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dimanche, 08 mars 2015

Xavier Person, « Une limonade pour Kafka »

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17 novembre 2008, Ritournelles © cc

 

« Dans son livre de dialogue avec Frédéric-Yves Jeannet, Rencontre terrestre, Hélène Cixous parle de légèreté et de transparence à propos d’une des dernières phrases griffonnées par Kafka sur son lit d’agonie :“Limonade tout était si infini.” De cette phrase qui est “de ces phrases absolues, détachées absoutes en lesquelles se précipite toute une vie dans un souffle ultime”, à partir de cette phrase, surgissement et adieu, improbable apparition, elle dit son rêve d’atteindre cette liberté de l’ultime, de pouvoir écrire “à la fin”, alors même qu’on a plus de compte à rendre à personne, dans cette “grâce”.

 

Résolution : on va continuer avec la littérature pour l’espoir de parfois rencontrer ou produire un tel énoncé, pour l’étrangeté de cette rencontre avec une phrase qu’on n’aurait pas pu écrire, qu’on n’aurait pas écrite, pour tout ce qui s’y déplace, pour cette sorte d’espoir léger qui s’y lève, cette littéralité heureuse, ce retour de la lettre à elle-même, cette idiotie ou ce retour  en enfance, cette découverte étrange qui d’un coup nous fait entrer dans un rapport inouï à nous-même, à nos significations ordinaires, dans un dégagement, recrachant la mort qu’on avait coincée dans la gorge. Dans une libération. »

 

 Xavier Person

 Une limonade pour Kakfa

 Coll. Philox, éditions de l’Attente, 2014

mardi, 03 mars 2015

Bashō, « Seigneur ermite »

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212.

Regardant respectueusement l’image de Tchouang-tseu

Papillon, papillon,

laisse-moi te questionner

sur la poésie chinoise

 

314.

En ce début novembre, sous un ciel flottant, j’ai l’impression d’être une feuille dans le vent.

« Voyageur »

appelez-moi ainsi –

Première averse d’hiver

 

403.

Sur la route de Mino, partant vers l’est du Japon, j’écris dans une lettre pour Riyü.

Ah ! Si je pouvais faire la sieste

dans les liserons

sur la « montagne de lit » !

 

613.

Es-tu un papillon

ou suis-je Tchouang-tseu

rêvant d’un papillon ?

 

774.

Jour de l’an

D’année en année

faire porter un masque de singe

à un singe, pourtant…

 

 

Bashō, L’intégrale des haïkus

Édition bilingue

Traduction, adaptation et édition établie par

Makoto Kemmoku & Dominique Chipot

La Table ronde, 2012, rééd. Poésie Points, 2014

vendredi, 27 février 2015

Juan Gelman, « Vers le sud »

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sur la poésie

 

« il y aurait deux choses à dire/

que personne ne la lit beaucoup/

que ce personne c’est très peu de gens/

que tout le monde ne pense qu’aux problèmes de la crise mondiale/et

 

au problème de manger tous les jours/il s’agit

d’un sujet important/je me rappelle

quand l’oncle juan est mort de faim/

il disait que manger il ne s’en souvenait même pas et qu’il n’y avait pas de problème/

 

mais le problème vint plus tard/

il n’y avait pas d’argent pour le cercueil/

et quand finalement le camion municipal passa pour l’emporter

l’oncle juan ressemblait à un petit oiseau/

 

ceux de la municipalité le regardèrent avec mépris et dédain/ils murmuraient

qu’on leur casse toujours les pieds/

qu’eux ils étaient des hommes et qu’ils enterraient des hommes/et non

des oisillons comme l’oncle juan/spécialement

 

parce que l’oncle s’était mis à chanter cui-cui tout le long du voyage au crématorium municipal/

ce qui leur avait semblé un manque de respect dont ils étaient très offensés/

et quand ils lui donnaient une tape pour qu’il ferme sa boîte/

le cui-cui volait dans la cabine du camion et ils sentaient que ça leur faisait cui-cui dans la tête/l’

