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samedi, 19 janvier 2019

Pierre Bergounioux, Jean-Michel Marchetti, «Possibles»

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« C’est sans discussion possible, un bois de feuillus aux troncs noueux, tourmentés, des charmes par exemple, tôt le matin, à la mi octobre. La nuit a été froide. Le brouillard masque la lisière et, par contraste, noircit tout. Il n’a pas gelé. Les feuilles ne sont pas encore tombées. Dans quelques jours seulement.

Ce qu’on fait là reste un mystère. Rien de grave, de tragique ne nous a entraînés dans cette sombre colonnade. Si tel était le cas, on ne verrait rien. On fuirait, terrifié, ou bien on chercherait, affolé, quelqu’un ou quelque chose et on n’aurait pas une pensée pour les charmes, la brume, le déclin d’octobre.

La peinture nous rappelle que le monde excède la vision pauvrette, l’idée simplette dont on s’accommode ordinairement. Elle nous réveille du songe étriqué que nous prenions pour la réalité. »

 

Pierre Bergounioux

Possibles

Peintures de Jean-Michel Marchetti

Coll. Voix de chants

Æncrages & Co, 2018

http://aencrages.free.fr/rub/fiche/38.htm

mercredi, 16 janvier 2019

Yang Wan li, « Le soir assis dans le studio baptisé “de l’Art de gouverner sans interférer avec le peuple” »

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« porte fermée, je reste assis, mal à l’aise

j’ouvre les fenêtres pour faire rentrer une légère fraîcheur

la forêt cache le soleil

mon fils broie de l’encre d’un émeraude lumineux

spontanément ma main cherche mes recueils de poèmes

je fredonne doucement plusieurs poèmes

au début cela me réjouit

puis soudain je ressens de la tristesse

j’abandonne le recueil, impossible de lire plus longtemps

je me lève et marche autour de mon siège

les anciens avaient des griefs hauts comme une montagne

mon cœur est tranquille comme un fleuve

si je suis si différent d’eux,

pourquoi me brisent-ils les entrailles à ce point ?

mon émotion passée, je me mets à rire

une cigale hâte le soleil couchant »

 

Yang Wan li

Le son de la pluie

Poèmes choisi et traduits du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988, 2008, 2017

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

samedi, 05 janvier 2019

Wislawa Szymborska, « Un chat dans un appartement vide »

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DR

 

 

« Mourir ! – ça ne se fait pas à un chat.

Car, enfin, que peut-il faire, le chat

dans un appartement vide ?

Grimper aux murs.

Se frotter aux meubles.

Rien n’a changé par ici,

et pourtant rien n’est pareil.

Rien n’a été déplacé,

mais rien n’est plus à sa place.

Et le soir, la lampe reste éteinte.

 

Des pas dans l’escalier,

mais ce ne sont pas les bons.

Et la main qui met du poisson dans l’assiette

pas non plus celle qui mettait.

 

Quelque chose ne commence plus

à l’heure où les choses commencent.

Quelque chose ne se passe plus

comme les choses devraient.

Quelqu’un était là, tout le temps,

puis, soudain, il a disparu

et s’obstine à ne plus être du tout.

 

On a fouillé les armoires.

Parcouru tous les rayons.

Rampé sous le tapis, au cas où.

Même violé l’interdit, et fichu

la pagaille dans les papiers.

 

Qu’y a-t-il à faire désormais.

Dormir on peut, et attendre.

 

Mais qu’il revienne seulement,

qu’il se montre tout à coup, celui-là.

On va lui apprendre, qu’avec

un chat ça ne passe pas.

On avancera vers lui

comme si on ne voulait pas,

très, très lentement,

sur des pattes fières et boudeuses.

Pas question de petits sauts, de miaous au début. »

 

Wislawa Szymborska

« Fin et début » – 1993

in De la mort sans exagérer, poèmes 1957-2009

Préface et traduction de Piotr Kaminski

Poésie / Gallimard, 2018

jeudi, 03 janvier 2019

Pascal Quignard, « Vie secrète »

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« Comme notre nom notre destin (ce récit qui nous a langé l’âme au point d’en entraver certaines aptitudes) est une histoire que nos partenaires colossaux (ceux qui nous ont conçus en s’étreignant au cours d’une scène où nous n’étions pas encore même si nous croyons toujours plus ou moins les avoir surpris) nous ont prêtée.

Un jour il nous faut choisir un nom et écrire une historiette qui se sépare de l’histoire qui fut reçue et qui n’était là qu’en attente que la pensée et le langage nous vinssent.

C’est ce que nous appelons alors notre vie.

