UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 29 janvier 2012

Bernard Vargaftig, Nancy 24 janvier 1934 — Avignon 27 janvier 2012 & l'éternité

Bernard Vargaftig

Le lieu exact — ou la peinture de colette deblé

 

Vivantes

Les orties ô même l’orage

Et l’absence

Et les galets vont si vite

 

Même l’enfance

Tout-à-coup et la cour

Plus terrible où le mur craque

Et le gouffre

 

Et les arbres

Qui dévalent jusqu’au vent

Comme jamais

Regardaient le langage

………………………………………

Tant de fois

Les roches le lieu exact

La prairie et

Quand il manque une page

 

Tomber tomber

Était comme un murmure

Et le vent se précipite

Et l’espace

 

Loin derrière

Effaçant pente et parfum

Immensité

Que l’horizon saisit

………………………………………

Ah plus d’oubli

Et l’instant qui commence

Un récif

Que tout aurait fait bouger

 

Vent et lumière

La plage dénouée

Un murmure et si lointaine

L’étendue

 

Où sans cesse

Avalanche dans le sens 

Le rosier comme

Mortellement échappe

 

[…]

 

les trois premières pages debernard vargaftig,colette deblé,à passage

Le lieu exact

ou la peinture de colette deblé

imprimé au plomb

en Garamond corps 10

 en mars 1986 par mes soins
à 15 exemplaires sur

Gravure du Moulin de Larroque

enrichis d’une peinture de Colette Deblé

 & à 300 exemplaires sur vélin blanc

 à Passage, Bordeaux

isbn : 2.905391.11.5

 

 

 

mercredi, 21 septembre 2011

Charles Racine, "le sujet est la clairière de son corps"

Charles-Racine_01_f53b99d20a.jpg« Les entrailles de l’âme qui ouvrent les plaines sans lier les convois qui l’enlacent entendent le pas du vent   Le cheveu s’adoucit sous la main qui mit en sa joie le vent sous la nuit dessinée je frappe à pieds féconds qui montent sur la page atténuant l’écho qui monte en escalier dans le texte qui se procure un passage dans ce mot qui ne serait pas négocié et les abîmes que tu me dis côtoyer je les élis sur ma marche édifiante   Une déchirure un divorce a lieu sur les grands fonds de l’âme élevés en toiles écrues tendues déçues crevant à l’apparition de la mariée qui pratique le cours de la mort dont elle élève les yeux à la cime d’un vain effort   Savance progressive d’immanence m’anime que contourne merveilleuse soie ma peau   Gros œil océanesque célèbre dans la soie les yeux de l’enfant célèbre en ses joutes   Écriture a une vocation rallie le convoi qu’ouvre le poème ère de mie qui embue les yeux la prend en enfilade   Poésie a une vocation en porte-à-faux de l’écriture   Mie feu ! que n’éteint la cendre portée à la bouche est principe actif de mort   Partout où mort voudra s’accomplir où mort voudra mourir se mettre à mourir elle ira chercher mie quel qu’en soit l’endroit pour y mourir   Tu rattrapes dans le vertige le vertige, la nappe qui voyage circonvolutionne dans le vertige   O la face qui se surprend à coucher à son ombre un retour se démantèle dans l’ombre dont elle halète y repose le pas tombe ses chairs au profit de la robe   Un visage se cherche sur les épaules pour le désœuvrer se cherche vers le mystère   Tu dévoiles les vaisseaux en haute mer pour incliner ton corps prosodique sur le front des vagues que désigne la courbe portative appelante d’un homme qui t’appelle   Cette aventure se détache des syllabes qui la prononcent   Cette foi de sang battue geint sous la syllabe qui la martèle   L’éteignoir qu’élime la biche qui jamais ne se surprend dans sa lutte qui change de chemise dans l’autre bouche dont elle murmure d’être revêtue la chemise s’abandonne au titan   Le lointain s’édifie sur l’infime croissant lunaire   Le timbre oblitéré n’ajoute rien à cette gloire courbant l’échine sous la grandeur   Je frappe sur un chambranle lieu s’escorte   Le pan de texte ne m’ouvrit ses portes   Il y faudrait de l’âme à battre le fer   Façade inoubliable sur la place qui roule de ses veilles aux pieds d’un homme qui s’effeuille l’espace abdique ses pouvoirs mensongers sous le sceau de l’échec qui roule de ses veilles aux pieds d’un homme apriorique que leur inculque le pan de texte qui ne mettra jamais le visage à la fenêtre. »