 

oncle juan était comme ça/il aimait chanter/

et il ne voyait pas pourquoi la mort était une raison pour ne pas chanter/

il entra dans le four en chantant cui-cui/on sortit ses cendres elles piaillèrent un moment/

et les compagnons municipaux regardèrent leurs chaussures grises de honte/mais

 

pour en revenir à la poésie/

le poètes aujourd’hui vont assez mal/

personne ne les lit beaucoup/ce personne c’est très peu de gens/

le métier a perdu son prestige/pour un poète c’est tous les jours plus difficile

 

d’obtenir l’amour d’une fille/

d’être candidat à la présidence/d’avoir la confiance d’un épicier/

d’avoir un guerrier de qui chanter les exploits/

un roi pour lui payer trois pièces d’or le vers/

 

et personne ne sait si ça se passe comme ça parce qu’il n’y a plus de filles/d’épiciers/de guerriers/de rois/

ou simplement de poètes/

ou les deux choses à la fois et il est inutile

de se casser la tête à penser au problème/

 

ce qui est bon c’est de savoir qu’on peut chanter cui-cui

dans les plus étranges circonstances/

l’oncle juan après sa mort/moi à présent

pour que tu m’aimes/ »

 Juan Gelman

Vers le sud et autres poèmes

Présenté et traduit de l’espagnol (Argentine) par Jacques Ancet
postface de Julio Cortázar

Gallimard, coll. Poésie, 2014

dimanche, 22 février 2015

Maël Guesdon, « Voire »

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« Entendre la chose se casse — après tout. Tu sais comment trouver.

Sortons. Il n’y a pas de refuge, de souvenirs connus. Sortons de tes bras — le sol. Jamais ne recommence.

La danse se
ge d’effroi où débute la danse. Juste du temps. Ferme les yeux sur ce qui s’échappe, cela ressemble à toi enfant.

 

 

Il rentre, devine son ombre. C’est un même couloir pour venir et partir. Le bruit présent : un même couloir pliant le sort à l’extrémité.

Là — revoir les gestes. Sans forme disent c’est la clé. »

 

 Maël Guesdon

Voire

 Éditions Corti, 2015

http://www.jose-corti.fr/titresfrancais/voire-mael-guesdon.html

12:37 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent | Tags : maël guesdon, voire, corti

vendredi, 20 février 2015

Lu Yu, « Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise »

lu yu,levieil homme qui n'en fait qu'à sa guise, moundarren

La chambre chaude

 

ma fourrure douce est supérieure à du renard blanc

mon poêle est aussi chaud que ceux chauffés au charbon de première qualité de la Cour

le paravent en papier a la forme d’une montagne

la couverture en tissu ressemble à un quadrillage de calligraphie

pour ménager mes yeux le store est rarement enroulé

pour préserver l’encens la porte est souvent fermée

au soleil du crépuscule d’un profond sommeil je me réveille

je me lave et scande les classiques de la Cour jaune*

 

Lu Yu

Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise

poèmes choisis et traduits du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1995, rééd. 2012

 

 * Les Classiques de la Cour jaune : les Classiques taoïstes

vendredi, 06 février 2015

Colette Mazabrard, « Monologues de la boue »

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© Michèle Moulonguet

 

« En lisière d’un bois, quelques kilomètres après Uzemain.

“Faut vous trouver un sapin”, t’a conseillé le paysan qui épandait des puanteurs sur son champ moissonné. Nuit bombardée d’écales de pommes de pin. Compagnie des martres et des écureuils. D’un pic à forte tête. Il serait raisonnable de jeter tes chaussettes.

Elle parle du travail : “Jusqu’à présent, ça se passait bien, animer des équipes, varier les chantiers, varier les tâches. Mais voilà, tu comprends que quelque chose ne va plus quand on te demande d’écrire ce que tu fais, heure par heure, jour par jour. Tu comprends que tu dois partir.”