*

La vie de chacun d’entre nous n’est pas une tentative d’aimer. Elle est l’unique essai. »

 

Pascal Quignard

Vie secrète

Gallimard, 1998

 

Excellente année 2019 à chacun.

14:37 Publié dans Écrivains, Édition, Livre | Lien permanent

vendredi, 28 décembre 2018

Jean-Yves Masson, « ES IST WORDEN SPÄT »

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DR

 

« Nous sommes venus tard et les chemins mentaient

qui promettaient une lumière au prix des cendres.

Les routes étaient sombres et les forêts brûlaient

là-bas, dans le déclin du jour amer.

Ah oui, nous sommes venus tard, il s’est fait tard,

et nous avons trouvé le lit défait, la chambre obscure.

Depuis longtemps le feu dans l’âtre était éteint.

Mon âme, est-il possible qu’il soit si tard ?

Ah, les pays sont oubliés, qui nous aimaient.

Fumée du corps, dissipe-toi : l’hôte est parti »

 

Jean-Yves Masson

« Poèmes du voleur d’eau »

in Poèmes du festin céleste

L’Escampette, 2002

mercredi, 12 décembre 2018

Peter Handke, « L’histoire du crayon »

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DR

 

« Au sortir de certains films je me suis, un instant, senti un héros ; après la lecture de certains livres, je sais que j’en suis un (et je sais que c’est un devoir qui m’incombe)

 

Les acteurs japonais (chez Ozu par exemple) savent porter le deuil (sans exemple et de façon exemplaire); ils portent le deuil comme je n’ai jamais vu le faire qu’en rêve; ils sont là, les visages illuminés, et portent le deuil

 

Grande impression de réalité – c’est-à-dire : d’être dans la réalité – à la simple vue d’un chat qui au loin, saute du haut d’un mur ou de la marque des cheveux sur la buée d’une fenêtre du train. À partit de maintenant, je connais la réponse à la question : “Qu’est-ce que la réalité ?” – la réalité, c’est le chat qui saute du haut d’un mur

 

Écrire quelque chose dont personne ne pourra demander : “Qu’est-ce que cela veut dire ?” et qui en même temps reste tout à fait énigmatique

 

Les lecteurs sont des gens forts : ils transmettent la lecture, ils sont ces “quelques opiniâtres”

 

En écrivant il ne faut pas que j’en arrive à mesurer les mots les uns aux autres – le seul mot juste il me faut l’atteindre sans mots. En écrivant, seule doit parler, mot pour mot, la voix intérieure. C’est la voix du dehors, celle des oiseaux par exemple. Écoute la voix du dehors, c’est la voix intérieure »

 

Peter Handke

L’histoire du crayon

Traduit de l’allemand par Georges-Arthur Goldschmidt

Gallimard, 1987

lundi, 03 décembre 2018

Claude Margat, « Daoren. Un rêve habitable »

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Photogramme du film Claude Margat, réalisé par les Yeux d’Izo en 2011

 

« Nous ne sommes guère autre chose que la sensation d’un passage éphémère, un passage aussi impalpable que l’ombre et aussi rapide que la pensée. Nous-même et strictement nous-même est ce que nous devenons lorsque s’éteint la sensation du passage en nous de cette ombre spacieuse. Nous-même et strictement nous-même est le rocher au sommet duquel s’assied le mort considérant sa vie passée.

*

L’autre côté du monde offre la même apparence que ce côté-ci du monde. La sensation seulement diffère.

*

Dans le temps tout se clôt, dans l’espace tout se délie.

*

Il y a des moments forts dans le cycle des saisons comme le chant du coucou à midi, dans la pleine chaleur de l’été ou le bruit d’ailes des insectes qui fendent l’air et s’enfuient. Assis face au soleil mais protégé par l’ombre des buissons, tu t’étires dans l’espace matriciel, parcelle de vie négligeable prise dans le coït étouffant du ciel et de la terre. »

 

Claude Margat

Daoren. Un rêve habitable

Avec des encres de l’auteur

La Différence, 2009

 

Claude Margat est mort le 30 novembre 2018, à Rochefort où il était né en1945.
Poète, peintre, romancer, essayiste, c’était un de ces êtres rares qui font que la vie est moins insupportable. C'est dire s'il manque déjà.

dimanche, 02 décembre 2018

Jean-Luc Godard, « Le cinéma est fait pour penser l’impensable »