1964

 

Charles Racine

Le Sujet est la clairière de son corps

avec quatre eaux-fortes de Chillida

Maeght éditeur, 1975

Repris in Ciel étonné

Fourbis 1998

lundi, 12 septembre 2011

Denis Montebello : note sur "carnet des morts"

    Hui: une adhésion au jour mais timide, vaguement réticente. C‘est ainsi qu‘un ami dit oui, le libraire des Saisons à La Rochelle, un oui que j‘entends comme une trace, comme si l‘Argonne revenait avec lui et avec sa forêt, la grande forêt d‘enfance dont il fera, lui qui ne la connaît que par ouï-dire, sa guerre, qui écrira ses Pastorales de guerre.

     Lire et cueillir c‘est tout un, et c‘est ce que fait Claude Chambard dans son carnet des morts, il cueille les traces, les recueille, il met ses pas dans des vestiges, ses mots.  Ce sont les mots de l‘enfant : de celui qui ne parle pas et que le poète, des années après, essaie de rejoindre dans sa forêt.

     « J‘ai couru vers l‘enfant. Dans la forêt. Dans la forêt en travail.

       Dans la scène oubliée où j‘ai appris à écrire.

       Quittant mon père pour écrire.

       Écartant ma mère pour écrire.

    J‘ai couru vers l‘enfant qui courait vers l‘école. »

     Le temps retrouvé a parfois un goût délicieux, ou c‘est la boîte de Coco, cette « petite boîte métallique, ronde, qui contient une poudre marron clair ou jaune foncé (je ne parviens pas à me décider)  ou un coquillage orange ou fraise  que je lèche avec application »  qui réveille les années d‘or : de souffrance. Ces figures qu‘on disait absentes du paysage. Ce Grandpère qu‘on croyait à jamais enfoui avec ses phrases.

     « Je puis me souvenir, sans nostalgie, du temps où nous étions autre chose. »

     C‘est ce qu‘écrit Claude Chambard.

    C‘est aussi ce que se dit le lecteur ce carnet refermé. Quand il songe à ces routes qu‘il ouvre, à toutes ces routes qui ouvrent à la grande forêt.

Denis Montebello, 2 septembre 2011

 

Claude Chambard

cdm jpg.jpgcarnet des morts

15x19,5 ; 112 p. ; ill. ; 14 €

Dessin de couverture : François Matton

isbn : 978.2.915232.72.1

le bleu du ciel

BP 38 — 33230 Coutras

05 57 48 09 04

bleuduciel@wanadoo.fr

 

 

& aussi sur le même livre les chroniques de

Anne Françoise Kavauvea :

http://annefrancoisekavauvea.blogspot.com/2011/06/carnet-...

& d'Éric Bonnargent :

http://anagnoste.blogspot.com/2011/07/claude-chambard-car...


lundi, 13 juin 2011

Mathieu Brosseau, Philippe Rahmy & Stéphane Dussel, Mots Tessons

Une nouvelle maison d’édition, créée par Armand Dupuy, poète, et Stéphane Dussel, peintre, et voici  qu’intrigué on va humer les deux brefs livres qui viennent de paraître.

 

Dans L’espèce, joli livre à l’italienne, Mathieu Brosseau pose deux questions essentielles (la première sans point d’interrogation cependant…), qui sont aussi les titres de chapitres : « Et s’il ne fallait plus dire/Que les signes du silence » et « Et s’il fallait dire l’absence/quels seraient les signes du silence ? » Tout le projet tient entre ses deux propositions et la réponse, si réponse il y a, nous parvient sous forme d’énoncés, d’entrelacements, d’assonances… dans « le brouhaha des siècles glissés ». Et comme le souligne Fabrice Thumerel dans sa préface : « Ouvrir l’espèce, c’est faire place à l’animal : c’est alors que les signes se font singes. » C’est dit et c’est dire, on va le voir, si les deux premiers livres de Mots Tessons se « parlent ».

 

Cellules souches se tient bien droit, permettant aux encres, lavis, de se frotter aux textes sur des valeurs de noir et blanc qui se répondent avec pertinence. Car le livre est « fabriqué » à quatre mains et l’on ne sait jamais très bien à qui l’on doit quoi. Bâti à partir d’une lettre de Dussel à Rahmy, dont on retiendra comme éléments déclencheurs ces deux phrases, la première et la dernière : « Il faut d’abord question d’un singe, d’un singe que j’avais sur l’épaule et qui te grignotait les cellules . », « Je ne te connais pas. Tu ne me connais pas. Nous nous connaissons. Le singe est un point de départ. »

Claude Chambard

 


Mathieu Brosseau

L’espèce

60 p. ; 13 €

 

Philippe Rahmy & Stéphane Dussel

Cellules souches

30 p. ; 15 €


 Cette chronique a paru une première fois dans CCP n° 20, septembre 2010.