En Asie, il existe une technique de méditation où l’on se retire, pendant dix jours, dans le silence et la pénombre des paupières closes, et se livre quotidiennement au même rituel. Ton esprit constamment confronte la carte de géographie au voyage réel, au sol heurté, compare les centimètres dessinés aux champs et forêts que le regard mesure.

Le paysage est découvert selon le déplacement de la ligne d’horizon.

Une ombre sur la carte, les courbes de niveau plus sinueuses, tu vois la Saône, aux eaux rondes et fortes rouler à ta droite entre les racines des arbres qui tirent leur tronc très haut là-bas vers la lumière, entre les collines, des troncs qui s’étirent vers le ciel aussi haut que ceux que tu as vus dans les Himalayas il y a des rêves de cela (cette lumière d’automne qui t’assaille, qui te troue, te ramène ailleurs tu ne sais plus dans quel passé).

Les pieds son trempés et les orteils se fripent, tu saignes dans les bois, laisses ton sang dans l’humus fabriquer tu ne sais quoi.

La rivière a creusé une fente dans le paysage. »

 

 Colette Mazabrard
Monologues de la boue
Verdier, 2014

jeudi, 05 février 2015

Antonio Moresco, « La petite lumière »

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« Le monde change devant mes yeux. La terre est encore plus froide. Les feuilles se racornissent, tombent. Il en reste quelques-unes, çà et là, qui pendent au moignon d’une branche. Les arbres sont toujours plus nus. On ne distingue plus les morts des vivants.

Je marche sur un tapis de feuilles cramées qui crépitent sous mes pas. Elles recouvrent entièrement les sentiers, je perçois le craquement de leurs nervures et de leurs tissus inanimés qui se brisent sous le poids de mon corps vertical qui pèse sur la terre. On n’entend presque plus de bruits, dans la forêt. Les animaux sont déjà entrés, ou se préparent à entrer, en hibernation. Ils creusent leurs petits trous dans la terre froide qui, la nuit, commence à geler et qui est déjà recouverte des premières légères chutes de neige, laissant ce voile blanc qui fond au premier soleil du jour. Ils creusent tête en bas, avec leurs ongles, avec leurs dents, pour arriver plus profond sous la terre, là où est restée un peu de chaleur.

Ce matin dans une ruine, j’ai surpris un groupe de chauve-souris qui hibernait. Je marchais dans les ruelles désertes, entre ces murs recouverts de plantes grimpantes et cette végétation sèche et ces arbres poussés au milieu des pierres, entre ces escaliers disjoints qui montent jusqu’aux portes des maisons inhabitées. Je suis passé devant une ruine où je n’étais jamais entré. C’est étrange, cet endroit est si petit et pourtant je ne le connais pas encore complètement ! J’ai poussé du pied la porte à présent sortie de ses gonds. Elle s’est ouverte. Je suis entré. Il faisait sombre à l’intérieur, parce qu’il n’y avait pas une fenêtre. Seulement des murs en pierre et un plafond en planches, là, en haut. Tout à coup, j’ai vu en face de moi un grand nombre de chauve-souris, tête en bas, qui me fixaient de leurs yeux grands ouverts. Il y avait donc un peu de lumière, celle qui entrait par la porte que je venais d’ouvrir, même s’il semblait faire nuit. À moins qu’elle ne soit directement sortie des cercles de leurs yeux terrorisés, réveillés pendant leur hibernation. Ça a duré une fraction de seconde. Les enveloppes de tous ces corps qui, jusqu’à une seconde auparavant, étaient tête en bas, enveloppés dans les membranes de leurs noires ailes de peau, accrochés par leurs pattes aux vieilles poutres et aux saillies des murs, se sont mises subitement à voler, terrorisées, à la recherche d’une issue. Je me suis jeté contre le mur. Leurs corps noirs affolés cognaient contre les parois et le plafond. Puis elles ont trouvé le passage de la petite porte par où j’étais entré et, me heurtant de tous côtés, elles ont volé dehors dans un tourbillon d’yeux et d’ailes nues.