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« Je n’ai pas le sentiment de savoir inventer, mais j’ai le sentiment de savoir trouver des choses, et de les assembler. Et je ne suis pas du tout gêné de faire n’importe quel film, avec n’importe quoi. Vous me proposez un lacet de chaussures et un ver de terre, vous me proposez un budget qui est conséquent par rapport à ces deux choses, et je fais le film. J’ai toujours eu le sentiment de faire le film qu’on me demandait, c’est-à-dire, d’être très sartrien : “L’homme est ce qu’il fait qu’on fait de lui. » Les films, c’est la même chose, je n’ai jamais rêvé de faire je ne sais quoi. Les citations ne me protègent pas, ce sont des amies. Ils ont créé des choses, pourquoi ne pas les utiliser. S’il y a des arbres, pourquoi ne pas les filmer. Si c’est une rue, si ce sont des gens, il faut en faire quelque chose. Ce n’est pas à moi, mais je peux en faire quelque chose. Il y a peut-être des droits d’auteur, on doit pouvoir les toucher, pourquoi pas ? Mais si on me demande : “Est-ce que je peux prendre un extrait, est-ce que j’ai le droit ?” Je réponds : “Non seulement tu as le droit mais tu as le devoir de le faire.” Un bout de phrase vous aide à en construire un autre. Je n’ai inventé ni le verbe, ni le complément. Alors je m’en sers. C’est une merveille que d’avoir quelques jolies phrases à sa disposition, de pouvoir siffler un air de musique, qu’il soit de Mozart, ou de Gershwin, c’est une vraie merveille de penser aux gens qui les ont faits. Et je ne vais pas citer toutes les références dans le générique, parce qu’à ce moment là, ça devient autre chose, ça devient une connaissance livresque. C’est en vieillissant que je commence à avoir des idées de films à moi. Alors je me dis tant mieux. Delacroix disait aussi qu’il ne connaîtrait la peinture que lorsqu’il n’aurait plus de dents. »

 

Jean-Luc Godard

Entretien avec André S. Labarthe, Strasbourg le 15 décembre 1994

In Jean-Luc Godard par Jean-Luc Godard (tome 2, 1984-1998)

Édition établie par Alain Bergala

Cahiers du cinéma, 1998

 

Bon anniversaire JLG

jeudi, 29 novembre 2018

Su Shi, « Écrit pour les adieux de Cen »

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Portrait imaginaire de Su Shi par Zhao Mengfu

 

« Paresse semble souvent pareille au calme,

Mais le calme est-il l’élève de la paresse ?

Maladresse est tout près de droiture

Mais la droiture est-elle maladroite ?

Vous êtes calme et droit, messire,

Naturel et délié au gré des circonstances.

Hélas ! moi, que fais-je encore ?

De vous avoir connu, je tire nouvelles joies.

Je ne vais pas contre le monde,

Nous sommes simplement différents.

Moins habile qu’un pigeon dans les bois,

Plus lent qu’un poisson sous les glaces.

La droiture parfois s’étire et se déploie,

Le calme n’est jamais définitif.

Et moi je souffre de ces maux

Que ne guérissent ni aiguilles ni simples.

Au moment du départ, étonné des alcools si légers,

Et après les adieux, laissé seul dans les larmes.

Nous nous reverrons un jour, c’est certain,

Même si, j’en ai peur, la vie publique nous éloigne.

Je m’en remets seulement au rêve des anciennes collines

Qui vous emmènera dans ma pauvre chaumière. »

 

Su Shi (Su Dungpo) – 1037-1101

« La dynastie des Song du Nord »

Traduit par Stéphane Feuillas

In Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2015

jeudi, 22 novembre 2018

Luo Fu, « En raison du vent »

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DR

«  En raison du vent

 

Hier j’ai longé la rivière

Sans me hâter jusqu’à

L’endroit où les roseaux se penchant pour boire

Et j’ai demandé à la cheminée

D’écrire pour moi dans le ciel une longue lettre

Sans doute un peu confuse

Mais mon intention

Était aussi claire que la chandelle à ta fenêtre

Qu’on y trouve un peu d’ambiguïté

C’est bien difficile à éviter

En raison du vent

 

Que tu comprennes ou non cette lettre n’a pas d’importance

L’important c’est qu’il faut

Avant que les chrysanthèmes n’aient complètement fané

Que sans tarder tu te mettes en colère, ou que tu ries

Que sans tarder tu prennes dans le coffre cette fine chemise qui est à moi

Que sans tarder tu peignes à ton miroir cette noire et souple séduction qui est la tienne

Et qu’ensuite avec l’amour de toute une vie

Tu allumes une lampe

Je suis un feu

Qui à tout moment peut s’éteindre

En raison du vent »

1981

 