Mathieu Brosseau vient de publier Uns au Castor Astral , nous y reviendrons prochainement.

 

mercredi, 20 avril 2011

Joanne Anton “Le Découragement”

decouragement.jpgDans la très élégante collection à 6€10, Allia publie un premier livre, qui doit certes à Thomas Bernhard, mais surtout au fait même d’écrire, à l’angoisse, au découragement, à la folie… Tout de digressions souvent drôles, emmené par une pensée en effervescence, obsessionnelle et démentielle souvent, Le Découragement mérite que l’on s’y attarde, et on pourra en profiter pour relire Marcher, que l’on ne  trouve bizarrement que dans « Récits, 1971-1982 » dans la collection Quarto aux éditions Gallimard.

 

 « Dans Marcher de Thomas Bernhard, un homme parle à un autre de la folie d’un autre. Et. Il serait bon de s’en inspirer si d’aventure on marchait nous aussi avec quelqu’un. On parlerait à un autre du découragement d’un autre, comme Oelher parle de la folie de Karrer à un autre.

On aurait peut-être dû faire ça, pense-t-on à présent sur le boulevard, l’écrivant plus tard. Oh ! On aurait dû ! On remue le couteau dans la plaie du lundi ; tout est bon lundi, tout nous sert lundi à prouver que notre récit sur le découragement ça ne va pas. On aurait dû pousser notre imitation bien plus loin, se dit-on, l’écrira-t-on, et dès mercredi dernier, écrire une conversation où converser de manière conversante avec un autre sur le découragement d’un autre. On s’est trompé de chemin depuis le début. Nous tenons la preuve de ne pas avoir mis notre récit suffisamment sous protection, sinon le jugerions-nous ? Se dit-on Thomas Bernhard, ça ne va pas ? On serait bon pour Steinhof si l’on pensait le contraire de sa pensée, hurlant sur le boulevard que Thomas Bernhard, c’est de la marchandise de rebut autrichien. Et. Qu’à bien y regarder, Marcher, c’est raté. »

 

Joanne Anton

Le Découragement

Allia, 2011

mercredi, 19 janvier 2011

The Black Herald N° 1 vient de paraître

 animé par Blandine Longre & Paul Stubbs

voici le premier numéro de 

The Black Herald

2011-01-13-13-38-52.jpg


Issue #1 January 2011 – Janvier 2011
160×220 – 148 pages - 13.90 €
ISBN 978-2-919582-02-0
Poetry, short fiction, essays, translations.
Poésie, fiction courte, essais, traductions.
Texts by / Textes de : Laurence Werner David • John Taylor • Valeria Melchioretto • Tabish Khair • Émile Verhaeren • Will Stone • Philippe Rahmy • Rosemary Lloyd • Osip Mandelstam • Alistair Noon • Onno Kosters • Willem Groenewegen • Sandeep Parmar • Georges Rodenbach • Andrew O’Donnell • Khun San • Sylvie Gracia • Georg Trakl • Anne-Sylvie Salzman • James Byrne • Claro • Brian Evenson • Siddhartha Bose • Romain Verger • Yahia Lababidi • Sébastien Doubinsky • José Mena Abrantes • Cécile Lombard • Darran Anderson • Anne-Françoise Kavauvea • Emil Cioran • Nicolas Cavaillès • Mark Wilson • Zachary Bos • Paul Stubbs • Blandine Longre. Images: Emily Richardson • Romain Verger • Will Stone. Design: Sandrine Duvillier.
More about the contributors / les contributeurs <http://blackheraldpress.wordpress.com/2011/01/13/the-blac...>
http://blackheraldpress.wordpress.com/2011/01/13/the-blac... <http://blackheraldpress.wordpress.com/2011/01/13/the-blac...>

11:40 Publié dans Édition | Lien permanent

mardi, 06 octobre 2009

Gérard Bobillier

Bob002.jpgPierre Michon vient de le dire à l'instant sur France Cuture, Gérard Bobillier, notre cher Bob, vient de mourir. Fondateur, avec Colette Olive, Michèle Planel et Benoît Rivéro, des éditions Verdier qui fêtent cette année leur trentième anniversaire, il aura été l'éditeur d'un catalogue rigoureux, puissant, juste, net, exigeant. Mêlant littérature – française et étrangère –, philosophie, sciences humaines, les littératures fondamentales de la tradition juive, l'Islam sprituel, aussi bien que la tauromachie, la cuisine… Repreneur, quand il le fallait, de Deyrolle, Antigone, L'Éther vague, Farrago/Fourbis, pour que nous puissions continuer à les lire, il avait surtout cette part rare d'humanité, d'amitié, d'authenticité qui en faisait un être infiniment fréquentable.