Avant d’aller dormir, j’ai regardé un long moment la petite lumière. Depuis quelques temps elle brille encore plus intensément, me semble-t-il, parce que l’air est plus froid, le ciel plus limpide. »

 

 Antonio Moresco

 La petite lumière

 Traduit de l’italien par Laurent Lombard

 coll. « Terra d’altri », Verdier, 2014

jeudi, 29 janvier 2015

Juliette Mézenc, « Elles en chambre »

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« Parce que si on écrit de tout son corps… qu’en est-il des auteurs qui écrivent avec un sexe de femme ? Le sexe ne fait-il vraiment rien à l’affaire, comme le proclamait Monique Wittig : “on est écrivain ou pas” ? Nombreuses aujourd’hui sont les femmes qui écrivent, et c’est sans précédent, la littérature s’en trouve-t-elle modifiée ? Sachant par ailleurs qu’entre Barbie et sa rivale Bratz la guerre désormais fait rage, comprendre qu’elles se portent comme des charmes, que les moules sexués semblent loin bien loin d’être brisés, qu’en est-il de la femme qui écrit, échappe-t-elle à son genre ?

 

Parce qu’écrire c’est s’arracher, faire cette tentative de bondir hors des frontières, celles assignées par la nationalité, le genre, l’espèce, hors des murs de l’identité qui délimitent trop souvent le territoire d’un moi étriqué et mesquin, hors de ce que l’on croit connaître, savoir, hors des formes répertoriées qui ronronnent, partir ! Le travail, quelle belle chose parfois ! et parce que c’est en poïeinant et en se réjouissant de poïeiner qu’on pourra faire la nique à tous ceux qui nous coupent de cette sauvagerie, ils sont légion (poïeinerie, n.f. du grec poiein “faire, fabriquer, produire, créer” qui a également donné poiêma puis poème, bref : poïeinerie = travail sauvage et irrécupérable).

 

Parce que je crois sentir, encore, malgré tout, dans ma bouche, parfois, le fantôme de Scold’s bridle*…

 

Parce qu’heureusement Virginia Woolf**… »

 

Juliette Mézenc

Elles en chambre

L’Attente, 2014

 

 * Scold’s bridle est un dispositif de punition utilisé en Écosse puis en Angleterre jusqu’au xixe siècle à l’encontre des femmes dont le discours était jugé « médisant », « séditieux » ou « gênant ». Il s’agissait d’une muselière de en fer avec un mors, souvent garni de pointes, qui prenait appui sur la langue.

 

** Une chambre à soi est une conférence que Virginia Woolf a donnée à des étudiantes de l’Université de Cambridge sur les conditions matérielles et culturelles de la création.

jeudi, 22 janvier 2015

Pierre Albert-Birot, « Grabinoulor »

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Cette page est dédiée à Sylviane

 

Extrait du chapitre seizième : On ne sait pas si Grabinoulor a les cheveux frisés mais on sait qu’il prédit l’individuïsme absolu qu’il construit le Château des Poètes et qu’il va voir Dieu

 

«  […] à bien réfléchir le meilleur château pour eux est encore celui que chacun se construit personnellement le plus souvent en Espagne pays des grenadiers (fruits) de la sorte il est à la taille et aux commodités de qui l’habitera car en effet qu’auraient pu faire et comment auraient pu marcher poétasser et dormir dans ce château-monde édifié par Grabinoulor tous ces bouts de poètes auteurs de huit pages in 8° pleines de huit poèmes de douze vers oui on peut se poser la question et y répondre sans se mordre la langue – heureusement car ce n’est pas agréable de mordre dans cette personnelle viande-là – mais enfin Grabinoulor prétend que cela fait tout de même 96 vers ou soi-disant vers et que si méchants soient-ils – les vers et pas les poètes ni les chiens – leur auteur est quand même un poète puisqu’il a eu mais oui une intuition poétique assez ventrue pour qu’il en vint à la désentrailler et à la poser en forme de figure de mots sur un papier mais oui mesdames et messieurs écrire un poème voire un peu nul c’est faire son “Dieu dit et le Monde fut” c’est donc assez conclut Grabinoulor pour qu’il soit en état de construire tranquillement son petit château châtelet ou castelet (bonjour guignol) bien à lui “Çamsufi” où il pourra pieusement conserver ses huit pages car c’était surtout pour que les écritures des poètes (les 8 pages comme les 300) ne traînent pas dans les poubelles à bouquins au choix 1 franc – car on les y jette même quand ils sont de simples “bouquins” brochés – que Grabinoulor avait eu la fraternelle attention de construire son Château des Poètes peut-être plutôt Château des Poèmes […] »

