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dimanche, 28 mai 2017

Xin Qiji, « L’année “jihai” de l’ère Chunxi, je fus muté… »

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DR

 

Air : “Poisson attrappé”.

L’année jihai de l’ère Chunxi, je fus muté comme commissaire de circuit du Hubei au Hunan. Lors d’une fête que je donnai avec le fonctionnaire Wang Zhengzhi dans le pavillon de la petite montagne, je composais ces paroles :

 

Combien d’orages encore pourrais-je endurer ?

À toute allure, le printemps s’est de nouveau enfui.

Je chéris tellement cette saison que toujours crains les fleurs trop tôt écloses,

Et pire encore leurs rouges pétales qui choient innombrables.

Printemps, demeure encore un instant !

On m’a dit que dans les herbes parfumées aux confins du ciel, tu perds le chemin du retour…

Ah ! Pourquoi ne dis-tu rien ?

Seule une araignée, ce me semble, s’affaire

À tisser sa toile sous l’avant-toit peint

Et tout le jour séduit les chatons envolés…

Tant d’histoire autour de la Grande Porte !

L’heureuse rencontre tant attendue encore déçue ;

Mes yeux de papillon les ont rendus jaloux !

J’aurai beau payer de mille onces d’or la rhapsodie de Xiangru*,

Mon doux et long amour, à qui pourrais-je le dire ?

Seigneur, ne danse pas !

Ne vois-tu pas les belles, Anneau de jade, Aronde en vol** – poudres et poussières !

Nulle souffrance plus grande que d’être oisif et seul…

Ne va pas t’appuyer dans de hauts belvédères :

Le soleil couchant est juste là

Où se brise mon cœur dans ces saules embrumés ! »

 

* Allusion à la « Rhapsodie de la Grande Porte » composée par Sima Xiangru à la demande de Dame Chen, épouse de l’empereur Wu, assignée au palais de la Grande Porte après avoir perdu ses faveurs

**Anneau de jade et Aronde en vol : surnoms de Yang Guifei, favorite de l’empereur Xuanzong des Tang, et de Dame Zhao, épouse de l’empereur Cheng des Han antérieurs, remarquée pour ses talents de danseuse.

 

Xin Qiji (28 mai 1140 – 1207)

In La dynastie des Song du Sud

Traduit du chinois par Stéphane Feuillas

Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade/Gallimard, 2015

jeudi, 11 mai 2017

Tao Yuanming, « Le retour aux champs »

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« À l’enfant que j’étais point ne plaisait le monde

Et mon cœur pour les monts était tout plein d’amour.

Mon erreur m’a jeté dans les filets du siècle

Et trente années, pas moins, se sont ainsi enfuies.

L’oiseau tenu en cage se languit de ses bois,

Le poisson du bassin rêve de son étang.

J’ai défriché un champ dans les landes du sud :

Le rustre que je suis s’en revient à la glèbe !

Je ne possède en tout que quelques dix arpents

Une étroite chaumière de huit ou neuf travées.

L’arrière est ombragé d’ormes et de grands saules,

Le devant est planté de pêchers et poiriers.

Dans un lointain diffus s’aperçoit un village

D’où montent alanguies des fumées paresseuses.

Là-bas des chiens aboient au détour des ruelles,

Les coqs lancent leur chant tout en haut des mûriers.

Mon portail et ma cour ignorent la poussière,

Je goûte un long loisir dans la chambre déserte.

Je suis bien trop longtemps resté dans une cage,

Mais je retrouve enfin toute ma liberté.

* * *

Je reviens grommelant, m’appuyant sur ma canne ;

Le chemin, très pentu, contourne les fourrés.

L’eau du ru montagnard est très pure et très claire ;

C’est tout ce qu’il me faut pour me laver les pieds.

Je vais tirer du vin, du vin nouveau, bien chaud,

Je saisis un poulet, j’appelle mes voisins.

Le soleil s’est couché et l’ombre emplit la pièce ;

Un bon feu de broussailles nous tient lieu de lampe.

Alors la joie s’en vient. Hélas, la nuit est brève

Et voici que déjà un nouveau jour se lève. »

 

Tao Yuanming – 365-427

Le retour aux champs

– série de cinq poèmes, ici le premier et le dernier –

in « Les Six Dynasties et les Sui »

traduit du chinois par François Martin

Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2016

lundi, 01 février 2016

Chao Zhongzhi, « En route de nuit »

chao zhongzhi,stéphane feuillas,anthologie de la poésie chinoise,pléiade  gallimard

Shi T'ao, 1642-1707

 

« Plus je vieillis, plus le désir des mérites et de la renommée s’estompe,

Et sur ma pauvre haridelle, seul, j’emprunte la longue route.

Dans le village isolé, des lampes qui luisent jusqu’à l’aube

M’informent que toute la nuit quelqu’un a lu des livres. »

 

Chao Zhongzhi (1072 - ?)

La dynastie des Song du sud (1127-1279)

Traduit par Stéphane Feuillas

In Anthologie de la poésie chinoise

Pléiade / Gallimard, 2015