vendredi, 08 janvier 2010
Mes livres de l'année… & quelques films

Je tiens depuis mon plus jeune âge, très scrupuleusement, la liste de mes lectures.
Voici, pour l'année 2009, celles que je retiens parmi la centaine passée sur laquelle je me suis penché, et que j'aimerais conseiller. Sans aucun palmarès, simplement inscrits dans l'ordre de leur lecture. Tous les livres n'ont pas paru en 2009, certains avaient déjà été lus en d'autres années.
L'exercice est sans doute vain… Peut-être, donnera-t-il quelques envies à quelques lecteurs, c'est le moins que je souhaite en ce début d'année.
Frédéric Boyer, Hammurabi, Hammurabi, P.O.L
Chloé Delaume, Dans ma maison sous terre, Coll. Fiction & cie, Seuil
Anne-Marie Garat, Hongrie, coll. Un endroit où aller, Actes Sud
Leslie Kaplan, Mon Amérique commence en Pologne, P.O.L
Édith Azam, Rupture, Dernier télégramme
Dorothée Volut, Alphabet, Éric Pesty
Arno Bertina, Ma solitude s’appelle Brando, Verticales
W. G. Sebald, Campo santo, traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau et Sybille Muller, Actes Sud
Maurice Blanchot, l’Instant de ma mort, Fata Morgana
Jerome Rothenberg, les Techniciens du sacré (anthologie, version française établie par Yves di Manno), José Corti
Pierre Guyotat, Vivre, Denoël
Roland Barthes, Journal de deuil, coll. Fictions & cie., Seuil
António Lobo Antunes, Livres de chroniques V, traduit du portugais par Michelle Guidicelli, Christian Bourgois
Laura Kasischke, la Vie devant ses yeux, traduit de l'anglais (États-Unis) par Anne Wicke, Christian Bourgois
Bohumil Hrabal, Moi qui ai servi le roi d’Angleterre, traduit du tchèque par Milena Braud, Seuil
Michel Chaillou, le Dernier des romains, Fayard
Agnès Desarthe, le Remplaçant, Coll. Fiction & cie, Seuil
Emmanuel Carrère, D’autres vies que la mienne, P.O.L
Augustin, les Aveux, traduit du latin par Frédéric Boyer, P.O.L
Truman Capote, De sang froid, traduit de l’anglais (États-Unis) par Raymond Girard, Gallimard
Jean-Jacques Viton, Je voulais m’en aller mais je n’ai pas bougé, P.O.L
Julien Blaine, Blaine au Mac un Tri, Al Dante
Enrique Vila-Matas, Journal volubile, traduit de l’espagnol par André Gabastou, Christian Bourgois
Pierre Michon, les Onze, Verdier
Pascal Quignard, la Barque silencieuse, Seuil
Françoise Clédat, le Gai Nocher, Tarabuste
Gwenaëlle Aubry, Personne, Mercure de France
Gaétan Soucy, l’Angoisse du héron, L’Escampette
Isabelle Baladine Howald, la Douleur du retour, La Cabane
François Matton, Autant la mer, P.O.L
Yoko Tawada, le Voyage à Bordeaux, traduit de l’allemand par Bernard Banoun, Verdier
Xavier Person, Extravague, le bleu du ciel
Catherine Mavrikakis, le Ciel de Bay City, Sabine Wespieser
Liliane Giraudon, Biogres, Ritournelles/Malagar
Laurent Mauvignier, Des hommes, Minuit
& quelques films, en vrac :
Alain Cavalier, Irène
Agnès Varda, les Plages d’Agnès
Jacques Demy, les Demoiselles de Rochefort
Clint Eastwood, Gran Torino
Jonathan Demme, Rachel se Marie
Bennet Miller, Capote
Arnaud Depleschin, un Conte de Noël
Ken Loach, Looking for Éric
Woody Allen, Whatever Works
Joseph Losey, The Servant
Alexandre Sokourov, Alexandra
Martin Ritt, The Molly Maguires
François Truffaut, Vivement dimanche
Peter Hyams, Outland
La photo est extraite du film Irène d'Alain Cavalier.
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jeudi, 24 décembre 2009
Traité du rouge-gorge
« Jésus est sur la croix. Un petit oiseau gris tout à coup descend du ciel et volette autour de la croix. Il s’approche de Jésus et essaie à l’aide de son bec d’arracher le clou qui est à la droite du Seigneur et qui perce sa main.
*
Le clou bouge un peu ; le sang divin coule sur sa gorge ; il recommence encore.
