de France sans la langue de France. La langue de la France n’existe qu’à travers ses poètes, la langue est une langue quand elle est une langue vivante, le poète vivifie la langue, rend la langue vivante, elle est vivante, elle est belle. Le peuple français se définit d’abord par le peuple qui parle français. Le peuple français parle français grâce à ses poètes qui vivifient sa langue. Le poète sauve la langue, sauve le peuple, sauve la France. Le poète qui sera reconnu patrimoine national de la nation, je suis français, j’appartiens au patrimoine national de la France. Je suis un poète de la France. »Pan
P.O.L, 2000
« La balustrade du rêve au petit jour
« En tout être, il y a une étincelle, qu’il peut laisser s’éteindre ou entretenir jusqu’à ce qu’elle l’embrase tout entier. Pour le feu, cela ne fait guère de différence, mais cela en fait pour la vie qui s’éclaire ainsi. Servir le feu : retourner au feu. »
« Vous y êtes vous n’y serez plus.
« (ou est-ce perdu)
« Mais enfin un lit, même improvisé, n’est-il pas toujours un lieu que l’amour rend inaccessible, puisqu’il prescrit tout autre chose que le spectacle pour lequel il est préparé : dormir ? Nous dormons dans l’amour, en effet, mais nous introduisons un espace insoupçonné qui fait apparaître le véritable centre de la scène, la pure réciprocité. Je te caresse, tu me domines. Je te parle, tu me boudes. Je te touche, tu m’écartes. Cependant, si je ne suis qu’un point rose, je suis auprès de toi en proportion avec le ciel et la nuit où nous brillons. »
« Nous vivons dans la crainte perpétuelle d’être attaqué par des bêtes dangereuses ou des ennemis féroces : le manteau magique du conte permet toutes les transformations et nous met rapidement hors d’atteinte. Combien il est difficile dans la réalité d’atteindre à un amour qui comble tous nos désirs : le héros du conte est irrésistible, ou bien il séduit d’un geste magique.
« Je me suis demandé comment la mort passait sous la langue.
Paul Celan
« Elle croyait naïvement qu’écrire allègerait sa peine, ouvrirait une brèche. Les mots n’empêchent pas de se cogner contre les murs, l’ivresse est brève de sentir les ailes du temps battre à ses tempes. L’écriture lui apporte le trop-plein de la conscience en effervescence et c’est dans ces alluvions brassées par le courant cérébral qu’elle accède momentanément à la vie. »
« 28. Du fond le plus secret de moi-même, mes lourdes pensées ont ramené toute la misère possible qu’elles avaient accumulée sous les regards de mon cœur. Un énorme ouragan s’est levé, provoquant une énorme pluie de larmes. Je me suis écarté d’Alypius pour laisser libre cours au fracas des larmes. J’avais besoin d’être seul pour le travail des larmes. Et je me suis éloigné pour ne pas être gêné par sa présence. Il comprit dans quel état j’étais. Oui, j’avais dû dire, je crois, je ne sais quoi d’une voix nouée de pleurs. Je me suis levé. Il est resté assis. Complètement abasourdi.