Luo Fu

En raison du vent

Traduit du chinois (Taïwan) par Alain Leroux

Circé, 2017

http://www.editions-circe.fr/livre-En_raison_du_vent-588-1-1-0-1.html

 

mercredi, 21 novembre 2018

Joël Cornuault, « Tes prairies tant et plus »

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DR

 

« Que si le temps aux trousses

– vieilles faux

que vous faut-il encore

roses noires squelettes piquants ? –

il reste tant de ces temps

d’allégresse suffisamment douce

pour ne pas nous exploser

tu es faite comme un moineau de cerisier

une moinelette de sorbier –

mais intense assez

pour faire feu à fleur et à fourrure

des quatre fers dans le cœur

cela tient à l’esprit

que tu as distribué

sur nos heures

ton affluence de dons

– tu parles du haut d’un printemps

Dans mon sac à pie tes diamants ont chu

 

Je l’ai senti si fort hier

ce courant

ce courant de cavalcade

dans le plus grand secret

d’une parfait générosité

et que cette influence

digne des fleurs de jasmin et des perce-neige réunis

est ta création

– belle comme une horloge qui a perdu ses aiguilles

une goutte de parfum sur la nuque à l’attention du fiancé

quand il s’endort contre la fiancée –

ta graine au jardin

dans ce désert

désert de fées

ta veille au grain d’Éden

 

À longueur de jours nos mille et une nuits »

 

Joël Cornuault

Tes prairies tant et plus

Dessins de Jean-Marc Scanreigh

Pierre Mainard, 2018

http://pierre-mainard-editions.com/boutique/grands-poemes...

lundi, 19 novembre 2018

Franck Venaille, « Visage du condottiere »

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« D’une douleur prégnante je cherche la raison

quand cesserai-je de porter à mon cou cette pancarte

où s’étale le mot : “c.o.u.p.a.b.l.e” ?

Pourrais-je enfin vivre et penser, agir, aimer et caresser

la chair de l’autre sans me croire installé

sur le bûcher de souffrir ?

D’une blessure ancienne suinte le pus.

Quelque chose se tord et ricane en moi.

Peut-être la vision que j’ai de l’infini.

Peut-être ce qui perdure en moi de primitif.

Rien que la sensation d’être cet homme désigné

fatigué de tirer l’attelage des jours.

Çà ! Ma douleur !

Ne pouvons-nous pas ajouter un brin de comique à nos rapports ?

(je me contenterai d’un pétale d’humour).

Déjà : on installe devant moi cette bouilloire.

Déjà : dans mon uniforme d’officier du 54e régiment des Trop Sensibles

je prie ma compagne de partager, avec moi, le breuvage fort !

C’est alors qu’un cheval avance sa tête par la fenêtre blonde ouverte

avec harmonie ses longs cils se mêlent aux broderies du rideau.

Ah ! Montagnes bleues peintes par l’Éternel !

Ah ! Mélodie rose de la fleur de lupin !

La douleur est bien là : n’est-elle pas organiquement mienne ?

Mais j’en fais don au pasteur intègre du village.

Et c’est d’un air léger que je termine de boire,

alors que

pour moi seul, cette femme entière

soulève sa voilette.

 ——————————————————————

En ces après-midi où surgissaient les merles

– petits orateurs agités et pugnaces –

je ne demandais rien d’autre à la vie que cela

partager avec eux le silence capiteux

me laisser abuser par leur si incompréhensible joie

et

pourquoi pas ?

à mon tour étendre sur ma douleur mes ailes noires

afin de la cacher au regard d’autrui

en ces après-midi où surgissaient les merles.

D’une chambre à l’autre

en leurs fenêtres ouvertes

passait, bon compagnon : le vent d’avril !

J’étais ce condottiere venu pour régner sur quelques icônes

forcément chastes. Ce soldat adossé à cet arrole noir

lui servant de rempart – main nue qui se tend au passage d’une jupe –

Rien que moi !

Tout de moi !

En ces après-midi où s’agitaient qui vous savez.

Elle était donc douce et lumineuse cette vie !

Pourquoi, soudainement, cette étrange odeur glissant dans les couloirs ?

Et d’où venait, rauque et rauque, cette roux rauque, qui :

s’élançait

contournait

s’immisçait partout, si rauque ?

De quelle poitrine ? Ça je le saurai.

De quels poumons ? On me le confiera.

De quel appartement avec vue sur le lac ?

Rauque et rauque cette toux signalant à toutes et tous

que, parmi eux, un être souffrant, sur sa couche, mal respirait.

En ces après-midi où surgissaient les merles. »

 

Franck Venaille

Tragique

Obsidiane, 2001, rééd. Poésie/Gallimard, 2010