*
Jésus ouvre les yeux, tourne son visage vers le petit oiseau gris, le regarde qui s’échine. À voix très basse il lui chuchote qu’en souvenir du secours qu’il a cherché à lui porter sa poitrine restera marquée de son sang jusqu’à la fin du temps, jusqu’à l’extinction du monde, jusqu’à l’engloutissement des oiseaux dans l’espace. »
Pascal Quignard
Petits traités, XXIIe traité
Maeght éditeur, 1990, rééd. Folio 2976, 2002
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samedi, 11 avril 2009
Amos Oz
“Enfant, j’espérais devenir un livre quand je serais grand. Pas un écrivain, un livre : les hommes se font tuer comme des fourmis. Les écrivains aussi. Mais un livre, même si on le détruisait méthodiquement, il en subsisterait toujours quelque part un exemplaire qui ressusciterait sur une étagère, au fond d’un rayonnage dans quelque bibliothèque perdue, à Reykjavik, Valladolid ou Vancouver.”
Amos Oz, Une histoire d’amour et de ténèbres
Traduit de l’hébreu par Sylvie Cohen
Gallimard, 2004, réed. Folio n° 4265, 2008
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vendredi, 20 mars 2009
W. G. Sebald, les Anneaux de Saturne
« […] une année jour pour jour après le début de mon voyage, je me trouvai dans l’incapacité quasi totale de me mouvoir, si bien qu’il fallu me transporter à l’hôpital de la capitale régionale, Norwich, où j’entrepris, du moins en pensée, de rédiger les pages qui suivent. Je me rappelle très précisément qu’aussitôt après avoir pris possession de ma chambre, au huitième étage du bâtiment, je devins la proie d’une véritable hantise, me figurant que les vastes espaces que j’avais franchis l’été précédent dans le Suffolk s’étaient définitivement rétractés en un seul point aveugle et sourd. Il est vrai que de mon lit je ne voyais du monde qu’un morceau de ciel blafard s’inscrivant dans l’embrasure de la fenêtre.
À maintes reprises déjà, au fil de la journée, le désir m’était venu de jeter un regard par cette fenêtre d’hôpital bizarrement voilée d’un filet noir afin de m’assurer que la réalité ne s’était pas, comme je le craignais, évanouie à jamais ; à la nuit tombante, il devint si fort qu’après avoir réussi à me glisser par-dessus le bord du lit, moitié à plat ventre, moitié sur le flanc et, une fois au sol, à rejoindre le mur à quatre pattes, je me redressai malgré les douleurs que cela me causait, me hissant à grand-peine, cramponné à l’appui de fenêtre. Dans la posture crispée d’une créature qui vient d’adopter pour la première fois la station debout, je me tins ensuite contre la vitre et ne pus m’empêcher de songer à la scène dans laquelle le pauvre Gregor, s’agrippant de ses petites pattes tremblantes au dossier de son siège, regarde par la fenêtre de sa chambre, avec le souvenir imprécis, est-il dit, de ce qu’il avait du ressentir de libérateur autrefois, du seul fait de regarder au dehors. Et de même que Gregor, avec ses yeux devenus troubles, ne reconnaissait plus la silencieuse rue Charlotte, où il vivait depuis des années avec les siens, et la tenait pour un désert grisâtre, de même la ville familière, qui se déployait des aires d’accès à l’hôpital jusqu’à l’horizon, me paraissait totalement étrangère. Je n’arrivais pas à croire que tout en bas, parmi ces murs encastrés les uns dans les autres, quelque chose pût encore bouger ; j’avais l’impression que mon regard plongeait du haut d’une falaise sur une mer de roche ou sur un champ de décombres d’où les sombres masses des tours de parking surgissaient tels des blocs erratiques. Hormis une infirmière franchissant le misérable espace vert aménagé à l’entrée pour prendre son service de nuit, on ne voyait personne dans les environs. Une ambulance coiffée du gyrophare bleu progressait en bifurquant lentement à plusieurs croisements, du centre ville vers le pavillon des urgences. Le son de la sirène n’arrivait pas jusque là-haut. À l’altitude où je me trouvais, j’étais entouré d’un silence presque total, pour ainsi dire artificiel. La seule chose que j’entendais à la fenêtre, c’était le souffle de l’air et, parfois, lorsque celui-ci s’interrompait momentanément, le sifflement qui ne cessait jamais complètement dans mes propres oreilles. »
W. G. Sebald
Les Anneaux de Saturne
Traduit de l’allemand par Bernard Kreiss
Actes Sud, 1999
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mercredi, 18 mars 2009
António Lobo Antunes
“Je suis parfois tenté d’écrire un peu sur ma vie, d’expliquer comment je suis passé d’un roman à l'autre, de raconter comment j’ai grandi. Parce que j’ai l'impression de grandir avec mes romans. Je n’attache pas tellement d’importance au fait qu’ils soient publiés ou non ; l’important, pour moi, c’est de les écrire. Pendant qu’on écrit, non seulement on en apprend beaucoup sur le métier, mais on est aussi au plus près des émotions.”