 

Pierre Albert-Birot

Les six livres de Grabinoulor

Jean-Michel Place, 1991, rééd. 2007

jeudi, 15 janvier 2015

Claude Rouquet. L'hommage d'Allain Glykos

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leur dernière rencontre, L'Échappée, 30 novembre 2014 © CC

 

Tristesse d’avoir perdu un ami. Tristesse  d’avoir perdu l’éditeur qui a fait preuve à l’égard de mon travail d’une  exigence et d’une fidélité sans faille.
Il aimait la littérature et les livres à un point qui me fait blêmir. Il avait de l’estime et du respect pour ses auteurs.

Ma  seule consolation est qu’il a rejoint, n’en doutons pas, ces galopins  de Charlie et qu’avec eux, il va s’en payer une bonne tranche sur notre  dos de vivants. Car lui aussi était de la race des irrévérencieux jusqu’à la caricature quand il le fallait. Il ne dessinait pas mais avait un  bon trait d’humour. Il savait rire de lui avec férocité, des autres avec  bienveillance. On éprouvait pour lui quelque fois un peu d’agacement,  souvent de la tendresse. Son intransigeance inspirait le respect et  pouvait déclencher aussi des sourires amusés. Il était sans  complaisance, sans concession. Il en a payé le prix. C’est à ce prix  qu’il a mené d’une main ferme sa grande petite maison d’édition.

 
Amitié à tous ceux qui l’ont aimé.

 

Allain Glykos

vendredi, 09 janvier 2015

Pascal Quignard, « Les désarçonnés »

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photographie © :CChambard

 

Chapitre xlii

Ovide

 

« L’anthropomorphose n’est pas achevée.

On ne peut définir l’homme sans en faire une proie pour l’homme.

La question humaniste : “Qu’est-ce que l’homme ?” énonce un danger de mort.

Si on forme le vœu de ne pas exterminer les humains qui ne répondent pas à leur définition – religieuse, biologique, sociale, philosophique, scientifique, linguistique, sexuelle – l’homme doit être laissé comme incompréhensible.

Ovide : L’homme doit être laissé comme non fini, c’est-à-dire comme appartenant à une espèce en cours de métamorphose infinie dans une nature qui est elle-même une métamorphose infinie. »

 

 Pascal Quignard

Les désarçonnés

Grasset,  2012

mardi, 06 janvier 2015

Armand Dupuy, « Sans franchir »

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photographie © jean-marc undriener

 

 

« Privilège de la neige où les jours se touchent,

pendus – on ne tient qu’à grand peine ses

pelures, ce tas de temps. On attend dans les

yeux jusqu’à la fonte, on touche autrement.

On récite ce fléchissement, les mains passent,

la tête recule – ce froid, ce blanc. Ce blanc

froid sur tout. Les pensées touchent les autres,

elles reculent. Elles font du blanc ce blanc neuf

et couvert. On peine à venir dans la phrase,

trop vite épuisée. Vite essouflée. On empêche

ce qu’il faudrait poser. C’est une quantité de neige

dans la bouche : l’image vient bête, on s’attarde.

Les pensées se touchent, les jours aussi, les mains. »

 

Armand Dupuy

Sans franchir

Faï fioc, 2014

http://editions-faifioc.com/