Je ne puis que conseiller à chacun de se rendre sur le site des éditions Verdier http://www.editions-verdier.fr/v3/index.php pour l'exemplaire catalogue et parce que bien entendu les éditions vont continuer, avec la peine, mais parce que ce sera lui rendre honneur que de poursuivre. Que Colette trouve ici toute mon affection.

Feu le le Centre régional des lettres d'Aquitaine (devenu autre chose) avait reçu Verdier en Aquitaine en 1995. J'avais à cette occasion réalisé un livre à l'identique de leurs éditions :  Carte blanche aux éditions Verdier – on doit encore le trouver ici et là, comme un objet de collection. C'est de ce livre, truffé d'entretiens, de textes réflexifs, que j'extrais cette photographie de Gérard Bobillier et cette réponse à une question d'Éric des Garets : “Éditer n'est pas une attitude, plutôt un mouvement qui suscite, porte, conjugue dans les valises d'un catalogue des fragments de toujours pour une errance infinie.”

14:39 Publié dans Édition | Lien permanent

dimanche, 15 février 2009

Inventaire/Invention ✝

couv_doppelt-monde.gifInventaire/Invention disparaît. C'est grave. D'autres éditeurs, diffuseurs, associations… sont dans des situations plus que précaires, intenables.

Patrick Cahuzac s'ouvre ici sur la façon dont les pouvoirs publics résolvent les difficultés de ceux qui portent la culture dans ce pays.


Chers amis,
Au mois de décembre 2008 et, de nouveau, en janvier 2009, le Conseil général de Seine-Saint-Denis, notre principal partenaire depuis 10 ans, nous a refusé une subvention pour l'année 2008 et l'avance habituelle de notre subvention de fonctionnement, versée en début d'année, pour 2009. Il ne nous a pas été donné d'explication bien claire au sujet de ce désengagement brutal (d'autant plus brutal qu'une convention nous liait jusqu'en 2010).
La gestion de l'association ne saurait être en cause puisqu'en dix ans d'existence, nous n'avons jamais été déficitaires. Il semblerait que l'explication soit à chercher du côté de « la nouvelle politique culturelle » du conseil général de Seine-Saint-Denis, mise en œuvre depuis le changement de majorité politique de cette assemblée, en mars 2008...
Le Conseil général savait parfaitement qu'en agissant ainsi, il nous condamnait. Ce retrait brutal s'est en effet produit au pire moment de l'année, lorsque nos caisses sont vides. Il ne nous laissait aucune chance.
Comme il n'était pas dans les intentions de nos autres partenaires (Drac et Conseil régional) de pallier au désengagement du conseil général de Seine-Saint-Denis, nous avons été contraints de nous placer en cessation de paiement. La liquidation de l'association sera probablement prononcée dans les jours prochains par le Tribunal de Grande Instance de Paris.
Depuis les élections présidentielles de mai 2007, la vie de l'association était devenue difficile. L'État avait réduit son aide de près de 50%. Continuer n'allait pas de soi. Certains savent que je travaillais à peu près bénévolement depuis ce temps dans le but de préserver l'équilibre financier de l'association et de ne licencier personne. C'était précaire mais nous y arrivions. Les ateliers de lecture étaient conduits dans des dizaines de classe, en Seine-Saint-Denis principalement, les livres paraissaient, le site était vivant...
Inventaire/Invention a été une aventure intellectuelle et humaine extraordinaire. Elle a été possible grâce à des hommes et des femmes qui ont aimé ce projet et qui s'y sont reconnus, s'y sont investis, y ont cru. Je les remercie tous et toutes, du fond du coeur.
Patrick Cahuzac
le 9 fevrier 2009


Inventaire/Invention
pôle [multimédia] de création littéraire
Parc de la Villette
211, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris
info@inventaire-invention.com

16:23 Publié dans Édition | Lien permanent