“Quand il m’arrive de passer une journée sans écrire, je me sens comme si je m’étais habillé sans m’être douché. Quand je n’écris pas je suis envahi par une profonde sensation d’absence et de vide. Quand je n’écris pas, je suis assailli par un terrible sentiment de culpabilité que je n’ai jamais cessé de ressentir.
Mon rythme est infernal : je travaille douze heures par jour. Quand je pars en voyage pour présenter un livre et que je dois donner des interviews et faire tout ce qu’il faut pour en assurer la promotion, je récupère le temps perdu pendant la nuit et j’écris jusqu'à deux ou trois heures du matin. Peu importe que je sois en Allemagne, en Autriche ou en Espagne, que je doive me lever de bonne heure ou que je sois fatigué ; il faut que j’écrive tous les jours, j’en ai besoin pour ne pas me sentir coupable.”
in María Luisa Blanco
Conversations avec António Lobo Antunes
Traduit de l'espagnol par Michelle Giudicelli
Christian Bourgois, 2001
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mardi, 28 octobre 2008
Sandor Ferenczi
“Il n'y a pas de bonté là où de la reconnaissance est escomptée.
La bonté, il faut l'avoir reçue enfant, en quantité suffisante pour pouvoir en redonner.”
Sandor Ferenczi
Confusion de langue entre les adultes et l'enfant
Traduit de l'allemand par le Coq Héron
Petite bibliothèque Payot, 2004
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jeudi, 23 octobre 2008
Jour de silence
10:09 Publié dans Au jour le jour | Lien permanent | Envoyer cette note
jeudi, 02 octobre 2008
La route
« Autrefois il y avait des truites de torrent dans les montagnes. On pouvait les voir immobiles dressées dans le courant couleur d’ambre où les bordures blanches de leurs nageoires ondulaient doucement au fil de l’eau. Elles avaient un parfum de mousse quand on les prenait dans la main. Lisses et musclées et élastiques. Sur leur dos il y avait des dessins en pointillé qui étaient des cartes du monde en son devenir. Des cartes et des labyrinthes. D’une chose qu’on ne pourrait pas refaire. Ni réparer. Dans les vals profonds qu’elles habitaient toutes les choses étaient plus anciennes que l’homme et leur murmure était de mystère. »
Cormac McCarthy
La Route
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Françoise Hirsch
Éditions de l’Olivier, 2008
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mercredi, 13 août 2008
Marcel Proust
« Car l’homme est cet être sans âge fixe, cet être qui a la faculté de redevenir en quelques secondes de beaucoup d’années plus jeune, et qui entouré des parois du temps où il a vécu, y flotte, mais comme dans un bassin dont le niveau changerait constamment et le mettrait à la portée tantôt d’une époque, tantôt d’une autre. »
Marcel Proust
La Fugitive
Gallimard
13:42 Publié dans Au jour le jour | Lien permanent | Envoyer cette note
lundi, 21 juillet 2008
Colette Fellous
« Dès que je continue à écrire comme ce soir, comme dans tous ces autres soirs où je reste cachée dans une chambre de Lisbonne, de Paris ou de Séville, je sais que toujours, par-dessus mon épaule, l’été est là qui m’accompagne et me regarde. Il est un temple de poche. Il protège un secret que lui seul sait tenir, il me fait avancer, me donne l’élan de vivre, de recomposer encore et toujours ce dont je crois avoir été témoin, il est un langage, avec ses codes, ses rites, ses règles, ses exceptions. Je le connais maintenant sur le bout des doigts, il est venu à moi très simplement, sans aucun effort. J’étais chaque matin au rendez-vous. Le chemin rouge, le ciel, les barques renversées sur la plage, un silence splendide, une lumière violette, qui battait, par secousses. Vers dix heures, les autres apparaissaient, peu à peu, par petits groupes, une serviette ou une chemise sur l’épaule. Je savais que tous ces instants resteraient immobiles, intacts, suspendus à jamais. Ils étaient nos gardiens. De début juillet à la fin septembre, l’école de l’été ne fermait jamais. Elle était une séance permanente.»Plein été
Gallimard, 2007
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